L\ DANSE
s'attendre à voir déplacer a notre profil la collection entière. Ni les circonstances absolues, ni les convenances relatives n'eussent permis pareil déménagement. V Embarquement pour Cythère de Watteau, interprétation définitive de l'extraordinaire esquisse du Louvre, orne, maintenant, à Berlin, le salon de l'impératrice. De même les deux parties du légendaire « plafond de boutique » du marchand de tableaux Gersaint. Ces peintures, et bien d'autres, n'ont pas déserté leur pan de mur. A l'endroit de l'enseigne, je me défends mal d'un regret. La critique savante aurait pu. devant celle composition unique
divisée en deux panneaux en tirs conjonctures restées mystérieuses, se poser maintes questions intéressantes, avec chance d'en lirer au clair au moins quelques unes. Les plus parfaites photographies ne sauraient conduire à tel résultat. Si jamais se réalise l'ancien rêve d'une exposition générale de l'œuvre du divin peintre de Valenciennes à Paris, tout au moins pourra-t-on prendre pour éléments de discussion la copie de l'enseigne exécutée par Pater el possédée par M. Stern ; le fragmenl représentant la conversation autour de la caisse de tableaux qu'on déballe et qui appartient à M. Léon Michel-Lévy : enfin, l'excellente gravure d'Aveline. Le morceau de M. Michel-Lévy est exposé au Petit Palais des Champs-Elysées. Il accuse tous les caractères d'un original enlevé en pleine verve. Le maître avait-il répété sa composition .' Combien la présence de la peinture de Berlin eûl provoqué d'utiles observations et — peut-être ■ — fourni de renseignements décisifs!
Au surplus, quatre chefs-d'œuvre de Watteau s'offrenl à nous : Les Bergers, V Amour à lu campagne, La Leçon d'amour el La Danse. Seule La Leçon d'amour a soufferl des injures du temps. La matière en est craquelée et ridée. Pourtant les figures n'onl rien perdu de leur poésie exquise et l'harmonie des tons ne s'est point évaporée. Les trois autres tuiles sont dans le meilleur étal de conservation. Toutes nous ouvrenl le monde enchanté où se complaisait le génie de l'artiste. .le ne crois pas qu'il v ail nulle part un plus précieux tableau que L'Amour à lu campagne, dit aussi L'Amour paisible. Quel adorable groupe que celui de la jeune femme en bleu, au corsage si galamment échancré, écoutanl les tendres paroles de l'homme allongé auprès d'elle, pendant que, toul proche, un guitariste semble semer de l'idéal dans l'air! Lu regard de ces apparitions si vraiment humaines clans leur fantaisie bocagère, symphonies de rêve el de grâce, confidences de chimères énamourées traduites d'un dessin de raffinement suprême, d'une couleur de pur ravissement, tout pâlit et devient secondaire. Il va. certes, bien des peintres dignes de -luire : il n'y a qu'un Antoine Watteau.
Les Lancrel sonl au nombre de dix au Pavillon impérial. Chacun a ses références el -m- l'un — chose rare — on lil le nom de l'auteur et la date de l'exécution : Lancret, 1132. C'est L'Amour ù lu campagne. L'Oiseleur, Le Jeu île Colin-Maillard, Lu Danse devant lu fontaine <U> Pégase, Le Montreur de lu boîte d'optique et. surtout, le portrait de la danseuse Cupis de Camargo, en io| nguirlandée. essayani un pas dan- un jardin, attestent un goût
LA PEINTURE loi
charmant, une habileté peu commune. Mais on tient à bon droit pour la meilleure pièce tli1 la série, et même pour le chef-d'œuvre de Lancret, la danse sous les arbres intitulée Le Moulinet. Encore que types, physionomies, attributs et combinaisons de groupes procèdent évidemment et directement du magicien des Fêtes galantes, il est clair que tant de liberté et de tranche élégance ne se rencontrent guère en des ouvrages d'école.
Six tableaux de choix et quatorze sujets d'illustration pour le Roman comique t'ont juger du talent de Jean-Baptiste Pater en ses bons jours. La plus important!1 composition est la Fête en plein air. Une centaine de petits personnages y jouent spirituellement leur rôle. Des musiciens s'avancent, des masques défilent, un escamoteur fait des tours, des couples joyeux, de conditions et d'apparences diverses, s'entretiennent, se reposent, dansent, regardent. D'une porte de parc sortent une voilure et un cavalier. Là-bas on a dressé des baraques. Le clocher du village s'entrevoit plus loin. L'agréable « bambochade », signée et datée de H33, est gaie, variée, piquante à souhait et de conservation irréprochable. A un degré inférieur, la Réunion devant le mur d'un parc, les Baigneuses et le Colin-Maillard ne laissent pas d'avoir grand prix. Les sujets d'illustration pour le Roman comique se distinguent par une foule d'idées ingénieuses et d'amusants détails. Nous en connaissions dès longtemps la suite par les gravures des Surugue, d'Edme Jeaurat, de Scolin, de Lépicié et de IL Audran, lesquelles, vérification faite, traduisent à perfection l'esprit des originaux. 11 ne manque, en somme, à l'art de Lancret et de Pater qu'un peu de spontanéité.
III. — Une collection du xvin" siècle serait incomplète si le grand Chardin n'y avait sa part. Chardin et Watteau, en des genres tout différents, sont les plus pures gloires de la peinture française en cette période. L'un évoque l'idéal et nous l'ait vivre dans l'enchantement des mirages ; l'autre nous tient dans la réalité humble et sévère du petit monde bourgeois. Le Grand Frédéric a possédé de Chardin trois chefs-d'œuvre que l'on nous montre : le Jeune dessinateur à jaquette blanche qui taille son crayon; La Pourvoi/rase, exquise répétition du tableau du Louvre, el l'admirable Rôtisseuse de navets. Ces trois morceaux tranchent sur tout le reste en offrant aux yeux un autre côté de l'esprit français, un autre aspect de la société française '.
Indiquons ;'i cette place que le Souffleur de Chardin, donné jusqu'ici, d'après un papier du
La Toilette, de Charles- Antoine Coypel, est une assez bonne étude en manière
de poitrail d'une jeune f en devant son miroir. Je ne peux que mentionner,
faute de place, la Déclaration de Jean-François de Troy et les deux groupes de portraits en action d'Amédée Van Loo : la Famille de l 'artiste avec labofte
Il UNE DESSIN \TF.rit.
d'optique el la Famille de l'artiste avet 1rs bulles <!>■ savon. Mais il sied de souligner d'un trail plus vif les œuvres d'Antoine Pesne. Nous avons déjà parlé du portrait ovale de Frédéric, peinl an château de Rheinsberg en 1739,
temps, comme un portrait d'Aved, a reparu au Petit Palais des Champs-Elysées comme une représentation de l'auteur lui-même. J'ignore présentement sur quels documents cm quelles traditions autorisées s'appuie l'assertion nouvelle. C'est une question d'iconographie qu'il sera bon d'élucider. La peinture ne peul s'examiner d'assez près à l'Exposition : il semble, toutefois, qu'elle ait souffert et snlii de pénibles restaurations. Un autre portrait, également expose au petit palais, passe pour une œuvre de Chardin : à savoir, le musicien Rameau en habit rouge, debout, un violon i ii main, du musée de Dijon. Cette peinture, provenant de l'ancien fonds du Louvre, est fort belle et I identification du modèle ne l'ait aucun doute, niais l'attribution a l'auteur de la Pvure et du Jeune deisinateur, bien que recevable, esl loin d'être prouvée.
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