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populaires sentimentales, plus ou moins rappelées de Greuze. C'est le cas de Martin Drolling, à Paris, de Gamelin. à Carcassonne, de Roques, à Toulouse, et d'une foule de peintres locaux '. Le vieux Drolling, bonhomme obscur, à
i II y aurait intérêt à étudier l'œuvre des peintres provinciaux de la seconde moitié du xviir' siècle et de la première du xix°. Cette étude démontrerait combien l'extrême centralisation avait fait des villes de province des milieux funestes au développemenl des personnalités. Je n'ai point de données sur Dominique Doncre, d'Arras. dont l'exposition centennale nous fait voir un bon portrait de femme en bleu, du caractère des peintures de mœurs bourgeoises du xvm0 siècle, et j'ignore si cette jolie toile répond à l'ensemble de sa production. Pour Jacques Gamelin, de Carcassonne, el Joseph Roques, île Toulouse, je suis plus avancé. Tous deux ont eu une production des plus inégales, où toutes les formules oui leur part. Tous deux mil peinl avec talent des sujets familiers el ont dû tenir boutique de tableaux d'église et de tableaux antiques tics convenus. Nnus devons engager les crudits des départements, qui si- réunissent chaque année ru congrès a l'école nationale des Ueaux-Arts à recueillir avec soin les souvenirs dis petits maîtres locaux de 1 730
demi hollandais, touche soigneusement, un peu sèchement, de petits portraits, peint des intérieurs modestes ou des cuisines, avec d'humbles^person-
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nages, ou fait manger des soupes de pauvres à des enfants de gens de rien contre des pans de murs de faubourg, éclairés d'une lumière ambrée.
à 1850. Nous voudrions, par exemple, connaître 1rs détails de la courte vie de ce Félix Trutat, de Dijon, mort en 1848, dont les portraits, forte ni modelés en une sombre enveloppe, annonçaient un vigoureux tempérament.
LA PEINTURE
Boilly retrace îles épisodes de la rue, des distributions de vivres, des entrées de spectacles gratuits, des rassemblements agités, des choses typiques rencontrées, crayonnées au plus vile. Certes, il ne manque pas d'esprit ni d'habileté et il le sait un peu trop. En revanche il manque un peu de peinture et il ne le sent pas assez. On dirait toujours qu'il peint sur porcelaine. Taunay, sous l'Empire, s'attarde à la « bambochade », avec des sursauts de volonté bien singuliers vers le genre historique.... Vers 1827, Decamps, tout jeune. rouit les marchés, les quais, les faubourgs. Celui-ci est un vrai peintre, non tout à l'ait un peintre de vérité. Ses tons sont trop cuits sur le fourneau de Rembrandt ; il a trop de pratiques apparentes; il se soucie plutôt du comment
Mostbnaiu). — L \ Vendange
que du pourquoi de sa peinture. Tassaert, qui a commencé à produire dès 182o, aborde tous les genres, déployant en tous une intensité exceptionnelle, On n'est pas plus libre de son pinceau, on n'a pas une pâte plus fine ou plus grasse, un métier plus preste, une couleur plus blonde, plus fraîche et plus franche. Ses nudités ont la santé sans pareille ; ses fantaisies gaillardes mettent en scène d'amusantes » lorettes » aux allures dénuées de correction. Par malheur, son art se ressent du désordre de son esprit et de ses mœurs. Ce magnifique petit peintre a fait trop de concessions au sentimentalisme des romances de couturières et au libertinage des conversations d'estaminet. En revanche, plus d'un de ses tableaux de femmes nues dérive des estampes d'après Boucher, gravées au xvuic siècle. Quelques morceaux de lui sont des chefs-d'œuvre d'exécution néo-flamande ; sa personnalité' s'accuse incomplète et troublée. Sous la monarchie de juillet. Honoré Daumier, que ses
contemporains n'ont connu que sous les espèces d'un caricaturiste de journal à la verve puissamment outrancière, peint à grands coups des compositions satiriques empruntées à son répertoire ordinaire et les anime de chaudes couleurs. Celle partie de sa production, révélée au public depuis sa mort, est d'une originalité réelle, et très vigoureuse. L'âpreté de la facture y sied à la rudesse d'un dessin jeté par plans hardis, en lignes hachantes1 Seulement, Daumier a inventé pour lui. en s'inspirant des mâles abréviations de Millet, une forme à part où se transfigure la forme commune pour l'expression des idées. 11 est si exceptionnel el si entier qu'on ne saurait se rattacher à lui sans le pasticher2.
Le maître le plus célèbre de la peinture de petit formai est, de beaucoup, Meissonier. Elève de Gros, il a l'ail carrière à sa façon sans se mêler à aucun mouvement d'école. Ses tableaux minuscules, suggérés par l'art intime de la vieille Hollande, attestent, en leur détail, une force d'attention, une science el une conscience techniques exemplaires. Ses Joueurs d'échecs, ses joueurs de houles, sa Lecture chez Diderot, sonl des oeuvres mailresscs qu'on aimerait à revoir en celte exposition. Un échantillon de sa manière comme Le vin du curé ne suffit point à évoquer sa carrière. La faiblesse de Meissonier, c'est de s'être irrémédiablement asservi à ne voir l'homme que sous des costumes d'emprunt, dans une vérité rendue imaginaire. Son art, par là même, en dépit de la perfection du travail el de l'ingéniosité des transpositions d'après le modèle, demeure le plus souvent loin de nous. Le peintre, rarement ému, nous émeut rarement. Il ne s'est élevé à une réelle hauteur que dans quelques tableaux militaires — surtout dans son Mil huit cent quatorze, où plane sur Napoléon l'ombre visible de la fatalité. Pour atteindre la haute expression, l'émotion est nécessaire. Meissonier a droit à de l'admiration pour son extraordinaire talent, à du respect pour la sincérité de ses recherches; mais ses tableaux étonneront toujours plus qu'ils ne toucheront, .l'insisté simplement sur ceci : cen'esl guère que dans le domaine militaire qu'il s'est montré manifestement original. La raison en est sensible : il y était plus près de la vie vraie que lorsqu'il peignait, au fond de son atelier, des joueurs d'échecs en costume ancien. Toujours, ainsi, nous revenons à cette conclusion : le
' Voir a l'exposition centonnale, section des dessins, les Bûcherons de Millet.
-' Voir ,i la seelion belge le petit tableau de Félicien Rops « Juif et Chrétien » qu'on prendrait pour un Daumier.
MARCHESIN
Lerne
LA PEINTURE 151
plus grand artiste est celui qui l'ait saillir avec le plus d'évidence les types, les caractères, les allures, le dedans et le dehors de l'humanité de son temps.
Vlll. — Aux environs de 1848 a débuté Gustave Courbet, de même que Jean-François Millet. La révolution qui renversa Louis-Philippe marque, chez
i\mi\ -i.atiii h. — Coin de table (appartient à M. E. Blémonl).
nous, la véritable date de l'intronisation de la démocratie. Du mouvement des idées sociales jaillit, en esthétique, une doctrine nouvelle : le réalisme. On a tant écrit touchant la question qu'elle en demeure encore obscurcie. S'il y eut, de la part de Courbet, quelque dessein de bravade, à son point de départ, il faut tenir compte de sa nature de paysan franc-comtois fort et madré, désireux de paraître, de l'état d'esprit général, de la faillite du romantisme, de l'expansion d'un fade idéal et de l'action d'Ingres sur de nombeux artistes qui ne le comprenaient même pas. Il se peut que les types d'hommes et de femmes familiers au peintre d'Ornans déplussent sincèrement
L'ART A i. i:\riisri iii.n dk mon