‹ L'Art a l'Exposition universelle de 1900Chapitre 20 sur 101 · EXPOSITION DE · texte numérisé non relu

EXPOSITION DE

Brach, témoignent hautement de l'habile concepia décoration du meuble ; il s'adressa d'ailleurs presque toujours au grand ciseleur Gouthière et aux ouvriers de son groupe. On ne peut pas,, je pense, rêver meuble plus charmant, mieux pondéré et plus simple que le secrétaire en bois de citronnier de la collection de M. Scott, sans que j'y veuille mettre cependant le moins du monde le nom de Riesener.

Mais autour de Marie-Antoinette, les noms d'ébénistes apparaissent nombreux, el que de talents se produisirent alors : Carlin, François Leleu, Saunier, puis des étrangers, Weisweiller, Rœntgen, Bennemann, dont la commode en acajou, du palais de Fontainebleau, décorée d'un trophée de bronze, est vraiment admirable! L'un d'eux ne nous a laisse qu'un meuble, qui est célèbre, el que l'on peut juger au petit palais : e'est l'armoire à bijoux de Marie-Antoinette. Schwerdfeger , auquel on venait d'accorder le brevet de mai irise, dut la terminer en 1787. Ce meuble rectangulaire est d'une Froideur extrême: c'est la tin d'un art qui allait faire place au mobilier rcctiligne el compassé du Directoire et de l'Empire.

Les meubles n'auraient pas suffi à donner de celle admirable époque du xvmc siècle l'idée totale qu'on en doit avoir, si on s'était dispensé de montrer tous ces objets mobiliers où les ciseleurs et les orfèvres ont prodigué les trésors de ^ur fantaisie et de leur adresse. Il faul déplorera toul jamais la fatale décision que prenaU le ode, embwlM- Louis XIV, de faire envoyer a la Monnaie toute baraterie qu> servait sur ses tal e et les déclarations par lesquelles il invitai! s,, sujets a imiter son exemple. De pareil es mesures ont privé la Franc d'œuvres admirables. Un très peU ™™*n0*™™*; les surtouts d'argenl prêtés par M. Stein son. de ce fait des objets tout a fait rares.

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Chandelier Louis XV collection de M Grandjean

Ch tMiEI.IElt Loi IS XVI collcclion de M11'- Grandjean

L'orfèvrerie allait reprendre un nouvel essor avec le jeune roi Louis XV, entouré d'artistes comme Claude Ballin et Nicolas Germain ; ce dernier sut toujours conserver une sage raison, et une sobriété de bon goût dans des travaux où la nu nie d'alors réclamait une fantaisie un peu libre. On peut du moins juger de son art dans un très beau miroir appartenant à Mme Schneider , et dans une soupière avec smi plateau , si gnée et datée desGaleriesdu Louvre 1775, qui fait partie des collections de M. le comte

d'Ilaussonville.

Contemporain de Germain est aussi

ce Jacques Riettiers.dont la vie se prolongeajusqu'à la tin du siècle, et dont Germain a publié de nombreusespièces

dans son cahier d'éléments d'orfèvrerie. On lui attribue la monture en or d'une admirable buire en onyx que Mme la baronne Nathaniel de Rothschild avait bien voulu prêter, et qui est une des merveilles de l'orfèvrerie du xviuc siècle (ancienne collection Hamîlton). Un service complet en vermeil, exécuté par Henri-Nicolas Cousinet en 1729, pour la reine Marie Leczinska à l'occasion de la naissance du Dauphin, est un des plus exquis ensembles que nous ait laissés le règne de Louis XV; les pièces y sont d'une délicatesse extrême, d'une ornementation discrète et fine. Il appartient à M. Chabrière-Arlès.

Faitei n. de Sunt-Jist collcclion île M. Victor KIotz .

Parmi les sculpteurs ornemanistes et les ciseleurs, il ne faut pas oublier ce l'hilippe Caftîeri, le frère du grand sculpteur auquel on doit des bustes d'une si vivante réalité. Les flambeaux du maître-autel de la cathédrale de Baycux, et les beaux chandeliers de Mme la baronne Nathaniel de Rothschild pourraient vraisemblablement lui être attribués.

Gouthière enfin, le plus prestigieux de tous, Le ciseleur sans égal, devait être l'artiste favori de la du Barry et orner le pavillon de Louveciennes des plus beaux bronzes cpie le xviii0 siècle ait connus. Bien des merveilles contenues dans les vitrines du Petit Palais pourraient lui être en toute justice attribuées. Si l'on peut avoir quelque hésitation devant la plus belle des pendules qui y suit exposée, celle de la collection de M. Bianchi, où les deux femmes en bronze doré qui soutiennent le cadran sont d'un faire simple el large, qui rappelle plutôt Delafosse, de même que devant les deux superbes vases de la collection de M. Scott, on ne saurait douter devant la délicieuse petite pendule de la collection de M. Vever, où deux femmes nues, assises- et drapées, sont adossées au cadran. Ce nom de Gouthière, d'autres objets le proclament, tels que les deux appliques de la collection de M"' (Jrandjean.

Gel art merveilleux de la ciselure triomphait alors non seulement dans les pièces du mobilier, mais aussi dans ces mille petits objets qui se trouvaient dans les boudoirs et pour ainsi dire dans toutes les mains. Le bijou, même celui qui n'était pas destiné à être porté, était l'objet d'une vogue frénétique. Mercier, dans ses Tableaux de Paris, nous dit que les hommes avaient des boîtes pour chaque saison, qu'ils prissent ou non du labac : et qu'il était de bon goût d'en changer tous les jours. Le prince de Condé,qui mourut en 1770, laissait une collection de près de 800 tabatières. Il était aussi d'une suprême élégance de porter deux montres. Il y avait encore les flacons d'eau de senteur, les étuis, les boites à poudre, et des navettes, pour lesquelles les orfèvres savaient excellemment mélanger des ors de couleurs diverses. Les bijoux du temps de Marie-Antoinette allaient ajouter un nouvel clément de décoration, l'émail, aux finesses de la ciselure. La plupart des montres furent alors émaillées ; un cercle d'or guilloché, ou un rang de pierres fines ornait souvent le boîtier.

Tous ces menus objets exquis, d'un ail si raffiné, on les peut étudier au Petit Palais, grâce aux collections de boites et de montres prêtées par Mul° la baronne Nathaniel de Rothschild, par le marquis de Thuisy, par M. Bernard Franck, par M. Désaché. Mais aucune série, je pense, n'aura ('-veillé la curiosité et transporté d'admiration les visiteurs comme celle des carnets de bal prêtés par M. Bernard Franck ; on ne peut rien imaginer d'un art plus distingué, d'un goût plus fin, ni plus grande variété' de matière et de technique. Quel enseignement pour les ouvriers d'art de notre temps !

Avant d'en finir avec l'extraordinaire série des objets d'arl du xvm' siècle, je ne puis pas omettre le plus admirable de tous, celui sur lequel on a le plus écrit, la pendule de Falconet, qui appartient au comte Isaac de Camondo.

Dès les premières semaines sa vue semble avoir affolé du désir de la possession quelques cerveaux impuissants a réfréner leurs convoitises. Tous les journaux ont

raconté l'histoire, vraiment extraordinaire, de cel objet d'art, acheté jadis pour quelques centaines de francs par Mannheim, le père, l'ancêtre, à un artiste de Francfort, prise chez lui par le baron Double pour quelques milliers de francs, paye

Petit meuble Louis XVI collection de M . Vial

101 min francs par M. Isaac de Camondo a la vente Double el donl deux compétiteurs enragés lui offrirent, il y a quelques semaines, la somme fantastique de I 500000 francs. Sans s'arrêter plus longtemps a ces folies, nu ne peut dire qu'une chose, cesl que l'objel pourrait les justifier, si elles pouvaient être justifiables.

Miniatures et boîtes du xviii0 siècle (collection de M. Bernard Franck .

l/AKT A L'EXPOSITION DK 1900

Celle pendule de marbre blanc surmontée du groupe des trois Grâces, dont les mains se repassent de l'une à l'autre une guirlande de roses, renferme en soi, et comme quintessenciée, toute la grâce de celle époque charmante, dont elle reflète si bien le goût el l'esthétique.

Arrivé au terme de cette étude si brève sur l'exposition rétrospective de l'art français en 1900, je ne me dissimule pas les lacunes qu'elle peut présenter. C'est un monde immense qu'il a fallu faire tenir en quelques pages. J'aurai du moins conscience de n'avoir pas été trop au-dessous de cette tâche, si j'ai pu donner l'impression qui' l'art français sorl grandi encore, s'il était possible, de cette épreuve, et que nous n'avons qu'à suivre ses glorieuses traces pour conserver ces qualités anciennes, la mesure el le goût, qui jadis ont été noire incontestable supériorité.

Gaston Migeon.

Fautei ii. Loi is XVI

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