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Lever de lune h canal Saint-Denis
premiers impressionnistes. Mais Corot est aussi un peintre de figures, unique en sun genre, sans imitateur, tout original. Ses éludes d'atelier, ses petites ouvrières simplettes, endimanchées- ou en robe grise, me font penser à certaines ligures de Van der Meer de Delft qu'il n'a sûrement pas connues. Millet a été le père des peintres de paysans, depuis M. .Iules Breton jusqu'au pauvre Bastion Lepage. mort si jeune, et jusqu'à M. Lhermitte. J'ai entendu Puvis de Chavannes s'écrier, un jour, devant un laboureur de Millet, aux simplifications puissantes : « Millet a dégagé la profonde humanité active dans l'homme vrai. » — Brascassat et surtout Troyon peuvent revendiquer,
pour leur pari, la postérité des peintres d'animaux, sans exception. J'ajoute que lous ces peintres ont aimé la facture large, enlièremenl exempte de mièvrerie. Un seul, de La Berge, a poursuivi la chjmère du détail minutieux gardant son effet à distance. Une mort prématurée ne lui a point permis de reconnaître son erreur. Mais la ferveur de sa recherche ne saurait rire oubliée. Gabat, parti presque de la même idée, a sombré dans l'académisme.
Je ne vois pas, dans le groupe glorieux, un grand peintre de la mer. Plusieurs, comme Corot, Jules Dupré et Daubigny, on fait, à l'occasion, de très belles marines; aucun n'a livré tout son cœur à l'Océan. Je ne parle pas d'Eugène Isabey : c'est un fantaisiste, un dresseur d'amusants décors, non un paysagiste. Sa Vue de Dieppe ne m'attirera, snr ce point, un démenti de personne. Non que je nie la verve du peintre : il a de rares qualités d'entrain et une couleur 1res vive, allumée aux étincelles de Bonington, mais il se dérobe au vrai là où il faut essentiellement de la vérité. Qu'on nous montre ses petites seenrs capricieuses, jouées par des personnages de contes de fées, en babils cousus de pierres précieuses; ses Marines n'ont plus rien pour nous. Quiconque a peint la nature en dehors du réel a fait une lâche vaine.
Nos maîtres du \i\' siècle ont placé leur art sur le terrain où il convient de le laisser. Ils ont aimé le sol el le ciel de chez eux, mais leur principe d observation leur a donné la clef des prestiges universels et quelques peintres en ont fait l'expérience au dehors : tel Marilhat, ou. plus généralement, tels les orientalistes. Le monde éclate alors aux yeux dessillés, en son unité et sa variété souveraines. Decamps a vu l'Asie Mineure d'un œil qui se plaît trop au jeu des l'usées pour n'en pas voir partout. Delacroix a senti la pénétrante poésie de l'ambiance. Les paysagistes nous ont appris à ne plus détacher un homme de l'air de son pays. Ils nous ont rendu un prodigieux service artistique Le jour où les peintres d'histoire el de mœurs se seront décidés à montrer l'être humain en ses actions multiples avec le même esprit vïvanl que les paysagistes montrent les choses individualisées et enveloppées. accomplissant leur fonction propre et participant, chacune à un degré particulier, à l'existence totale, ce jour-là, sans contredit, l'art jouira de sa liberté plénière. Il exprimera le génie des temps et l'âme sensible des régions.
VIL — Le beau livre qu'un grand écrivain pourrait écrire à raconter par le menu, série par série, les acheminements de la peinture en ce siècle '
LA PEINTURE
Après avoir constaté que le romantisme a établi endroit la liberté de l'artiste
sans parvenir à déterminer le principe essentiel qui, seul, assure et féconde l'exercice de la liberté, avant d'aborder la question du réalisme, il se demanderait ce qu'est devenue l'intime l'acuité française de l'observation des mœurs. Sa part dans la « grande peinture » est très faible, il tournerait donc ses regards vers les petits tableaux. De ce côté son enquête aboutirait à peu près à ceci : aux dernières années de la Révolution on peint encore des scènes