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GALERIE DES MACHINES

SUISSE BELGIQUE flATJ-UlIlS ANWXTEW

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Déjà on s'acheminait vers la conception de la fête continue, mais timidement, en somme. On pensait, on croyait encore, que dans une Exposition universelle la curiosité a surtout pour objet la chose exposée. De là celle combinaison ingénieuse, plus théorique à vrai dire que pratique, de l'Exposition à la luis concentrique et annulaire. Supposez un disque circulaire : si vous tracez les rayons, l'espace compris entre deux rayons voisins constituera des secteurs, lesquels pourront être plus ou moins grands suivant que L'angle au centre sera plus ou moins ouvert. Si, d'autre part, vous tracez des cercles concentriques, vous disposez des anneaux, dont l'étendue ira en augmentant à mesure qu'ils s'éloignent du centre. Que l'on affecte un secteur à une nation, un anneau à une nature de produits, le visiteur pourra, s'il se promène du centre à la circonférence ou réciproquement, voir toute l'exposition d'un pays ; s'il se promène circulairement en suivant un anneau, comparer l'état d'une même industrie dans les divers pays. Ingénieux, mais peu pratique, car ce système suppose entre les divers produits de divers pays, non une égalité, les secteurs étant d'angle variable, mais une proportionnalité qui n'existe pas. D'autre part, une grande monotonie d'elTet, des perspectives toujours curvilignes : en somme, une conception de théoricien dans son cabinet.

D'ailleurs, à l'Exposition se joignaient çà et là quelques annexes peu importantes, et le palais du Trocadéro, récemment construit, et destiné à ce qu'on pourrait appeler la représentation officielle à l'occasion de l'Exposition.

Avec 1878, la conception change. On sait dans quelle pensée celte Exposition avait été décidée : la France y devait affirmer sa survivance, étonner ses hôtes étrangers, ses citoyens eux-mêmes. L'Exposition n'était presque qu'un prétexte à une manifestation éclatante de grandeur et de vitalité : dès lors, le mot d'ordre devint «attraction ». Puis l'expérience du passé, la multiplication incessante des moyens de transport avaient montré qu'une sorte de démocratisation devenait de plus en plus la loi des Expositions universelles. Le public sérieux de l'étude, des spécialistes, viendrait toujours : ce qu'il s'agissait d'attirer, c'était les masses. Et pour celte attraction, il fallait les attractions.

Aussi, ce fut bien encore le Champ de Mars qui resta le grand centre de

l'Exposition, mais on y constitua un palais avec des recherches d'architecture et de monumental jusque-là ignorées : grands et larges vestibules, galerie du travail, etc., le tout suivant un plan où la prépccupation de l'effet tenait déjà sa place. Puis, dans le voisinage immédiat, des curiosités exotiques dont lapins appréciée fut la Rue des Nations : son succès fut très vif el survit encore dans les souvenirs.

Le palais de l'Industrie était réservé aux Salons annuels, l'Exposition débordait d'ailleurs hors du Champ de Mars avec le Trocadéro et ses pentes, cl le long du quai d'Orsay, sous les arbres, jusqu'au pont de l'Aima. Une partie de l'esplanade des Invalides, entre le quai et la rue Saint-Dominique, abritait une Exposition spéciale d'animaux, séparée de la grande Exposition.

L'intérêt était en réalité concentré au Champ de Mars. Là un immense rectangle, assez monotone extérieurement, recevait l'Exposilion française d'un côté, les Expositions étrangères de l'autre. Malgré tout, c'était encore le système du grand abri collectif, compartimenté entre ses diverses affectations, avec plus d'effets intérieurs qu'extérieurs. On pensait bien à la foule qui entrait, on pensait moins à celle qui resterait dehors.

Enfin vint la mémorable Exposition de 1889. On fit de plus en plus grand, ou plutôt le grand fit place au gigantesque. Au Champ de Mars, des palais immenses, et surtout la recherche du non vu, de l'extraordinaire : la galerie des machines avec la portée de 110 mètres de ses charpentes, la tour Eiffel avec ses 300 mètres de haut, puis le dôme central, les fontaines lumineuses, etc. Le simple programme des nécessités était bien dépassé, le premier besoin était Tétonnement. On chercha passionnément le clou. Le Champ de Mars était réuni au Trocadéro d'une part, à l'esplanade des Invalides de l'autre; le chemin de fer Decauville abrégeait les parcours, et débarquait les visiteurs à l'entrée de YHabitation humaine de Ch. Garnier.

En 1889, on comprend décidément que si l'Exposition doit assurer des abris aux choses exposées, elle est avant tout, pour la masse toul au moins, un but de promenades où l'on va surtout voir un monde de promeneurs. Aussi par une disposition essentiellement perspective, le Jardin pénètre entre les bâtiments ; terrasses, fontaines, parterres et arbustes égaient cet espace, tandis que. sous les portiques de chaque côté, les cafés et les restau-

rants s'offrent à tous venants. Cet espace central devient le cœur même de l'Exposition.

D'autre pari, toute l'esplanade des Invalides est absorbée et se relie au Champ de Mars par une enceinte ininterrompue le long du quai d'Orsay. Fantaisie aux Invalides, utilité sur le quai, grande variété en somme, avec trop de tintamarre pour les gens sérieux, à peine assez sans doute pour ceux qu'attirent avant tout les danses d'aimées ouïes théâtres annamites.

Le succès fut colossal, et on se rappelle encore ces multitudes pénétrant chaque jour dans cet immense ensemble et le remplissant sans cesse; les familles apportant leur repas, restant là toute la journée ; et la journée se prolongeant le soir encore ; les fêtes partout, les musiques exotiques, les danses suggestives, toutes les attractions pour les foules : la kermesse. Çà et là, quelques consciencieux piochaient un sujet sérieux, goutte d'eau dans un Océan. La formule ou plutôt le programme démocratique des Expositions était affirmé sans conteste : attraction des multitudes, et sous prétexte, pourrait-on dire, d'exhibition, la fête, la fête, la fête. Fête quotidienne partout, et de temps en temps une fête plus fête encore, le tout à la faveur d'une admirable saison qui permit à cette longue féerie de disparaître en plein succès, comme ces feux d'artifice où le naïf spectateur attend encore quelque chose après le bouquet final, ne pouvant croire que ce soit fini.

C'est avec ces souvenirs, les derniers surtout, que devait lutter l'Exposition prévue pour 1900; il fallait dépasser tout ce qui s'était fait, écraser toute comparaison. La progression dans le passé commandait la progression dans le présent : dans cette voie, qui s'arrête recule. Et alors?

Alors, tandis qu'en 1889 encore l'Exposition était une enceinte, immense, mais enfin parquée d'un côté de la Seine, sur la rive gauche, à part l'ouvrage avancé du Trocadéro, cette fois l'Exposition sera une ville dans la Ville. Elle vient au-devant de Paris : la place de la Concorde, l'avenue des Champs- Elysées, voilà ses grands accès, cependant que des gares importantes, et non plus la pauvre petite station du Champ de Mars, la gare des Invalides pour l'Ouest, la gare du quai d'Orsay pour l'Orléans, puis le Métropolitain, permettront quelque jour l'accès de foules sans cesse renouvelées, mettront, à défaut de logis suffisants dans Paris même, les banlieues à contribution

'.m L'ART A L'EXPOSITION DE 1900

pour abriter les caravanes de voyageurs qu'on attend et qui s'organisent partout, jusqu'en Amérique.

Grandeur et puissance ou folie et vertige, chacun en jugera à son idée. Toujours est-il que jamais effort plus colossal ne fut tenté pour taire dénier le monde entier dans un espace préparé.

Voilà le programme, le problème à résoudre, bien fait pour susciter les ambitions^ dangereux aussi, car l'échec se serait mesuré à toute la magnificence des promesses. Aura-t-on réussi? Je le crois. Mais encore faut-il ne pas demandera une improvisation fiévreuse les perfections longuement étudiées. Tout ne plaira pas à tous : n'importe; c'est l'ensemble qu'il faut voir, et qu'il faut voir avec la pensée dominante de ce programme qui n'est ni écrit ni imprimé nulle part : Souper ultra.

Ici, liquidons tout de suite un regret. De ce qui avait été fait pour 1889. on a gardé deux choses : la tour Eiffel et la galerie des machines. C'est un contresens. La tour, qui n'a jamais répondu à un besoin, qui a toujours été chose laide, a réussi, somme toute, en 1889. Elle a été1 la joie de la badaudeiie, elle a fait traverser les mers ou les continents à de nombreux dévots de l'étrangeté. Elle a fait recette, voilà qui est bien.

.Mais, grands Dieux! nous la connaissons et voilà trop longtemps qu'elle a 3(10 mètres! Ce clou sur le retour n'a plus rien à nous dire, et il impose une fâcheuse impression de « toujours la même chose ». Et par malheur, il se voit.

Je comprends davantage la conservation de la galerie des machines, qui du moins peut servir à quelque chose. Mais c'est encore du déjà vu. et aux convives d'un jour il n'est jamais habile de servir, si ce n'est à leur insu. les reste> des convives de la veille. Et, de cette chose plutôt lourde, plutôt grosse, qui n'a ni proportions ni élégance, mais qui du moins avait le mérite brutal des dimensions, on a fait trois tronçons. Au milieu, un édifiée se construit sous l'édifice : grande salle des l'êtes qui sera très intéressante en elle-même, mais qui ne laisse à droite et à gauche que des vestiges raccourcis de la galerie. Déjà, par la lourdeur massive de ses éléments, l'écartement exagéré' de ses travées, elle était loin de donner l'idée de sa réelle longueur, plus de i00 mètres. Personne ne voulait croire qu'elle fût plus longue que le parcours du jardin de- Tuileries, du quai à la rue de Rivoli. Un s'en doutera bien moins encore. Qu'on fit à cette place une belle salle des fêtes, c'était

fort bien, mais il fallait la faire avec ses façades, ses silhouettes de toitures, et non l'emprisonner comme un gazomètre intérieur dans le gabarit d'une galerie qu'il eût été plus heureux de ne pas conserver. On a bien eu du courage à propos du palais de l'Industrie !

Jetons donc un voile sur la tour Eiffel, un autre sur la galerie des machines, el voyons ce qui caractérisera la nouvelle Exposition.

Avanl tout, je serais bien trompé si son grand sucrés, son originalité bien trouvée et sa nouveauté pittoresque ne résultaient de ce fait que sa grande

artère, sa voie triomphale, sera la Seine. En 188'.!, le long de la rive gauche, le quai d'Orsay, dos Invalides au Champ de Mars, était incorporé à l'Exposition. Mais les bâtiments en bordure de la rivière avaient leur accès par le quai, sous des arbres, le long d'une promenade plutôt triste, et sur le fleuve il n'y avait que des façades postérieures inanimées. Aujourd'hui l'Exposition s'étale sur les deux rives, en façade sur la grande voie fluviale, que longera la circulation animée des multitudes. Si l'on tire un bon parti de cette composition, si des flottilles de barques, de canots, de gondoles, de bacs cl de vapeurs donnent une vie intense à ce chemin d'eau, si le soir surtout on en l'ait le rendez-vous vénitien des visiteurs, il y aura là sans doute l'élément des plus charmants et féeriques souvenirs que puisse laisser l'Exposition.

Une autre nouveauté, celle-ci durable, sera la démolition du palais de l'Industrie, son remplacement par les deux palais nouveaux, la constitution de l'avenue el du pont Alexandre III.

Le palais de l'Industrie est regrettable, car il était fort utile et jamais peut-être il ne tut, de son vivant, apprécié comme il l'est depuis qu'il nous lait défaut ; comme il le sera plus encore lorsqu'on se souviendra que son orientation de l'Est à l'Ouest permettait d'ombrer le versant sud de sa toiture vitrée et d'éclairer le Salon de sculpture par une lumière tamisée sans soleil, ce que ne permettra plus l'orientation nord-est de la grande nef du nouveau palais. N'importe, l'idée est belle, et de nature à embellir la capitale. Sa mise à exécution devait malheureusement être trop fébrile et les artistes de haute valeur à qui elle a incombé ont dû souvent regretter d'être ainsi talonnés par le temps. Car si l'on doit faire crédit à ce qui ne sera que temporaire, on sera plus exigeant pour le durable. L'avenir surtout, en

jugeant les œuvres, ne se demandera pas si elles mil été hâtives ou mûries : savons-nous quel temps Gabriel a dépensé pour son admirable place de la Coneonle ? Peu nous importe, peu importera plus tard aux juges de ces monuments. Mais nous qui savons combien le temps a été court, l'improvisation inévitable, nous devons d'autant plus admirer en toute justice le talent et la fécondité ainsi que la puissance de moyens qui ont permis ce changement à vue.

La perspective qu'on veut restituera existé, moins le pont. Quelques-uns se rappellent aux Champs-Elysées le Carré Marigny faisant contre-partie à l'esplanade des Invalides : perspective encadrée d'arbres et non de monuments. Elle sera désormais plus complète, conduisant l'œil de l'avenue des Champs-Elysées à la coupole de Mansart, en empruntant le plus large pont de Paris.

Il est vraiment beau ce pont, avec la courbe fière de son arc unique; bien moderne aussi, car on ne l'aurait pas fait il y a vingt ans. Et cependant, c'est le principe même de l'architecture antique : cela est ainsi, parce que cela devait être ainsi et non autrement. Et du coup, l'art a reconquis droit de cité dans ce domaine d'où il était poliment évincé ; déjà l'un des ponts de Lyon, le pont Mirabeau à Paris avaient amorcé ce progrès ; on voit aujourd'hui que les travaux réservés à la sécheresse et à la pauvreté delà pure conception utilitaire peuvent, et par conséquent doivent motiver des œuvres d'art; que dans une ville comme Paris, des culées de pont, des descentes d'escaliers ou de rampes peuvent être artistiques comme des rampes ou des escaliers de Versailles ou de Saint-Cloud: heureux retour à l'idéal des belles époques d'art.

Lors du concours, plusieurs artistes avaient projeté le pont avec des constructions, temporaires ou durables, comme l'ancien pont au Change, ou les ponts de Florence ou de Pavie. Le jury n'a pas voulu que la belle perspective de la Seine fût interrompue : il a eu raison, et le pont n'aura au-dessus de son tablier que sa balustrade et ses candélabres nécessaires. Seuls quatre pylônes marquent ses extrémités : ils sont en eux-mêmes d'une belle ('Inde artistique ; peut-être de simples piédestaux eussent-ils suffi.

Quant à la nouvelle avenue et aux deux palais qui la bordent, j'ai le regret, et sans doute le tort, de m'étonner du parti adopté. De chaque côté de celle avenue, on a voulu deux palais — un grand, un petit — sans rien de

commun entre eux qu'un même axe transversal: à chacun sa configuration, son architecture, ses dimensions, sa hauteur, sa physionomie. Dès le concours spécial ouvert pour la composition de ces palais, ce fut l'idée même iln programme, si bien que je dis mal en disant le « concours» : il y eut deux concours. Les concurrents pouvaient à la vérité traiter les deux sujets, niais ils pouvaient n'en traiter qu'un seul. A l'exposition, tous les projets du Grand Palais étaient d'un côté, ceux du Petit Palais ailleurs. Le jury dut juger d'abord le concours du Grand Palais, séparément, puis ensuite séparément celui du Petit Palais. C'était la négation par avance de toute pensée

d'unité Et cependant on ne m'ôtera pas de l'idée que si jamais l'unité fut

désirable quelque part, nécessaire même, c'était bien là !

Je me figure ce brave Mansart en résidence aux Champs Élysées, non pas les Champs-Elysées de Paris, mais ceux des poètes, et par faveur spéciale gratifié d'une permission de vingt-quatre heures. Il a entendu raconter par quelques-uns des derniers arrivants, dans un langage dont certains néologismes l'étonnent. que sur la plus belle avenue de Paris on ouvre une avenue transversale dans l'axe de sa chère coupole qui en sera le motif magistral ; cette avenue ne répond pas à un besoin matériel d'utilité, c'est au seul nom de la beauté artistique qu'elle est créée. Très flatté, il veut la voir: il s'y rend.

En passant, il admire loyalement la place de la Concorde, d'un nommé Gabriel qu'il a pu connaître enfant, et constate avec joie que le goût de la grandi' composition, de la majesté calme, de l'ordre dans l'architecture lui a survécu ; et de loin il admire aussi la masse puissante et sobre d'un arc de triomphe qui témoigne encore de la survivance de ces belles qualités.

Et, comme on ne se refait pas, il ne peut s'empêcher de conjecturer en architecte ce que va être cette avenue monumentale dont sa propre gloire est le programme. Il rêve une largeur grande, vraiment royale (peut-être ne saitil pas que nous sommes en république), mais cependant sans espaces dévorants qui fassent ressembler sa coupole à un objet d'étagère : l'œil doit être conduit par un cadre de lignes simples ; ce qu'il vient de voir place de la Concorde, avec la perspective d'un temple majestueux au bout d'une rue qu'il appelle « rue Royale » lui inspire confiance. Cette voie pourrait toutefois, au milieu de sa longueur, s'élargir en forme de place, et le souvenir de sa place Vendôme lui revient en mémoire. Sur cette place, dans une belle symétrie,

pourront s'ouvrir des monuments latéraux : ce sera une de ces grandes unités

monumentales comme il en a su créer à Paris, à Versailles

Hélas ! ce qu'il voit n'est ni une rue ni une place, c'est un espace. De chaque côté un palais, chacun dissemblable de l'autre, un grand, un petit, avec des périmètres bizarres, pour le grand surtout, des obliquités étranges: une perspective boiteuse, vague, non composée. Cependant, il s'avance, et s'adossanl au Petit Palais, il considère le grand, et le trouve fort bien en lui-même ■ puis s'adossanl au grand, il considère le petit, et pareillement le trouve tort bien en lui-même. 11 se dit que celui ou ceux qui ont pu concevoir ces palais étaient certainement de taille à concevoir un ensemble, cet ensemble dont son vieux génie >aisit si bien la nécessité ; et. désillusionné, il ne peut s'empêcher de dire : « Quelle magnifique occasion c'était pourtant là de% réaliser un ensemble ordonné ! » Et, non sans tristesse, il retourne rendre compte à François Mansarl. à Perrault, à Blondel. à Gabriel, de ce qu'il a vu, sans parvenir à le leur expliquer.

En eux-mêmes, et toute question de vis-à-vis à part, "ces deux palais montrent dignement que l'architecture française est toujours à la hauteur des conceptions monumentales. Il ne faut pas oublier, d'ailleurs, qu'après cette Exposition ils auront des destinations pour lesquelles ils devaient plus particulièrement être composés, expositions annuelles et musée. Le plus grand offre un intérieur pompeux, d'un grand effet, et sa grandeur est accentuée par les proportions; le plus petit, plus intime, sera le rendez-vous élégant des réunions plus discrètes. Ce n'est vraiment que plus lard qu'on pourra les apprécier dans leur fonctionnement normal, et peut-être tout jugement doitil être différé. La place me manque d'ailleurs pour étudier comme elles le méritent ces œuvres qui appelleraient à elles seules un examen approfondi.

Quant à ce qui constitue le vaste ensemble qui a été créé spécialement pour l'Exposition de 1900, et qui disparaîtra avec elle, je ne puis décrire par le menu le caractère et la destination de chaque partie. Je n'ai pas davantage envie de procéder à une distribution de prix et d'accessits. Bornons-nous maintenant à voir ce qui, d'une façon générale, caractérise le provisoire de celle année.

La préoccupation majeure a été la variété ; et, en effet, dans la construction simultanée d'un ensemble aussi immense, le danger était la monotonie.

Mieux vaut encore au besoin un peu d'incohérence, et l'exagération de la fantaisie. Le ci genre ennuyeux » eût été ici un désastre. On y a paré d une Façon simple, en multipliant les architectes. Il y a bien un plan général, c'était inévitable, mais il n'y a pas un architecte général : cet orchestre de virtuoses remarquables n'a pas de chef d'orchestre. El cela est si vrai que, luis même que la masse du plan général est symétrique (de chaque côté de la rue médiane de l'Esplanade, de chaque côté du Champ de Mars), les palais à élever sur Les alignements symétriques, confiés à des mains différentes, ne se ressemblent pas.

Ce n'est que là où l'architecture doit forcément se présenter en frontispice que la symétrie a maintenu ses droits imprescriptibles : ainsi à l'entrée de l'Esplanade, les deux palais de droite et. de gauche sont la contre-partie l'un de L'autre ; ainsi, au fond de la perspective du Champ de Mars, le grand château d'eau qui en sera le décor final et comme L'apothéose en avant du palais de L'Electricité et de la salle des Fêtes. Partout ailleurs la variété, telle au moins que la permettait l'uniformité inévitable d'un programme qui est toujours à peu près pareil.

Qui dit variété ne dil cependant pas nécessairement pittoresque : le vrai pittoresque n'a qu'un auteur, toujours le même : le temps. Ici pourtant on en trouvera le long de la rivière, avec les sections étrangères. C'est que tout cela émane d'arts différents, l'Italien près du Turc, le Hongrois près du Flamand. Entre eux rien de concerté, l'imprévu régnant sans conteste. Avec la belle courbure de la Seine, des prolongements et des vis-à-vis heureux, l'animation des deux rives, celle du fleuve lui-même, ce sera l'attraction pittoresque de l'Exposition. Du pont Alexandre III au pont d'Iéna, on ne pourra pas. comme on dit, laisser tomber une épingle dans la Seine.

Partout d'ailleurs, la direction générale a été. je crois, aussi libérale que possible, et chaque palais, puisque c'est le terme officiel, esl bien l'œuvre de son architecte. Or.il est intéressant de noter chez tous une tendance très différente de celle qui prévalait jusqu'en 1 S8'->. C'est le fer qui celte fois encore est le grand metteur en œuvre; mais tandis que, en 187S, en 188!), l'ossature en ter restait visible du dehors, avec des remplissages de briques, de terre cuite, de céramique, en un mot une architecture de fer apparent, cette fois, sauf de rares exceptions, gardant pour les intérieurs les effets propres à l'architecture métallique, pour les façades on s'est rencontré, sans parti préconçu, mais

évidemment par une évolution esthétique, dans une conception toute différente : celle du fer habillé. Je m'explique.

Paris, qui doit peut-être une bonne partir de ?a grandeur historique au fait d'être situé au centre de carrières à plâtre presque inépuisables, est la ville du monde où peut le mieux se faire île l'architecture de grand décor provisoire. Avec une carcasse en fer ou en bois, un peu de plâtre et un peu de (liasse, ou plutôt beaucoup de plâtre et beaucoup de filasse, on peut improviser les architectures les plus monumentales, les plus somptueuses, à qui il ne manquera que la durée. Toutes les apparences sont permises, tous les décors sont réalisables. A peu de frais relativement, on pourrait reproduire, pour une saison, un immense ensemble comme Saint-Pierre de Rome avec sa place et ses colonnades. Comme le décor de théâtre nous donne le monumental par l'illusion de la perspective, le décor en plâtre peut nous le donner en relief par l'illusion de la matière.

Eh bien! à mon avis, et dût-il en résulter trop de dômes, c'est bien là la -véritable et logique conception d'un programme comme celui de l'Exposition. Ce fut déjà le parti adopté à Chicago, et c'est ainsi qu'on peut ou qu'on pourrait réaliser, pour une féerie temporaire, ce que Piranèse rêvait dans ses admirables compositions. Et je n'ai qu'un regret, c'est qu'on ne soit pas entré plus hardiment dans cette voie féconde de l'illusion nettement monumentale. J'ai prononcé le nom de Piranèse: voilà le grand imaginateur à proposer comme modèle et comme inspiration si dans quelques années il doit se refaire une nouvelle Exposition !

Mais il ne s'agit plus ni de rechercher ce qui aurait pu être fait, ni de préjuger ce qui pourra se faire dans l'avenir. Les trois coups sont frappés : au rideau !

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