‹ L'Art a l'Exposition universelle de 1900Chapitre 21 sur 101 · BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

BEAUX-ARTS

Le 15 avril 1900 doit s'ouvrir la cinquième Exposition universelle de Paris. Ce sera l'ensemble le plus vaste et le plus laborieux à visiter. Le contenu sera à coup sur intéressant; la logique veut qu'on se fasse d'abord une idée du contenant. Or, ce contenant est assez multiple pour qu'il soit aisé de s'y égarer et on ne pourra s'y orienter qu'à la condition de l'avoir compris dans son ensemble, sauf à en chercher les détails dans les Guides et Indicateurs.

La première Exposition universelle de Paris date de 1855, presque un demi-siècle. De ce point de départ à l'Exposition actuelle, la marche a été constante, toujours dans le même sens. De la conception première et toute naturelle de l'Exposition-musée, on s'est de plus en plus dirigé vers la conception de l'Exposition-fète. Qu'on dise « kermesse » ou « caravansérail » ou même « foire » — tous ces vocables ont été employés et le sont encore journellement. — le retournement de l'idée ou du programme est complet. 1855 fut une exposition, et accessoirement une fête intermittente : 1900 sera une fête continue, et subsidiairement en quelque sorte une exposition.

Cela est si vrai que, même dans le jury qui jugeait les plans de cette Exposition, nous cherchions avant tout les promesses de beaux aspects, de pittoresque, d'imprévu, de variété : une sorte de mot d'ordre tacite faisait

' Celte étude a paru dans la Revue du 10 avril 1900 sous le titre : Avant l'ouverture. Elle avait été écrite dès février à titre de premier coup d'œil d'ensemble, sur l'Exposition. On a cru devoir la reproduire ici sans y rien changer. Le lecteur y chercherait en vain un examen détaillé des innombrables et éphémères constructions édifiées sur les deux rives de la Seine; .M. Guadet le dit en terminant: il n'avait pas à décerner des prix et des accessits.

Ce que notre éminent collaborateur a voulu, c'est simplement considérer et comparer les grandes lignes. On reconnaîtra que les conclusions de l'ancien rapporteur du jury chargé de juger le concours des deux palais des Champs Elysées eurent alors le mérite d'une perpicacité quasi-prophétique .

faire à l<ms les jurés celle réflexion : « L'Exposition, on s'en tirera toujours. Quel que soil le plan mis en première ligne, on trouvera toujours les locaux nécessaires pour exposer les soieries ou les meubles, les tableaux ou les machines agricoles. Le difficile, lacis rara, c'est la conception brillante, le rêve des Mille et une nuits, ce qui frappe, ce qui éblouit, ce qui violente au besoin l'attention ou l'impression : la grosse caisse, le piment, le feu d'artifice ; puis du goùl et de l'art, s'il se peut, par surcroit ! »

Ce n'était pas là assurément le programme imprimé du concours; mais vraiment, le lire ainsi n'était-ce pas savoir lire ?

Donc, en 18oo, la pensée était uniquement de constituer des locaux suffisants pour recevoir les objets à exposer : quelque chose comme ce qu'en géométrie on appelle le moindre cube capable.

Le palais dit de l'Industrie avait été construit quelques années auparavant : il fut le récipient tout trouvé des industries diverses; un baraquement sur le cours la Heine reçut les machines en mouvement : c'était un hangar pur et simple, un abri spacieux, sans architecture, sans aucune prétention à l'aspect ; on voit au camp de Satory des baraquements de ce genre, où se logent fort bien les canons, les prolonges ou les fourrages; longueur. largeur, hauteur, tout est suffisant pour le cube voulu : c'est tout ce qu'on a cherché; on l'a trouvé; le problème est résolu.

Enfin un autre baraquement, ingénieusement disposé d'ailleurs, peut-être le musée le plus pratique que nous ayons jamais eu. abritait l'Exposition des Beaux-Arts, cette Exposition sensationnelle où il y avait la salle d'Ingres vis-à-vis de la salle de Delacroix, sur des terrains alors disponibles entre l'avenue Montaigne et le quartier Marbeuf.

Baraquements, dis-je, et ce n'est pas une ironie. On voulait exposer, rien de plus. I n abri suffisait, et ces hangars provisoires dissimulaient leur pauvreté entre les arbres du quai, entre les murs de clôture ou les chantiers voisins. Et sans doute cela répondait bien aux besoins, car celte Exposition eut un grand succès.

En 1867 déjà on voulut faire plus grand. De plus en plus grand est la devise inévitable des Expositions. Le palais de l'Industrie fut encore utilisé, avec quelques annexes provisoires, mais l'Exposition principale fut portée au Champ de .Mars.

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