‹ L'Art a l'Exposition universelle de 1900Chapitre 47 sur 101 · I . Un. t · texte numérisé non relu

I . Un. t

GoDEKUi'ï C.LVAIGN

exempt des défauts de l'époque; il est froid et pompeux, mais il réunit. à un degré peu commun, les meilleures qualités de science, de rythme, d'équilibre, dont faisaient tant de cas les sculpteurs de l'Empire ; parle sujet seulement, il se rattache à l'antiquité cl. s'il est, par le style, aussi différent que possible des bronzes du xvm° siècle, c'est bien cependant à l'école des artistes de ce temps que Chaudet a appris le secrel de cette composition étoffée el de ces lignes harmonieuses qui font que cegroupe satisfait le regard sous chacun de ses aspects.

Cartellier, les Dumont, Bosio, représentent, aux Champs-Elysées, l'art de la Restauration. Le premier fut chargé, au retour des Bourbons, de relever sur leurs socles quelques-unes des statues royales abattues en 17'.):} par les révolutionnaires de Paris et de la province. Le dernier, après avoir été en faveur sous le Directoire et sous l'Empire, devint le sculpteur officiel de la .Monarchie restaurée, et reçut d'elle, en 1828. le titre de baron. Deux de ses meilleures œuvres figurentau Grand Palais : [e buste de Louis XVIII qui,

LA SCULPTURE

par son réalisme, encore qu'un peu timide, marque déjà un retour vers les saines traditions, et l'exquise statuette d'argent du Henri IV enfant à laquelle Rude, quelques années plus lard, devait donner une si admirable réplique avec le Louis XIII du château de Dampierre. C'est Bosio qui, le premier, tenta de s'affranchir du joug néo- classique et. revenant à la nature et à la vérité, ouvrit la voie féconde où le suivirent ses élèves. Les deux Danlan, Duret, Barye, travaillèrent dans son atelier et, si ce dernier, génie essentiellement original, ne doit rien à son maître, on retrouve chez les trois autres l'influence indiscutable des leçons de Bosio. 11 suffit, pour s'en convaincre, d'examiner le buste si sincère, si peu académique malgré son apparente froideur, que Jean-Pierre Danlan a sculpte d'après Carie Vernet, et les jolies statuettes napolitaines, 1res nouvelles, presque hardies pour l'époque où elles parurent, que signèrent Antoine Danlan et Francisque- Joseph Duret. Pour celui-ci. l'exposition centennale ne nous donne de son œuvre qu'une idée incomplète ; si l'on excepte la jolie maquette de la Tragédie qui ornait autrefois le péristyle de la Comédie-Française, el un Richelieu sans grand intérêt, rien ne rappelle qu'il fut, sous Louis-Philippe et aux débuts du second Empire, l'un des représentants les plus considérables de la sculpture de style : au moins a-t-on choisi, parmi ses ouvrages d'importance secondaire, des spécimens d'un art charmant : le buste de Madame Barbier est un portrait exquis, d'une grâce el d'une intimité toutes florentine?

I'hvhikr. — ChLORIS (musée 'le Toulouse).

en

Pradier avait partagé avec Duret l'honneur de sculpter les Victoires lossales destinées à veiller, comme une garde d'honneur, sur la dépouille de Napoléon, dans la crypte des Invalides. Plus âgé que lui de quelques années, il se rattache plus directement aux maîtres du commencement du siècle. Comme eux. il est hypnotisé par le souvenir de l'antiquité grecque. Un de ses premiers ouvrages se trouvé aux Champs-Elysées ; c'est un Fils de Niobé, d'une facture si molle et d'un modelé si rond qu'on dirait le moulage d'un marbre de Canova. Pans ses autres statues, il imite avec un soin quelque peu puéril les draperies compliquées et plissées à outrance des derniers disciples de Phidias. Son élégance facile lui valut, de son temps, une extrême popularité : on croyait voir revivre en lui le génie de la Grèce et on le surnommait « le dernier des païens ». Célébrées naguère comme d'immortels chefsd'œuvre, les Muses de la fontaine Molière nous paraissent aujourd'hui d'un maniérisme odieux. Ce n'est plus là le Pradier qui nous intéresse ; nous prenons plus de plaisir à découvrir, dans des figures comme la Clitoris qui n'a de grec que le nom. un sentiment raffiné et quelque peu sensuel de la beauté moderne par où ce prétendu classique est presque un de nos contemporains.

Pans son Histoire du Romantisme, Théophile Gautier a écrit que la sculpture devait, de tous les arts, être le plus réfractaire au mouvement d'émancipation qui. vers 1830, entraînail les esprits. L'essence même de cet art, ses conditions matérielles, les matières qu'il emploie, la perfection qui lui est nécessaire, tout devait détourner les sculpteurs des théories nouvelles qui, tenant pour secondaires les qualités de facture, ne demandaient aux écrivains cl aux artistes que de faire pittoresque, hardi et passionné. Aussi, en regard des innombrables peintres groupés sous son drapeau, le romantisme ne peut-il citer qu'un nombre restreint de sculpteurs et de sculpteurs médiocres. C'est Jehan du Seigneur dont les organisateurs de la centennale auraient dû nous montrer, à défaut du Roland furieux que l'on peut voir au Louvre, la Esmeralda célébrée par un sonnet de Gautier. C'est Anlonin Moine, l'artiste moven-àgeux qui, dans son Comhat de Gnomes, s'efforce de renouveler les visions fantastiques gravées par nos vieux « imaigiers » aux porches des cathédrales. C'est surtout Préault, le farouche combattant de la première à'Hernqni, le sculpteur agité, tourmenté, impuissant, dont le génie incohérent va d'un excès à l'autre, d'une recherche maladive qui l'ail de son bas-reliet

LA SCULPTURE

à'Ophélie un Burne-Jones en bronze, à une grossièreté d'exécution si barbare que son Cavalier, placé au pontd'Iéna, pourrait être l'ouvrage d'un maçon.

Un seul des romantiques laisse une œuvre durable, quoique la postérité n'ait pas entièrement ratifié l'aveugle admiralion de ses contemporains. Ami des Hugo, des Gautier, des Sainte-Beuve, qui saluaient en lui le moderne Michel -Ange.

David d'Angers était plus romantique quand il tenait la plume que le ciseau à la main. Absolu dans ses théories, les difficultés de la pratique le rendent hésitant, et ses ouvrages, pleins de contradictions, portent la marque de celte incertitude : on le voit. tour à tour, dévêtir à l'antique Racine et le général Foi/, comme l'eût t'ait un sculpteur du commencement du siècle, puis, replis de scrupules, chausser de bottes à l'éeuyère Drouol et le chirurgien Larrey ou mêler aux péplums classiques, comme dans le fronton du Panthéon, les uniformes, les shakos, les robes et les mortiers. Ses œuvres les plus caractéristiques, celles où s'affirme le mieux sa volonté de faire de la sculpture vivante, sont ces médailles où, conformément à la doctrine romantique, il néglige délibérément l'exactitude formelle et s'applique à donner « la ressemblance de l'âme ». On peut y joindre ce buste colossal de Paganini où le grand virtuose apparaît fantastique comme une ligure d'Hoffmann.

Pendant ce temps, indépendants des écoles et des coteries, deux hommes préparaient dans le silence la rénovation de la sculpture française. Après avilir traversé l'un el l'autre les ateliers classiques, liane et Rude, chacun de

Caupeacx. — L\ FUILEJSE [appartient â Mm" Carpcaux).

son côlé, demandaient au travail acharnt

détail 1'

à l'étude directe de la nature, le secret de cet « art vivant » que les sculpteurs romantiques, pour s'être laissés emporter vers la littérature, avaient poursuivi vainement.

Barye, tout en travaillant comme un simple ouvrier chez un fabricant de bronzes , passait toutes ses heures de loisirs au jardin des Plantes; tantôt, devant les cages des fauves, fasciné parle jeu de leurs muscles puissants, par l'ondoyante souplesse de leurs attitudes, par la grâce de leur démarche rythmée, il s'enivrait du spectacle de la vie; tantôt, arrêté dans la galerie d'anatomie comparée du Muséum, il étudiait sur les squelettes, les conditions de l'être et acquérait ainsi cette science merveilleuse qui lui permit plus tard, en éliminant de ses figures d'animaux les détails inutiles, d'exprimer avec une justesse et une force jusqu'alors inconnues tout l'essentiel de leurs formes cl de leurs mouvements.

C'est par de semblables éludes que Rude se préparait à créer ses chefs-d'œuvre; il faut relire les souvenirs de ceux qui l'ont connu ou, mieux encore, examiner en idmirable perfection du Tombeau de Cavaignac, pour se convaincre

Chapu. — Danseuse (appartionl à M. Léon Bonnat).

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une lois de plus que son génie, d'apparence si spontanée et si fougueuse. ne fut que le résultat d'une science lentement amassée dans une observation rigoureuse, patiente et réfléchie.

Barye et Rude viennent de réveiller de sa longue somnolence la sculpture française. Voici qu'après eux. Carpeaux retrouve le secret, perdu depuis le XVIIIe siècle, d'exprimer la vie dans ce qu'elle a de plus exalté et de

H. Moine. — Comuat de gnomes

plus frémissant. Nous ne revoyons plus aux Champs-Elysées les grandes œuvres qu'on avait réunies en 1889 et qui peuplent maintenant une de&s salles du Louvre ; mais un simple buste comme celui de Garnier, mais la moindre de ses statuettes porte l'empreinte de son génie entraînant et fiévreux.

Auprès de ces figures palpitantes de passion, les ouvrages de Chapu, inspirés de l'antique et pourtant si modernes, ne perdent rien de leur charme délicat et discret; la Jeanne d'Arc à Domrémy, la Jeunesse, du monument de Regnault, restent parmi les chefs-d'œuvre dont peut s'enorgueillir la sculpture de ce siècle, comme le Mariage romain de M. Eugène Guillaume, comme les admirables bustes A' Ingres, de Baltard, de Buloz, merveilles d'exactitude, de profondeur el de mesure, signés de cette main qui tient avec une égale maîtrise le ciseau et la plume.

AUX A L'EXPOSITION l)K 1900

L'EXPOSITION DÉCENNALE

Dans cette Exposition, dont le classement n'est point le principal mérite, il n'y a guère île section moins ordonnée et plus confuse que celle réservée aux ouvrages de sculpture des dix dernières années. Déjà, en 1889, les sculpteurs n'avaient pas eu lieu de se féliciter du local que l'admi-

Dii>\s Pi

La Seine

nistralion leur avail attribué. Leurs œuvres, à l'étroit dans une galerie médiocre, débordaient jusque sous les promenoirs et c'est en évoluant parmi les laides îles cafés du Champ-de-Mars, entre les violons des orchestres tziganes et les [lûtes de l'an des lautars roumains, que le visiteur s'étonnait de rencontrer les nudités de marine des Diane et des Vénus alternant avec les redingotes de bronze des statues d'hommes d'Etat. Cette fois encore, la sculpture décennale a été sacrifiée. Pour créer au prolit des peintres des salles supplémentaires, le vaste hall du Grand Palais a été rétréci, et lorsque l'on pénètre sous l'immense voûte de verre d'où tombe un jour brutal, la première impression qu'on éprouve est celle d'un aveuglant et redoutable chaos. Ce désordre, qui ne facilite point la tâche du visiteur, n'est pas pour faire valoir aux yeux des étrangers notre école de sculpture qui méritait d'être mieux traitée. Comme Carpeaux et Cordier, comme Just Becq.uet, qui expose, avec un

A SCULPTURE

bus le si vivanl de Paysanne franc-comtoise, une image peut-être un peu bien solennelle de M. Himly, doyen de la faculté des lettres, M. Frémiet est un élève de Rude. Kl si l'on ne connaissail les liens d'étroite amitié qui unirent sa famille à l'illustre sculpteur, on devinerait, à la sincérité de l'observation, à l'amour du mouvemenl e! de la vie, à la science anatomique que révèlenl toutes ses œuvres, l'influence des conseils du maître bourguignon. A ces qualités, que l'on retrouve toujours, à des degrés divers, chez les disciples de Rude, M. Frémiet a joint, dés ses débuts, une curiosité d'esprit, une fantaisie d'imagination . un j^oùl du pittoresque qui lui font une place tout à fait à pari dans la sculpture contemporaine. Non content d'exécuter le « morceau » avec une adresse et une sûreté peu communes.

ieut W.

fi [apparlicul .1 M I Wolfl

de prouver sa science impeccahle dans ses jolies figurines d'animaux qui ne doivent rien à l'imitation de Barye, il s'est plu à évoquer, en de saisissantes images, tous les âges du monde, depuis l'époque primitive où la lutte pour la vie mettait chaque jour aux prises l'homme sauvage etlabête, jusqu'aux temps les plus voisins de nous, et il a pratiqué avec un égal bonheur toutes les formes de son ait. depuis la sculpture monumentale jusqu'aux fines statuettes de bronze ou de terre cuite. Qu'elles nous montrent L'homme <lr l'âge île pierre combattant avec l'ours, qu'elles retracent à nos yeux Etienne Marcel, Condé, Jeanne (F Are, Meissonier ou Lesseps. toutes ses œuvres attestent la même richesse d'imagination, le même

L'ART A L'EXPOSfTION DE 1900

sens do l'histoire. la même faculté de faire revivre, de « recréer » pour ainsi dire, smis son aspecl le plus caractéristique, une époque ou un individu.

Par Sun maître Carpeaux, M. Dalou se rattache encore à l'école de Rude. C'esl de ces deux ancêtres qu'il hérifa ce don du mouvement, celle exubérance el cette fougue qui distinguenl tous ses groupes et tous ses hauts-reliefs. Il tant joindre à cet atavisme l'influence de l'arl de Versailles qui révéla à M. Dalou sa vocation de décorateur. Aucun de ses ouvrages décoratifs ne figure cependanl à ci die exposition. .M. Dalou a eu la coquetterie de ne choisir, dans --un œuvre si varié, qu'un seul genre el de ne nous montrer qu'une face

I'. lin. ois. — DT.VTl'E roMU.VLE DE M"" II: un Il'ArM.VI.E appartenant .1 M-'' le -lue de Chartres .

• le son talent. Il n'a envoyé aux Champs-Elysées que des portraits. Il manque à cette collection le célèbre Vacqnerie ; mai- les Im-les de Floquet. de Liouville,de Jean Gig onx el île .1/ Cresson, celui surtout d'Albert Wol/f, modelé d'une main -i ferme, si âpre etsi fine à la fuis, suffiseni à placer leur auteur au rang de nos plus grands portraitistes.

Elève de Dumont el de Ramey, M. Thomas csl resté un classique, épris surlout de formes pures el de rythmes harmonieux. Sa noble el tranquille Architecture, dont l'original décore le musée Galliera, aurai I pu donner de salutaires leçons aux trop nombreux artistes chargés d'orner à la hâte les façades des nouveaux palais : elle leur eût enseigné que, entre unmonumenl et sa décoration, il y a des rapports nécessaires de proportions, de caractère, de style ; cela leur eùl épargné peut-être quelques lourdes erreurs. Le groupe d'Hippocrate >■/ Hygie procède d'une pareille esthétique el. par les mêmes moyens, donne la même impression d'équilibre, de mesure et de sérénité. San- sacrifier en rien la beauté de la ligne, l'artisle a mis plus de mouvement

LA SCULPTURE

et plus de réalisme dans sa vigoureuse figure d'Homme combattant un serpent ; c'est un des plus magnifiques bronzes de celle exposition.

M. Paul Dubois fut, parmi nus sculpteurs, l'un n'es premiers qui cherchèrent à Florence l'inspiration qu'on demandait autrefois à Rome et à Athènes. Son Tombeau de Lamoricière, dont il faut aller découvrir le moulage au milieu des salles d'aquarelles et de gravures, porte empreinte la double influence de Michel-Ange el îles quattrocentistes. Dans celle œuvre fameuse, et d'ailleurs remarquable, mais encore hésitante, ce qui domine c'est la rémi-

[oi.omé. — Vue d'ensemble i>r

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