I. A PEINTUR
ne Miis pas >ùr qu'il ne se snil pas trop abandonné, par la suite, à sa facilité, bercée d'un agréable scepticisme. M. Dagnan-Bouveret a, un moment, flotté du genre rural * I » ^ Bastien-Lcpage à des sujets épisodiques comme la
v.n.i.'iN. — Un bu\ ki ii ouparlienl au docteur Pfeiffer).
Noce chez le photographe, la Bénédiction des maries en Franche-Comté et Y Enfant blessé et peinl du plus l'orme pinceau ses Bretonnes au pardon. Il aura le tort, un pou plus lard, de demander à un mysticisme purement cérébral un agrandissement de manière qu'il eut plus naturellement rencontré dans l'observation émue de l'existence. Je parle de sa Cène, de ses Disciples d'Emmaiis et, plus encore, de sa Vierge consolatrice, si compliquée d'inten-
1S2 l.'Aliï A L'EXPOSITION DE 1900
lions, exposée [mur la première fois au Salon décennal. A ce groupe naturaliste il convient de joindre M. Lhermîtte, peintre sérieux clos champs et de la vie champêtre, aux paysans duquel on regrette seulement, parfois, île trouver une allure hop sculpturale, el M. Jean-Charles Cazin, paysagiste unique aujourd'hui d'émotion el peintre hors de pair de figures d'une humanité populaire el légendaire [Agar et Ismaël, Souvenir d'une fête nationale, Judith sortant de Bêlhulië . En celle magistrale individualité se sont fondus certains enseignements partis du paysage de .1.-1". Millet el d'autres venus des conceptions de Puvis de Chavannes.
Un second groupe d'artistes évolue >ans rompre aussi nettement avec les traditions d'école. C'esl M. Benjamin Constant, d'abord romantique, puis orientaliste, enfin portraitiste el décorateur, ami des rutilances el des éclats d'or en des ombres chaudes. C'esl M. Cormon, romantique aussi à ses débuts, ramené ensuile à des sujets classiques, mai- désormais conquis à l'ambiance naturelle. C'estM. Humbert, amoureux longtemps des colorations vénitiennes, plus lard, en ses portraits se rapprochant des vieux Anglais et. dans ses peintures murales du Panthéon, s'inspirant, sans abdiquer, de Puvis de Chavannes. C'esl M. Raphaël Collin, épris d'une mythologie cendrée et vaporeuse. C'est M. Maignan, peintre éclectique, prompt à modifier ses manières el, de bonne heure, adonné à la peinture décorative. Fait à noter : ces peintres renoncent de plus en plus aux scène- historiques. La scène d'histoire proprement dite devient chez nous une rareté à la lin du siècle. Je ne vois plus ([ne M. Rochegrosse el M. Tattegrain pour nous donner, de temps à autre et par goût, un tableau de cel ordre, en dehors des commandes faites pour couvrir des parois d'hôtels municipaux et des efforts de très jeunes gens désireux de se faire remarquer par une toile de vaste étendue.
La décoration a pris une grande extension. En 1874, le marquis de Chennevières, directeur de- Beaux-Arts, l'ai-ail décider que les murs du Panthéon seraient revêtus de peintures. Le branle iiaiuia l'Unie! de Ville el les mairies principales de Paris el des départements. Me tous côtés, on s'improvisa décorateur. Puvis de Chavannes triomphait à créer île- spectacles intérieurs et à résumer de- races et île- sites. On lui prit, non son style, mais ses simplifications linéaires, non ses figures, mais les façons générales de ses personnages, mm ses harmonies, mais ses Ions atténués. Dès lors, on vit foisonner de- œuvres hybrides, dérivant d'on ne sait quel genre pastoral, mêlé de
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I rails classiques et de traits modernes. À côté de scènes à draperies, quasi bibliques ou à demi classiques, il y eut des passages d'ouvriers, des retours de terrassiers au logis, des déniés de bataillons scolaires ou de sociétés de gymnastique, le loul convenablement embrumé, sous prétexte de caractère mural. Quelques essais plus sains furent tentés, notamment par M. Gervex. à la
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mairie de la Villette. Mais deux hommes; se sont noblement révélés par leur art à taire parler et chanter la couleur aux parois des édifices. L'un, le plus brillant, le plus original, le plus sur, est M. Besnard, coloriste abondant, plein d'imagination et de fantaisie, avec des intermittences d'étrangeté et dont le domaine s'étend des compositions monumentales aux portraits, aux paysages, aux simples scènes pittoresques surprises à travers la vie. L'autre est M. Henri Martin, plus enclin (pie je ne voudrais à des symbolismes bizarres, mais doué d'un beau sens de la coloration. L'opposition du groupe
rose de Clémence [saure el de ses compagnes idéales cl <lu groupe rouge des troubadours toulousains, en son allégorie de V Apparition de Clémence Isaure, est la plus riche noie qu'il ait encore donnée. Naguère, l'artiste peignait en touches martelées et en mouchetures. Il semble revenir de celle pratique. Les détails techniques on! peu d'importance : tout gîl dans l'effet obtenu.
Après ISSU des indices de trouble se manifestent en des parties de notre école. Le vieil académisme est vaincu, mais quelques peintres à tendances littéraires se jettent au symbolisme el lèvent de traduire, paradoxalement, des thèmes préraphaélites en formes impressionnistes. Qui ne se souvient des excentriques expositions des « Rose-croix »'? Des enfants perdus de l'impressionnisme allument, d'autre part, sur leurs toiles des Ceux d'artifice de pointillagcs multicolores, lui revanche, des adeptes du « pleinairisme », de plus de bonne volonté que de discernement, confondent le sentiment de la lumière el l'emploi du blanc el tombent dans le décoloré clair des pseudo-décorateurs. Maints indécis, visant à la gravité, se laissent aller à peindre leurs sujets en une brunie noirâtre. Le peintre anglo-américain. James Whistlev est 1res imité. On ne comprend pas très bien la haute élégance et la force évocatrice de ses portraits aux iières silhouettes; on se contente de s'assimiler, vaille que vaille, ce que l'on peut de ses procédés, de ses gris et de ses noirs. Le vague rentre chez nous, d'où nous le pensions à jamais chassé. Lu artiste du plus personnel talent, un maître avéré. M. Eugène Carrière, a aussi des pasticheurs. Nul ne saurait, bien entendu, créer l'équivalent de ses formes attendries de mères et d'enfants, dessinées d'une si sensible science et qu'il dégage de fonds gris de fumée, (in n'ira pas au delà de vaines apparences. Ne devrait-on pas laisser les maîtres sur leur sommet .' Lue originalité ne vaut que pour celui qui la possède en propre.
Des écrivains trop subtils ont beaucoup parlé, à propos de ces singularités, de la ti névrose moderne». De bonne foi, la névrose, qui a existé de tout temps el qui ne sévit point parmi nous au degré qu'on affirme, n'a rien à voir ici. Comment en découvrir la moindre atteinte dans les visions d'intimité familiale de sentiment silencieux el pur de M. Carrière ou dans les portraits de femmes, toujours songeuses, comme lointaines, en leurs blonde- tonalités voilées, de M. Aman-Jean? Elle n'a rien à démêler, non plus, avec le goûi de- couleurs de l'ancienne école anglaise qui tend à reparaître dans les derniers portraits de M. Benjamin Constant et de .M. Humbert, el. plus Iran-
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chement encore avec la très grande distinction, coutumière aux effigies de M. Jacques Blanche, l'un des artistes de vraie valeur des jeunes générations. Impossible également de la faire responsable de la mode des Ions de vieux tableaux, qu'on a le regrel de surprendre dans les paysages à ligures poétiques et, somme toute, un peu bien conventionnels, de M. René Ménard, les marines de M. Dauchcz, les tableaux de MM. Grivot. Prinet. et consorts.
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La vérité esl que nous assistons à l'une de ces réactions fréquentes en art, qui emportent les artistes, avec ou sans raison, d'un pôle à l'autre. Seulement, au cas présent, il faut résister. Nous aurions trop à perdre en répudiant la clarté.
Au surplus, la jeunesse n'a que faire des équivoques : elle porte en elle, pour se reprendre, d'amples ressources de salut. La poésie des paysages de M. Ménard et la portée profonde de ses portraits ne doivent rien aux colorations ambrées et vieillies qu'il affectionne. M. Charles Cottet et M. Lucien Simon sont des peintres vigoureux, pleins de généreuse ardeur. La Procession bretonne île M. Coltel nous frappe d'une hardiesse et d'une force de
Ions peu communes. Il y a en ce jeune homme quelque chose d'un Courbet jaloux de faire sentir, dans le travail de sa peinture, le travail de sa pensée. On peut regarder, à ce point de vue. sou Feu <lc la Saint-Jean.
Qu'il y ail un peu d'anarchie dans nos esthétiques, le l'ail n'est pas. hélas! pour nous surprendre. L'anarchie est partout dans les idées. Mais je jette un suprême coup d'oeil sur les résultats des dix derniers Salons; j'aperçois des portraits sincères, des paysages sentis, des scènes de moeurs, d'année en année plus nombreuses, des efforts probes el variés, et j'espère en l'avenir.
J'ai tenté de montrer, en des résumés lapides, l'œuvre pictural du XIXe siècle: j'ai fait voir quelle nécessité s'était imposée à nos artistes de ressaisir le lien national et de s'affranchir des traditions de la Renaissance et par quelle suite d'évolution leur art a dû passer. Nous avons retrouvé, pardessus les âges académiques, la franchise et la liberté du moyen âge. Le droit nous est acquis de rendre à noire guise nos types, nos manières d'être, nus milieux, nos soucis, noire vie. Nous n'userons pas de celle liberté pour éteindre la lumière. La peinture française est claire el vive. Vive el claire elle restera.
Louis de FOURGAUD.
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