LE GENERAL BRU GERE
me ira et mode
LA PEINTURE
de la couleur. Les combinaisons d'arrangement n'ont été calculées que pour motiver et faire dominer avec énergie l'affirmation linéaire. L'art des tableaux
Gustave Mors
Saint Sun vstiex
d'Ingres est un art de laborieuse et complexe invention, plein d'admirables qualités d'exécution graphique et voué à rester morne, étant sans émotion naturelle.
Heureusement, comme les nécessités de la vie imposent, en certains cas. à
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l'artiste le devoir d'observer, le sons du dessin conduit [ngres, dans ses portraits, à des transcriptions d'humanité singulièrement frappantes. Le Salon centennal renferme un petit portrait de M"1" de Vaueay, en toilette <le soirée noire, de proportions miniaturales, mais d'une rare concentration de vérité. Nombre d'effigies du maître nous retiennent à divers degrés, quoiqu'il s'y rencontre parfois des formules, notamment dans le dessin des bouches féminines. .Mais au-dessus de tout il sied de mettre le portrait de M de Senones,
du musée de Nantes. En fourreau de velours rouge grenat rehaussé de nœuds de satin blanc, déjelée sur un sopha, la gorge opulente et molle sous la line gaze qui la voile et la fraise de dentelle au cou, les doigts chargés de bagues, des médaillons et une petite croix d'or à la ceinture, au bout d'une chaîne, la placide créature lève sur nous ses yeux clairs d'être instinctif, alangui de quiétude. Toute une nature de femme, toute une biographie se condensent en cette figure. A quoi bon chercher midi à quatorze heures el se perdre en dissertations? 11 ne s'agit pas de raisonner sur la vie et de peindre les choses d'après des raisonnements. C'est la vie qu'il faut observer en elle-même el rendre scrupuleusement. En traduisant ce qu'il voit, un grand artiste traduit ce qu'il sent et ce qu'il porte en soi. Il arrive ainsi à donnera l'œuvre d'art son signe décisif et définitif. Il l'empreint pour toujours du sceau d'un moment, d'un pays, d'une race. On peul regarder, auprès des portraits d'Ingres, le portrait en buste de M"" Granger, forte femme aux lèvres épaisses, coiffée d'un turban blanc, d'une expression tranquillement et impérieusement voluptueuse, peint par son mari. Ce Granger nous est mal connu. Nous lui devons au moins un chef-d'œuvre.
V. — Ce n'est pas ici le lieu d'étudier les origines du romantisme. Les tendances anti-classiques qui aboutirent au mouvement esthétique improprement dit de 1830, mériteraient d'être prises de loin. On a pu voir plus haut par de simples litres de tableaux que de nombreux peintres réputés ne pensaient pas, même au temps de David, forfaire à la dignité de la peinture (i historique » en peignant des sujets de l'histoire ou de la légende épisodique • les siècles anciens. S'ils n'eurent pas assez de talent et de netteté pour imposer leurs vues, le fait de leurs tentatives réitérées reste hors de cause. L'ouverture du musée des monuments français aux Petits-Augustins. organisé par Lenoir en 1791, avait provoqué un élan d'études sur le moyen âge. Des élèves
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de David se prirent de goût pour le décor gothique. Granet devint un vraimenl remarquable peintre de cloîtres, de monastères, de salles do châteaux et de prisons qu'il animait d'épisodes religieux ou' historiques. Il alla, parla
L\ LOGE appartienl à M"" AI Aude
suite, jusqu'à peindre des intérieurs modernes, avec de petits personnages de son temps — par exemple sa Salle d'asile qui figure a l'Exposition. Sa patience minutieuse s'attachait à résoudre les délicats problèmes du clair obscur et de l'atmosphère intérieure qui avaient passionné les Hollandais et dont plus d'un petit peintre du xvui' siècle s'était préoccupé. On a bien fait île grouper
devant nous une série d'études de cet honnête artiste, élève de David et développé en dehors de L'influence de son maître. J'ai plaisir à constater qu'il doit sensiblement sa vocation spéciale aux Pctits-Augustins ; mais nous discernons en lui. par surcroît, un îles liens les plus intéressants du passé à l'avenir. A la lin du siècle où nous sommes, les questions d'enveloppe lumineuse solliciteront tous les peintre-, et la peinture sera presque déchargée des opacités et des Ions neutres conventionnels.
A côté de Granet, Revoil, Flcury Richard, le comte de Forbin, Vernay. Du Perreux et d'autres cultivèrent à qui mieux mieux « le genre chevaleresque». Des spécimens de leur production nous arrêtent, çà el là. dans les musées* de province. Bien qu'ils nous fassent généralement sourire, il eût, je crois, convenu de leurouvrirune petite place, au palais îles Beaux-Arts, à titre documentaire. Gen'est pas assez d'une toile de Granet et dal' Entrée de Charles Y à Paris d'Ingres, pour nous renseigner sur des aspirations auxquelles, peu à peu, de hauts esprits s'intéressèrent. Chateaubriand chanta le gothique: Victor Hugo devait, bientôt, l'exalter avec énergie. Je n'ignore pas que les romanciers secondaires et les faiseurs de romances sentimentales créèrent la vision d'un moyen âge « troubadour » et « dessus de pendule .». Ce fut, dans la peinture, en petit celui de Revoil. en grand celui de Menjaud el d'un Blondel. La Restauration aima el protégea la mode gothique, telle quelle, à raison des souvenirs de la monarchie. On oublie trop, pourtant, que l'état d'espril d'où surgit le romantisme répondait à un besoin autrement large el autrement puissant que la « moyenâgerie ». C'était la liberté des idées et des expressions que l'on poursuivait. L'art classique symbolisait l'oppression intellectuelle. Il fallait donc en linir avec lui. Pour l'assaillir toutes les armes semblèrent bonnes. Le bric-à-brac du plus faux moyen âge fut triomphalement utilisé.
Au demeurant, le premier qui monta à l'assaut n'était rien moins qu'un adepte du bric-à-brac. Je parle du lié- grand Théodore Géricault. Dès ISP. il exposait le portrait du lieutenant de la garde Dieudonné, calme sur son cheval cabré, qui fixa l'attention de David lui-même. Ce lurent, ensuite, son Cuirassier ulrssé. son Radeau </>■ la Méduse, ses Courses de chevaux, -a Di/igence de Sèvres, son Maréchal ferrant, son Four à plaire. Le domaine où il s'affirmait s'étendait ainsi de l'héroïque au familier de la vie moderne. Géricault admirait l'antique ; il lui est arrivé de marquer cette admiration en diverses éludes ; mais il ne se voulait esclave d'aucun formulaire, ayant la
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nature devant lui. In voyage en Italie lui fit comprendre la valeur îles maîtres italiens sans le soumettre à leurs doctrines. Peut-être eut-il un peu trop de goût pour les tons noirâtres du Caravage. Techniquement, ce puissant peintre, si fougueux, si libre et si épris des belles pâtes, abusa du bitume de Judée. Son rêve était de peindre quelques vastes tableaux d'une forte signifiance humaine : entre autres, l'Ouverture des portes de l'Inquisition en Espagne par les Français et la Traite des noirs. La mort le prit
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trop tôt. 11 n'importe ! Théodore Géricault avait proclamé la liberté de l'artiste. On voit de lui. à l'Exposition, une esquisse de la Méduse, une vaillante ébauche de portrait de David d'Angers, une étude de militaire, un épisode de courses. Pas ombre de « genre moyen âge » en son romantisme glorieux.
Avec Delacroix, le moyen âge intervient, mais il n'intervient pas seul. Les sujets de l'antiquité le tentent; les sujets de la guerre de l'indépendance grecque le transportent; les spectacles de la vie orientale l'émeuvent et le ravissent. On le voit peindre les chevaux et les fauves, la fable et la religion, le rêve et la réalité. De cette diversité de données se déduit cette conclusion : les sujets sont pour lui les véhicules de la pensée, les cadres indispensable-
pour peindre ce qu'il voit, ce qu'il sail ei ce qu'il sont, le monde et son opinion sur le monde. L'entière inlcllectualité de son époque est en son œuvre. Si Ingres réagit contre des contingences esthétiques au nom de la forme pure, Delacroix s*esl armé contre l'académisme au nom delà passion et de la couleur. Trop imbu de littérature, sa peinture se fait, souvent, à l'excès, littéraire, shakespearienne, byronienne. Les visions de Waller Scotl l'obsèdent; les scènes du Faust de Gœthe le font tressaillir. Mais il ne peint pas que des épisodes de livres ; il peint La justice de Trajan et L'entrée des Croisés à Cons-
Jtilos Breton. — \jz P.UIDON \ Kerc.HO.VT
tantinople, L'empereur dit Mann entouré de su garde et La Liberté sur 1rs barricades. La tête de Boiss'y oVAngîas présentée à la Convention au bout d'une pique cl Lr massacre de Scio. On peut lui reprocher de n'avoir pas toujours travaillé suffisamment d'après le modèle. « craignant, disait-il, de refroidir I élan de ses héros ». Avec ses incorrections, il émeut profondément : les fautes s'annulent ; on estsubjugué. En Orient, le pittoresque l'incite plus qu'en Occident à regarder les mœurs, el son admirable couleur s'affine et s'attendrit. Combien ses Femmes d'Alger son! exquises ! Par surcroît, ses peintures décoratives illuminenl les murailles qu'elles revêtent. Voyez le plafond de la galerie d'Apollon, au Louvre. Voyez les décorations de Saint-Sulpice, du Luxembourg el du Palais-Bourbon. L'œuvre colossal de ce) homme est représenté aux
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Champs-Elysées par une douzaine de morceaux environ : un grand saint Sébastien, qui n'est point de ses chefs-d'œuvre ; une Grèce pleurant sur les ruines de Missolonghi, un peu bien artificielle; une allégorique Assemblée dp
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comédiens et de bouffons dans un paysage vert et tourmenté, composition shakespearienne et peinture puissante; de délicieuses Femmes d'Orient (hais une maçon arabe; un petit Bon Samaritain en robe rouge d'une couleur superbe et un tragique blessé buvant, à plat ventre, l'eau d'un ruisseau. Après Delacroix, l'indépendance du peintre est définitivement acquise. Chacun
esl libre de ses visées. Il n'y ;i plus un « grand art » et un « petit art ». Il y a l'art un cl multiforme.
.le n'aperçois pas dans h' romantisme le « moyenâgisme » exclusif dont mi parle toujours. Un put, quelquefois, emprunter dos anecdotes plus ou moins « truculentes > à nos vieux chroniqueurs, empanacher des personnages, déployer un grand luxe de ferraille. On jeta surtout celte friperie à la tète des classiques. En réalité, l'on poussai! en des sens 1res divers. Les peintres en renom, qui avaient conquis la liberté, ne manquèrent que de génie (sauf Delacroix) pour profiter de leur conquête en faisant des chefs-d'œuvre. Je me trompe : ils manquèrent aussi d'une idée centrale, nette et dirigeante. Leur doctrine, purement négative, ne concluait à nul principe d'art. On avait démoli la Bastille ; on ne savait que s'agiter sur le terrain, mal déblayé encore, où elle s'était dressée. Il n'y eut point, à proprement parler, d'école romantique; il n'y cul qu'une mêlée d'artistes plus ou moins doués, plus ou moins habiles, livrés à tous les hasards, se débattant en pleine anarchie, sans une commune vue sur les rapports de l'art, de la nature cl du monde vivant. Beaucoup rêvaient exclusivement d'une grande imagerie pittoresque, à sujets historiques.
Ce l'ut le cas d'Eugène Devéria, coloriste artificiel, praticien expéditif et dénué de puissance. Bien ne le prouve mieux que ses deux esquisses exposées aujourd'hui : Christophe Colomb reçu à la Cour d'Espagne après sa découverte el Louis-Philippe prêtant serment devant les chambres le !> août 1830. Ce fut le cas, pareillement, de Paul Delaroehe, comptant sur le caractère dramatique el la mise en scène mélodramatique de ses données pour intéresser le public à ses toiles. Au même idéal, mais avec plus tic recherche de concentration et une exécution plus solide, se rangera Bobcrl Fleury, l'auteur de Jane Shore accusée d'adultère... — D'autres se tourmentent d'intentions poétiques : par exemple, Ary Scheffer, esprit vague, inquiet, ballotté entre le dramatisme de Delacroix et le mysticisme de l'Allemand Overbeck. et, progressivement, ramené par son idéalisme vers le style d'Ingres. Nous avons sous les yeux, son petit tableau fantastique d'après la ballade de BurgerZ.es morts vont vile et 1 esquisse de sa Françoise de Rimini dans le cercle des voluptueux. D'autres auront usé toutes leurs forces à poursuivre un compromis entre la peinture des vieux maîtres italiens et le besoin d'action et de drame des temps nouveaux : tel Sigalon, le peintre de l'Athalie, pleine de beaux morceaux et de (i formules >> du musée de Nantes. Certains, comme Couture le peintre