‹ L'Art a l'Exposition universelle de 1900Chapitre 2 sur 101 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Après qu'on eut décidé que sur l'emplacement de l'ancien palais de l'Industrie, deux palais seraient édifiés, séparés par une avenue triomphale qui des Champs-Elysées mènerait au pont Alexandre III, il fallut prendre parti sur la destination de chacun d'eux. On résolut d'organiser au Petit Palais une exposition rétrospective îles arts industriels de la France, depuis 1rs origines gallo-romaines jusqu'à la Révolution. L'œuvre était immense et n'avait pas encore été tentée avec une pareille ampleur : les expositions rétrospectives de 18(17 et plus encore celle de 1889, avaient en effet été assez restreintes. (Vile de 1878 s'était appliquée aux arts de tous les pays, sans vue d'ensemble, sans intention didactique. L'abondance des monuments d'art français, que nous avions pour ainsi dire sous la main, et dont notre pays pouvait à lui seul fournir presque tous les éléments, était une raison déterminante de se limiter à une exposition d'art national. On eut l'heureuse idée de s'adresser, pour organiser cette exposition, à l'homme le plus capable de la mener à bien, M. Emile' Molinier. conservateur au musée du Louvre. Résolu justement à ne pas toucher à un objet des musées de Paris, il dut puiser à trois sources, et à part quelques exceptions qu'il conviendra de signaler, il les trouva intarissables : les musées de province, les trésors d'églises, les collections particulières. Grâce au bienveillant concours de la Direction des cultes, les trésors d'églises se dépouillèrent de leurs plus merveilleuses richesses, et l'on trouva chez tous les archevêques et évèques une collaboration aussi généreuse qu'éclairée. Les monuments d'art religieux furent groupés en trois salles auxquelles les [dus belles tapisseries de nos cathédrales apportèrent une parure majestueuse. D'autre part, les amateurs montrèrent une abnégation à laquelle on ne saurait rendre un trop juste hommage. Ils comprirent qu'il était patriotique de donner à cette exposition la por- . tée la plus haute. Quant aux municipalités, elles apportèrent le même désintéressement et le même esprit d'union. C'est grâce à tous ces concours que l'exposition

IÎUSTE HE FEMME [XV SIÈCLI (collection de H. Oppenhcim

rétrospective devint la plus grandiose glorification qui se soit encore produite de notre art national ancien. Nous allons en présenter les grandes lignes^ en suivant l'ordre îles séries, telles qu'elles ont été classées logiquement, L'intérêt îles études irehéologiques nécessitait ce classement; ceux mêmes qui n'apporteront à leurs visites qu'une curiosité superficielle y trouveront aussi un enseignement.

LA PEINTURE

L'Exposition rétrospective de 1900 étanl avant tout consacrée aux objets d'art industriel et religieux, la peinture et la sculpture n'y sont intervenues qu'accessoire-

ni et comme éléments de décoration de salles ou d'ensembles mobiliers. Là où il

n'y a pas eu classement méthodique et systématique, il ne saurait y avoir étude au sens vrai du mot; nous n'aurons donc ici qu'à appeler l'attention sur quelques œuvres plus ou moins célèbres.

Il ne sulisisle en France aucun monument de peinture, antérieur au xiv siècle, qui ne soit de décoration murale : c'est, pour le xi° siècle, l'église Saint-Julien de Tours. et le temple Saint-Jean, à Poitiers : pour le xn' siècle, les remarquables décorations de l'église de Saint-Savin (Menue) et du Liget, en Touraine; et pour le xiii" siècle, celles de l'église de Montmorillon, de Saint-Julien de Brioude; de l'église Saint-Quiriace de Provins, et de la cathédrale du Puy. Le rôle de la décoration murale clans les églises, et dorénavant dans les demeure- seigneuriales que les rois de France ou leurs vassaux firent édifier, ne déchut pas au cours des xlv et xv siècles. D'anonyme qu'elle avait été jusqu'alors, l'œuvre des artistes devint personnelle, et nous sommes éclairés par les documents d'archives et les comptes ou inventaires publiés à ce jour.

(Jné seule œuvre du xive siècle est venue à Paris, c'est une toile peinte, collée sur un panneau de bois, e1 représentant une Mise au tombeau. Elle appartient à Yilleneuvelez-Avignon ; elle est de Simon de Ghâlons. On y trouve les portraits d'Innocent VI et de son neveu, le cardinal Pierre de Montirac, évêque de Pampelune. Ils lurent les fondateurs de la Chartreuse de Villeneuve.

On sait de quelles faveurs, au milieu du xv° siècle, René d'Anjou, celui qu'on appella le roi René, entoura les artistes de son temps, et que la légende, accréditée par une page de Brantôme, voulut voir en lui-même l'auteur de maintes peintures qui nous ont été conservées. <>u lui attribua longtemps la Trinité de l'hospice de Villeneuve lez-Avignon, jusqu'au jour où l'abbé Requin découvrit le nom d'Enguerrand Charonton, originaire du diocèse de Lyon, et véritable auteur du retable qui ornait l'autel de la chapelle de la cité de Dieu à l'église des Chartreux. La Trinité y apparaît, couronnant la Vierge et les trois Églises, la triomphante, la militante et la souffrante. On y constate une influence flamande très marquée, une recherche du caractère individuel dans les ligures, qui tirent longtemps considérer l'œuvre connue bourguignonne, ainsi que le pensait M. de Tauzia lui-même.

f le désir de voir quand même un artiste dans le roi René, nous le retrouvons dans

l'attribution persistante qui lui est faite d'un petit diptyque de la collection I Ihabrière- Arli's qui nous conserve ses traits ainsi que ceux de son épouse Jeanne de Laval. Les archives nous mil transmis les noms de plusieurs artistes qu'il employa : l'un d'eux. Copin Del f, qui lui survécut, peignil pour l'église Saint-Pierre du Martray, à Loudun,

Ciiaromon. Le couronnement m; la Vierge (xv° mm mi

Villi m c lez A l igllOll .

un panneau représentant la Vierge et l'Enfant. Un autre peintre attitré du roi René fut ce Nicolas Froment, totalement inconnu jusqu'au jour où des documents révélèrent qu'il était l'auteur du triptyque conservé dans la cathédrale d'Aix, /.<■ buisson ardent. Lediocèse d'Aix a compris le grand intérêt qui s'attachait à l'étude de cette œuvre. Au centre Moïse assis voit apparaître dans le buisson la Vierge et l'Enfant Jésus : sur chaque volet, le roi René et sa femme Jeanne de Laval sont agenouillés : derrière eux se tiennent leurs saints protecteurs. Très longtemps considérée comme flamande, cette œuvre porte un caractère de réalisme presque brutal. Le paysage est d'une exécution remarquable. A peu près de la même époque semble être un grand retable de Saint-Antoi le Loches, une crucifixion entre le portement de croix et

L'AHT A L'EXPOSITION DE 1900

la mise au tombeau. Du xv siècle encore sont des panneaux de la confrérie de Notre- Dame iln Puy à Amiens, ceux du musée de Moulins, à fonds d'or gaufré et un triptyque de l'église de Thenay.

Des dernières années du xve siècle nous est restée une œuvre considérable, et où les progrès dans la technique même sont manifestes. C'est le Triptyque de la cathédrale de Moulins, longtemps attribué à l'école italienne, mais qui est bien essentiellement français. La Vierge glorieuse y est adorée par Pierre de Bourbon et par

Nattikr. — Le Comte de Toi i.ouse (collection de M. Jules l r

Anne de France accompagnée de leur fille Suzanne encore enfant. L'âge probable de cette dernière permit de dater cette œuvre de 1498 ou 1499. C'est une œuvre admirable, où le réalisme de l'époque se tempère «l'une grâce et d'un charme infinis.

Tandis que Bourdichon et Jean Perréal triomphaient à Paris et à Lyon, vivait à Douai un dernier représentant de l'école flamande primitive, Jean Bellegambe (1470- 1534). Nous pouvons admirer ici deux de ses œuvres capitales, deux triptyques de la cathédrale d'Arras, {'Adoration des bergers et des mages, et la Crucifixion entre saint Antoine et sainl IS.mIi . ee dernier aux armes de l'abbaye de Saint- Waast.

Il i'sl toute une série d'oeuvres d'étroite parenté, qui huiles SOnt assez voisines de

].K Ul'IS SON ARDENT

' ■ ancien et i :

L'E XPO SITION KETROSPEC T I V F.

1520, et à laquelle il faudra bien un jour consacrer une étude un peu complète : elles proviennent de la confrérie de Notre-Dame du l'uv d'Amiens, et sont maintenant dispersées dans mainte église de la région. L'un de ces morceaux se retrouve au musée de Gluny. L'église Sainte-Marthe de Tarascon a prêté un beau panneau à fond d'or avec des figures de saints, daté de 1513; le musée du ^g

Puy un portrait d'Henri IL de 1555.

Les salles de mobilier des xvne et XVIIIe siècles auraient été bien incomplètes si quelques beaux portraits n'étaient pas venus contribuer à leur décoration. Les portraits équestres de Henri IV et de Marie de Médicis appartiennent au musée de la Rochelle. De Rig/nid sont les merveilleux portraits du cardinal Fleury. au musée de Perpignan, et du président Gaspard de Gueïdan, au musée d'Aix, que la fantaisie charmante du peintre a costumé en berger. Les portraits de Largillière, celui d'un magistrat, de la collection fiérùtne . et celui d'une dame en bergère, de la collection Deutsch, sont de premier ordre.

Chardin est représenté par trois portraits merveilleux, et l'on sait qu'ils sont relativement rares dans son œuvre. C'est si m propre portrait, de la collection Bureau, celui d'une dame velue d'une robe rouge et qui est d'une admirable couleur (collection Dollfus) et celui de Rameau, du musée de Dijon. Il sera permis de discuter sur un remarquable portrait de femme exposé par M. Reyre. Il y eut au temps de YValteau tant d'artistes capables tle telles œuvres, qu'il pourrait sembler présomptueux de le lui attribuer.

Le portrait du comte de Toulouse par Nallier qu'a bien voulu prêter M. Jules Béer, celui de

Drouais, de la collection Schneider, celui du comte de Florentin par Tocqué, représentent éminemment les plus beaux portraitistes de l'époque. Les maîtres secondaires Vestier, Taraval et Callel eux-mêmes ne sont pas oubliés.

Greuze enfin ligure avec uni' splendide composition, L'Innocence enchaînée par les Amours et suivie du Repentir. Commandé à Greuze par Catherine de Russie, ce magnifique tableau offre des morceaux entiers traités avec une maîtrise digne de Rubens. Il appartient à M. le baron de Schlichting.

Pleureur du tomiïeac de Philippe le Il.vnm [collection de M. le baron Arlluir «le SehicUer).

LA SCULPTURE

Pour la sculpture, ainsi que nous le remarquerons plus loin pour les ivoires, il était indispensable de commencer la série par quelques monuments gallo-romains. N'est-ce pas un des trois éléments qui concoururent à former noire art du moyen

âge, ainsi que les travaux de Louis Gourajod ont tendu pendant tant d'années à le démontrer surabondamment? Mais la démonstration n'aurait été vraiment intéressante que par la présentation d'un grand nombre de sarcophages chrétiens, immobilisés par leur poids aux musées d'Arles ou de Toulouse. Deux pierres d'autel, et quelques statues trouvées dans le sol de nos provinces ont pu seuls être réunis.

Le chapiteau est un des organes de la décoration sculptée qui révèle le plus complètement les influences complexes où s'élaborèrent l'art roman et l'art gothique. En dehors d'un petit bas-relief, provenant du musée de Limoges, et du moulage de la frise de l'église de Dax, qui sont du ni'' siècle, un certain nombre de chapiteaux du xiie siècle sont venus des musées de Saintes, de Tarbes, d'Avignon, de Saint-Omer et de la bibliothèque de Bordeaux, où se retrouvent les entrelacs barbares el les bêtes stylisées conçues par l'imagination orientale. — Deux chefs-d'œuvre de la sculpture romane sont les deux figures de marbre de l'Annonciation don! le musée des Augustins de Toulouse a bien voulu laisser prendre les moulages. Provient du musée de Moulins une sculpture en pierre des plus intéressantes. Le Christ entre deux apôtres.

C'est dans les cathédrales du xiii' siècle que la sculpture de l'époque doit être étudiée, et l'on ne saurait faire trop île sacrifices pour en multiplier les moulages qui seuls en permettront l'élude dans un musée tel que celui du Trocadéro.

Au caractère idéaliste dont son! empreintes toutes les œuvres du sur siècle avait succédé, au xiv" el surtout au xvc siècle, un caractère plus étroitement réaliste; on peut le constater dans une statue en marbre grandeur nature représentant un ange (collection Schiff), et dans une tête de femme en bas-relief du musée d'Arras, qui sont toutes deux du niy" siècle.

Grâce au bienveillant concours de deux amateurs qui ont consenti à s'en priver pendant plusieurs mois, deux séries de petites sculptures de pierre, dont peul à juste titre s'e gueillir l'art français, oui pu se trouver réunies. Ce sont '1 ligures de

Pleureur du tombeau de Piii

lippe i.e Hardi (collée I<

M. le baron Arthur doSchicldor)

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