‹ L'Art a l'Exposition universelle de 1900Chapitre 37 sur 101 · XI · texte numérisé non relu

XI

Nous arrivons à des périodes si près de dous ri si couramment

étudiées qu'il suffira d'en rappeler à larges traits la marche. Les temps qui mil suivi la douloureuse guerre franco-allemande ont vu. comme on sait, se multiplier les tableaux militaires sur les événements récents. Guillaume Régamey, dont j'ai dit la valeur, fut brisé par la mort en 187">, en pleine espérance. Les protagonistes de la peinture de batailles furent Alphonse de Neuville, peintre inégal et superficiel, mais doué d'un grand sens du mouvement et du drame, et M. Edouard Détaille, élève de Meissonier, observateur minutieux, dessinateur d'une incisive précision. L'habileté de l'artiste à donner à ses œuvres un caractère documentai s'est marquée quelquefois en des représentations commémoratives très intéressantes, telles que son pelit dessin de l 'Inauguration de VOpêra en I87.">, et son tableau des Funérailles dèPasleur. En ces dernières années, il a exécuté de vastes toiles — la Reddition de Huningue et les Victime* du devoir, entre autres. — qui figurent à l'exposition décennale. L'exact réalisme n'y est pas exempt d'une certaine froideur d aspect. La production militaire comptée son actif le combat équestre d'un cuirassier français et d'un cuirassier allemand, où passe un souffle de Géricaull. et la Guerre, de M. Roll, la Charge de cuirassiers, de M. Aimé Morot, qui a profité de Imites les révélations de la photographie instantanée -ur la décomposition du mouvement des chevaux, le tableau symbolique 1res généreux de M. Georges Bertrand, Pairie et quantité de sujets historiques ou anecdotiques de MM. Berne-Bel lecour, Dupray, Lànson, plus aquafortiste que peintre, et Jeanniot, devenu un fin peintre dé mœurs. Ce foisonnement a é|é fort mélangé. Peu à peu. la veine militaire s'est beaucoup amoindrie. Sous la troisième République. Paul Baudry a développé son éclectisme dans sa décoration du grand foyer de l'Opéra, si curieusement composite. A la lin île sa vie, il visait à s'inspirer des miniatures du xv siècle. Son Saint Hubert de Chantilly et ses dessins préparatoires pour l'histoire de Jeanne d'Arc, qu'il devait peindre au Panthéon, en font foi. Cabanel peignail des tableaux affectés et maniérés, portraits de femmes parfois d'une exceptionnelle distinction. M. Héberl persévérait dans son genre morbide el mystérieux d'effigies mondaines; M. Henner modelait, en poète et en maître peintre, des nymphes, des Madeleines, des Christs étendus sur la pierre du tombeau. De l'atelier de M. Bougucreau sortaient sans arrêt des toiles académiques. Elie Delaunay exécutai! tour à tour des tableaux de religion ou de mythologie de pur dilettantisme el des portraits admirables, ceux, nolam-

LA PEINTURE

mont, du général Mellinet, de M""' Georges Bizel el de M Toulmouche.

D'autres portraits sobres, discrets, pénétrants, d'un art absolument personnel el d'un mode de gravité bourgeoise et toute française, venaient de M. Fantin-Latour. M. Roybet tenait, à l'écart, boutique de reîtres, de mousquetaires et de fous de cour, en attendant qu'il se hasardât à de grands tableaux où tout n'est que virtuosité vaine comme son Charles le Téméraire

Enfant et tai'reai

entrant à cheval dans une église. Aux Salons annuels, le public courait aux portraits d'un relief ferme el violent de M. Bonnat, aux scènes historiques de M. J.-P. Laurens. aux somptueuses portraitures de M. Carolus Duran, où se froissaient les soies, où se drapaient les velours et les peluches, où scintillaient les brocards Oeuris. où se plissaient les dentelles, où les fourrures luisaient d'un fauve éclat. La même époque vit successivement mourir les grands paysagistes Corot, Daubigny, Millet, Chintreuil, les réalistes Courbet. Daumier, Ribot, Bonvin, Manet, les orientalistes Dehodencq, Belly et Fro-

mentin, le visionnaire Gustave Moreau, qui 'semblait peindre ses mythiques visions avec des poussières de rubis, d'émeraudes el de saphirs broyés. 1rs fantaisistes Eugène Isabey et Eugène Lamy, le célèbre illustrateur Gustave Doré, fantasmagoricien comme l'anglais John Martin et, comme lui. médiocre peintre... J'en oublie, certes, mais il suffit.

Aussi bien, des peintres nombreux e.t divers oui débuté, donl j'ai à l'aire aussi le compte. En premier lieu, c'est tout un groupe qui, sans s'affilier propremenl à l'impressionnisme, a été gagné par Manel à l'amour du plein air et de la lumière, .Iules Bastien-Lepage, échappé de l'atelier de Cabanel, devient un portraitiste exquis, surtout en petit format, un sincère peintre de paysans dans ses Foins et un délical paysagiste, (''pris des horizons de sa province natale, la Lorraine. Il meurt à trente-six ans. Les Foins, les portraits de son père el de sa mère, de son frère, d'André Theuriet. de M. Le Barbier de Tinan, de M1"' Drouais, de M"" Sarah Bernhardt, détendront hautement sa mémoire. M. Alfred Roll, formé à l'école de M. Donnai, a subi, en ses commencements, l'influence de Géricault; mais il s'esl promplement allïanchi de tout romantisme ; il esl allé à la vie vraie el à la clarté. Sa Grève des mineurs, œuvre émouvante el supérieure, était un tableau sombre ; son Travail aa chantier de Sîiresnes, entré' au musée de Cognac, est un tableau où la vigueur esl cherchée eu des Ions clairs presque jusqu'à l'excès. Ce beau peintre a représenté alternativement, d'une sympathie profonde, le populaire et les ouvriers el. d'une joie ardente, la splendeur des corps de femmes nues dans la lumière el la force îles bœufs el des taureaux, rendus en grandeur naturelle. Il y a en lui un sociologue inquiet et rêveur, un révolté en recherche de diversions tories et un paysagiste que la nature console, en lin de compte, des trop raffinées misères de la civilisation. Le pauvre Duez, mort prématurément, n'avait poini de ces écarts : c'était un honnête artiste, s'efforçant de traduire au plus juste cr qu'il voyait, ses parents, ses amis, ses falaises de Villerville el les fleurs «le son jardin, et s'il eut, deux ou trois l'ois, des ambitions de grande peinture légendaire (le Miracle du poisson de saint Cuthbert, le Miracle des roses de saint François d'Assise), il se plaçait encore au point de vue du pittoresque et du plein air. sans tourment de pensée. Parfaitement doué si' montrait aussi M. Gervex, distribuant finement les fuyantes lumières crises parmi les blancheurs dans sa Salle île dissection à I Hôtel-Dieu, son Ho/la el sa Première communion à l'église Saint-Augustin, .le

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