‹ L'Art a l'Exposition universelle de 1900Chapitre 23 sur 101 · POTSDAM A PARIS · texte numérisé non relu

POTSDAM A PARIS

Au premier étage du Pavillon impérial allemand, en notre Exposition universelle, quatre salons nous accueillent, inégaux et divers, totalement différents de ee qui les entoure, C'est comme une entrée soudaine au Potsdam du Grand Frédéric. Ici la chambre de musique; là. le cabinet-bibliothèque; à gauche, un petit salon ; un coquet boudoir, à droite. Il n'y a point copie proprement dite : il n'y a qu'évocation, rappel, suggestion, quintessence. Tel détail vient du grand château; tel autre de Sans-Souci. L'architecte a cru devoir argenter certains entrelacs stuqués des plafonds pour les mettre en accord avec ces fauteuils enrichis d'applications d'argent, chers au fondateur de la grandeur prussienne — et ce n'est peut-être pas une très heureuse idée. Mais la belle affaire si l'ensemble nous saisit! Aux murailles, rien que des tableaux français— les tableaux de Frédéric. Devant nous, disséminés, en fonction vivante, des meubles historiques, trahissant une double origine — les uns venus de France, les autres faits à Potsdam, sous des inspirations françaises bien reconnaissables en leur style alourdi. Je néglige les reproductions et les bagatelles.

Nous sommes chez le roi philosophe. Voyez plutôt, au-dessus de la cheminée, son portrait peint par Antoine Pesne en forme de médaillon. Il n'avait encore que vingt-sept ans quand le peintre le figura ainsi d'après nature, au château de Rheinsberg : cheveux poudrés et frisés, uniforme bleu à parements rouges brodés d'argent, corps de cuirasse coupé en biais par le cordon de

1 La merveilleuse exposition organisée au Pavillon impérial allemand ne pouvaii être laissée de côté ici; il nous a semblé que ce rapide coup d'œil jeté sur l'art français du jcviii" siècle était la préface toute naturelle d'une étude sur la peinture du siècle suivant.

l'Aigle noir et. brochant sur le tout, manteau royal, en velours rougefourré d'hermine. Avec cela, l'air d'un homme parfaitement résolu à ne s'embarrasser de rien. Le même air se retrouve en cette statuette, posée sur le chambranle, où Gottfried Schadow l'a évoqué vieilli, bonhomme et intraitable, le bicorne vers l'oreille droite, le poing gauche à la hanche, s'appuyant sur sa haute canne, botté jusqu'aux cuisses et entouré de ses chiens favoris. On lui faisait observer les dégâts faits autour de lui par ses levrettes: et lui. haussant les épaules : m Mes chiens déchirent mes fauteuils. Si je les faisais raccommoder aujourd'hui, ce serait à recommencer demain... Bah ! une marquise de Pompadour me coftterait bien davantage et me serait bien moins attachée. » Les relations du grand monarque avec la France ont suscité bien des commentaires. Ce génie si nettement germanique aimait en nos lettrés les idées ouvertes el les instincts progressistes, en noire langue la précision sans sécheresse, en noire peinture le, sentiment poétique non surajouté au réel, mais vraiment inspiré de lui. En outre, ses achats de beaux meubles parisiens avaienl pour but de procurer des leçons utiles et des sujets d'émulation à ses arriérés artisans de Prusse. A cel égard ces calculs ne fuient point déçus. Il y eut, bientôt, à son service, des maîtres es arts de l'ameublement : l'ébéniste-bronzier Melchior Kambly. l'ornemaniste Nahl, le sculpteur sur bois Offenhaupt. .. Ainsi, quelque jugement qu'on porte sur les œuvres, l'art allemand eut sa première fleur moderne et son premier sourire sous les auspices de l'art fiançais.

C'est ce fait que S. M. l'Empereur Guillaume 11 a eu la bonne grâce de vouloir commémorer par l'envoi en son Pavillon impérial du quai d'Orsay d'ouvrages mobiliers de l'une el de l'autre origines indiquées plus haut. Mais sa pensée courtoise ne s'est point arrêtée là. Les salons de Potsdam et de Sans-Souci regorgent de toiles de nos maîtres du xvme siècle, de marbres el de bronzes de nos sculpteurs. L'Empereur a ordonné qu'une notable part des collections du Grand Frédéric, formées jadis à Paris, revint à Paris el, six mois durant, lui placée sous nos yeux sans nulle difficulté d'approche. Il faut avouer que celle manifestation à la gloire de la France organisée par les Allemands ne manque ni d'originalité, ni de charme.

IL — Frédéric aima, dans la sculpture, les bustes où se survivent les personnalités humaines el les fantaisies décoratives qui rehaussent un palais.

N Li^rrel pinx

LE .Mdl'I.INET

Revue de - moderne

LA !• Kl NTI' 11K

Dans la peinture, seules les douces ef capricieuses visions de l'école de Watteau le touchèrent. Elles déchargeaient un instant son esprit des contraintes de l'existence : elles découvraient à son imagination ce qu'il appelait « l'île dos bienheureux ». L'étrange magie qui s'en exhalait pour lui aux heures moroses paraît s'en exhaler encore pourses descendants. On ne pouvait doue

Page 1