‹ L'Art a l'Exposition universelle de 1900Chapitre 31 sur 101 · I. A PEINTURE · texte numérisé non relu

I. A PEINTURE

si franchemenl doué des Romains de la décadence, faute de regarder la vie en face, resteront impuissants à s'affranchir. D'autres se rapprochent de la vérité

dans un ordre de sujets pittoresques et, pour le reste, se plient au convenu ; ainsi Schnetz, dont les Scènes italiennes, plus grandes, plus fermes et plus vraies que celles de Léopold Robert, qu'elles ont précédées, annoncent les épi-

ll Uehvbx. — les i'ondateuhs i>u journal « l.v République Française » (appartient à M. .1 Reinacli .

sodés italiens de M. Bonnat, en sa jeunesse. D'autres, enfin, et les plus nombreux, se laissent aller à la dérive et s'affadissent à plaisir : voyez Ziégler et sa fade Pluie d'été'. Je connais, de même, de Louis Boulanger, à Tarbes et à Toulouse, une Abondance et Trois amours poétiques, bien faits pour la chromolithographie des boites à bonbons. En la peinture militaire, Horace Vernet se comporte en chroniqueur de circonstance, adroit, expéditif, montrant les choses en surface, sans jamais insister sur rien d'essentiel. Cet habile producteur à la volée, s'est, d'ailleurs, hasardé tour à tour dans le sens de tout le monde. Avec Raphaël et Michel Ange au Vatican et Judith et Holopherne, il sacrifie au romantisme : avec Mazeppa, il se l'ait classique. La con-

séquence de celte anarchie esl qu'on finit par se retourner en masse <lu côté d'Ingres. Ary Scheffer lu! a l'ail amende honorable en sa Sainte Monique. Delaroche lui rend hommage en son Hémicycle de l'Ecole des Beaux-Arts. Decamps, le brillant et fantaisiste Decamps à la fois paysagiste, peintre de sujets populaires, orientaliste, réaliste cl rembranisant, en est venu à s'agenouiller devant le Saint Symphorien. Horace, Vernet. en 1855, déclarait Ingres " le plus grand artiste du siècle », bien qu'il dessinai « comme un ramoneur ».

I \ s M \ El mm: EN MEII

que tous ses tableaux fussent « en pain de seigle ». qu'il ne sût pas « agencer ses ligures » et qu'il peignîl o d'après le mannequin ». Au total je m'explique forl bien ce mouvement rétrograde. Le maître du Vœu <!<■ Louis XIII et du Saint Symphorien représentait, au moins, un principe. Le romantisme n'avait vécu que d'aspirations. Il avait fail la liberté el n'avait pas appris aux artistes le parti qu'ils en pourraient tirer. Vers 1850. on était las des incohérences. Le plus attachant des peintres romantiques ou romanlisants (toujours Delacroix excepté), c'est Théodore Ghassériau. II a passé par l'atelier d'Ingres; il s'est échauffé à la lia m me de Delacroix. Sa production est variée el même composite. On a dit «le sa couleur qu'elle a » quelque chose d'indou ». Mais, Chassériau avait un sentimenl poétique puissant qu'il trouvait moyen d'accuser jusqu'en des éléments d'emprunt. Son allégorie monumentale de Lu Paix, arra-

LA PEIXTTRË

chée en partie îles murs incendiés de la Cour îles Comptes et présente ici, a pu faire réfléchir Puvis de Ghavannes. Son portrait de ses deux sœurs, en robes d'un jaune cuivré, avec des châles rouges, debout, côte à cote, sur un fond vert, est d'une franchise naïve, éminemment louchante. Sa Vénus ana-

EL

Mil

te «es.

^^r^r A ^^^HDl

t IL ' /%

Wx

I >l]\ \N r LES K l : ! . I .j l ES

dyomène, nue, nouant ses blonds cheveux, exhale un charme particulier. J'aime aussi son petit tableau de Desdémone, vêtue de blanc, ajustée par une servante en vêtement rose. La scène est traitée avec une fantaisie discrète, une simplicité quasi populaire, qui me fait penser par avance à quelques ligures de M. Cazin. 11 sied de rappeler que le tour d'imagination mystique et mystérieux de Chassériau a influencé Gustave Moreau : le peintre du Jeune homme et la Mort et de la Mort d'Orphée nie l'a répété plus d'une fois. On ne doit pas ignorer, non plu-, que ses colorations, tout ensemble

ambrées el nacrées, ont laissé leur trace d;ins l'œuvre de Fromentin, qui en a transmis l'amour ù ses disciples, MM. Henry Lévy et Ferdinand Humbert. Chassériau, pour tout dire, est un de ces rares artistes qui sortiront grandis de ce Salon centennal.

VI. — Si l'on veut juger de la force qui vient aux artistes de la possession d'un principe juste, qu'on s'arrête au groupe des paysagistes dits de 1 SHu el de leurs élèves immédiats. L'histoire du paysage en ce siècle peut être résumée en quelques mots. Au début, il existe à peine. David n'y voit qu'un genre inférieur, moins digne encore que la peinture « de genre » d'être encouragé. Cependant, il se rencontre un vieil artiste, qui ne meurt qu'en 180.}. La/arc Bruandet, pour étudier consciencieusement, en la forêt de Fontainebleau, des structures d'arbres. C'est de lui que parlait Louis XVI, s'écriant après une journée de chasse : « Je n'ai vu absolument rien que des sangliers et Bruandet ». On ne prêta, du reste, nulle attention aux essais de ce brave homme, non plus qu'aux études de Louis Moivau. qui cherchait la fraîcheur de la lumière, et de Michel de Montmartre , amoureux de la nature forte et sauvage. Le paysagiste le plus en renom avant ÎSHI est Louis Demarne, réprésenté, au palais des Beaux-Arts, par un Canal bordé d'arbres, avec des figurines. J'ai vu, au musée de Cherbourg, des toiles intéressantes de ce Demarne. en qui survit quelque chose de la tradition flamande, mais qui a trop peint sur porcelaine, à la manufacture de Sèvres, pour n'avoir pas gardé souvent à ses paysages l'aspect porcelaineux. Le « davidisme » entraine le développement du paysage historique, avec les Valenciennes, les Alignyet les Berlin. Je ne sais pointdc l'orme d'art plus conventionnelle et plus fausse. Voici pourtant qu'un homme admirable, Camille Corot, revient naïvement des conceptions académiques à la vérité des choses dan- l'enveloppante clarté de l'air.

Plusieurs peintres, à peu près au même moment, opinent qu'il est fâcheux de peindre, comme Berlin, de fines éludes en plein air et de mauvais tableaux d'arrangemenl à l'atelier. Leur conclu-ion se formule ainsi : « Peignons nos tableaux sincèrement, d'après nature. Ces indépendants se nomment Paul Iluet. à qui la vue de paysages de l'anglais Constable a ouvert les yeux, Théodore Rousseau, .Iules Dupré, Cabàt. Ch. de la Berge, Jean-François Millet... Leur principe est très -impie : peindre ce qu'ils voient, comme ils le voient, selon leur émotion. Ce principe est d'une Fécondité infinie et favorise

Carulus-Duran piru

M»,« LA comtesse HE C... appartient à M. le comte de C

LA PEINTURE

l'individualité de chaque artiste au lieu de la déprimer, par cela qu'il met incessamment le peintre en face de la diversité des spectacles réels. A ceux que

Jules l;ntTi>\-. — Gc. i\i:i SE

j'ai cités s'ajoutent Daubigny, Diaz. Troyon, Chintreuil. Chacun marche dans sa

voie et donne sa note. Corot voit la nature d'un œil de tendresse; Dupré est rude et fort; Rousseau aime les terrains largement établis, les arbres francs, les effets arrêtés : .Millet célébrera, en sa langue austère jusqu'à l'âpreté. la glèbe

et le pâturage, le crépuscule et l'arc-en-ciel, el fera la synthèse tic la vie du paysan ; Daubigny se plaira au bord des rivières, dans les vallées humides el grasses, parmi lesguérets verts el lieu ri s: Chinlreuil prendra pour lui de l'espace el se préoccupera des sensations intimes et fugitives. La grande école du paysage français esl fondée : elle s'étend en se ramifiant avec une variété merveilleuse. Elle a de fiers maîtres el de charmants petits maîtres. On a formé de leurs

Il B1IASK l.i IN. — Il M. Kl VX I'

œuvres, àl'Exposilion. des panneaux qu'on voudrail transporter intégralement

au Louvre.

Insistons sur le l'ail de l'appel an renouveau qui nous est venu de l'école anglaise. Dès \H22, la présence d'aquarellistes anglais comme Bonington, Robson et Copley Fielding, est signalée au Salon du Louvre. Deux ans après, à ces artistes se joignent Harding, John Varley el Samuel Prout, tous aquarellistes, ri le vaillant Constable envoie à Paris des tableaux. William Reynolds, passa plusieurs années parmi nous, à graver et à peindre. La jeunesse esl vile touchée de la sincérité de cet ail libre, un peu sauvage, el toujours vrai, sans nul système de composition ou de coloration. C'est à la nature de fournir à la fois les sites et les effets. L'imprévu se décèle partout dans les dispositions, les accidents, les perspectives, 1rs végétations, el suivant les états de la lumière qui exalte les Ions ou les apaise sous la Quidité des gris. Mais qui avait, auparavant, l'ail ces constatations en Franee.'

LA PEINTURE

De toute la pléiade, l'homme le plus naïvement personnel et le plus exquis est Corot. Paysagiste, il a eu pour élèves Daubigny. Chintreuil, Français. moins spontané, el cet aimable Lépine, dont on nous montre trois Viies de Paris ravissantes. Quelque chose de Corot est allé jusqu'à Jongkindt, ce Hollandais subtil, ami des lumières décomposées el des reflets, de qui les expériences heureuses ont tant servi à Boudin, à Lépine, à Claude Monet, aux

Page 1