LES ECOLES ETRANGERES
Si nos peintres français, nombreux et actifs, ont eu le droit de s'étaler avec complaisance, les médiocres autant que les illustres, dans les vastes galeries du Grand Palais, il n'en a point été de même pour leurs confrères et rivaux appelés de loin. Dans quelques-unes des sections étrangères, on sent que l'espace a manqué : les peintures, comme aux temps anciens s'y empilent, avec peine, les unes sur les autres, en débordant, par les couloirs, jusque clans les souterrains internationaux. Lorsqu'on a voulu, comme en Allemagne, les présenter solennellement, avec méthode, dans un décor luxueux, on a dû, sauf pour trois ou quatre hautes personnalités, réduire l'envoi de chaque artiste à un seul tableau. Ce seul tableau, fùt-il un chef-d'œuvre, ne saurait, reconnaissons-le. suffire à nous renseigner sérieusement ni sur la variété, ni sur les progrès ou la décadence du talent de son auteur dans ces dix dernières années. En outre, les étrangers n'ont point été invités, semble-l-il. à présenter, en des expositions rétrospectives correspondant à notre exposition centennale, ni des spécimens de leur activité antérieure, ni des souvenirs de leurs maîtres disparus. Ce serait, dans ces conditions, une criante injustice et une fâcheuse erreur de vouloir porter un jugement comparatif sur la situation des diverses écoles de peinture en Europe depuis un demi-siècle. En négligeant cette admirable occasion de renouveler, après cinquante ans d'efforts universels, la confrontation grandiose et généreuse de 18.">:j. dans les mêmes conditions, nous avons aussi manqué celle d'établir, d'une façon plus sérieuse et moins contestable, la supériorité de notre école française, Nous n'avions pourtant rien à perdre en un combat plus égal sur un plus large terrain.
Quoi qu'il en soit, malgré d'énormes lacunes, trop aisément visibles pour ceux qui suivent le mouvement actuel de l'art européen, malgré l'absence regrettable d'artistes connus, malgré l'insuffisance de leur représentation pour beaucoup d'autres, presque toutes les galeries étrangères offrent, pour
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l'amateur impartial et curieux, un intérêf réel et durable. Il u'est point de nation civilisée, grande ou petite, qui, depuis 1835, n'ait fait quelque long et heureux efforl pour occuper une lionne place dans ce domaine séduisant de la peinture. Les unes, déjà actives, comme l'Allemagne, l'Angleterre, la
Belgique. L'Autriche, n'ont eu qu'à poursuivre ou mieux diriger des mouvements déjà commencés: d autres, jadis glorieuses, mais quelque peu fatiguées, comme l'Italie. l'Espagne, la Hollande, onl dû rechercher, soil dans leurs traditions anciennes, suit dans le contact d'écoles étrangères, des éléments de renaissance axant de reprendre, avec la conscience de leur propre tempérament, l'usage de leurs qualités indigènes; un grand nombre de peuples, plus lointains ou plus jeunes, qui comptaient à peine ou ne comptaient pas du tout en 1855, les Etats Scandinaves, les Etals-Unis d'Amérique, la Russie, etc.. ont pris, en quelques années, à leur tour, une place heureuse dans le mouvement général.
Partout, d'ailleurs, le progrès s'affirme avec les mêmes caractères : une disposition de plus en plus nette et réfléchie à comprendre l'œuvre peinte comme l'œuvre d'un métier spécial cl difficile où le caractère .les formes et l'expression des couleurs sont rigoureusement indispensables; un amour croissant pour la nature, la vérité, la vie, dans leurs manifestations les plus diverses; une tendance très marquée à dégager et accentuer l'originalité de chaque race comme l'individualité de chaque artiste.
«•eux qui sont assez vieux pour avoir reçu les enseignements du palais Montaigne, en 1855, se souviennent encore de la salle centrale réservée à
!.. IlttiTEiucii. — l'uni. m DE IlrrrEN.
LA PEINTURE
l'Allemagne, et de la désillusion qu'y éprouvèrent le public et les artistes. Devant ces grands carions, d'un dessin conventionnel, trop lâche ou trop tendu, incolores ou teintés au hasard, où les maîtres illustres de Munich et de Berlin avaient cru réaliser leurs hautes conceptions philosophiques ou poétiques, les peintres se frottèrent les yeux, se demandant s'ils rêvaient, et si c'était vraiment là de la peinture. C'était bien la peine d'avoir consulté si laborieusement les grands artistes de la Renaissance, avant et après Raphaël