LA GRAVURE EN PIERRES FINES
Leucade, gravés sur de belles sardonyx à trois couches (ig. 2 et 3 . Le dessin et la composition sont de la plus grande pureté, les ligures d'une grâce exquise, l'exécution achevée; les mêmes qualités se retrouvent dans Le Génie de la peinture s'inspirant delà Vérité. Ces œuvres, devant lesquelles les ama-
Fig. 4. — Li Destinée Camée sur sardonyx. par M. Georges Lbuaire.
leurs ne s'arrêtenl pas assez, doivent être comptées parmi les meilleures productions de la glyptique de ce siècle. Le souffle de l'inspiration anime vraiment l'artiste et l'affranchit; il a su tirer un habile parti des couches multicolores de gemmes bien choisies; il donne en un mot le signal précurseur d'une rénovation originale, comparable à celle donl l'art île la médaille était l'objet à la même époque; moins modeste, Henri François eût atteint à la célébrité de novateur et de chef d'école.
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A côté du regretté Henri François vient se ranger toute la pléiade actuelle, celle dont les œuvres sont réparties entre le musée du Luxembourg' et la Classe 9 de l'Exposition universelle. Celte école est peu nombreuse et point tapageuse; une douzaine de noms, tout au [dus. Les camées et les intailles qu'on a le plus admirés aux Salons annuels, dans ces dernières années, se retrouvent là. rapprochés et permettant de se rendre compte de la féconde influence de IL François, de l'heureuse évolution du génie de chaque artiste et de l'étal actuel de la glyptique française. En voyant ces œuvres, dignes, pour un bon nombre, des époques les plus brillantes de la gravure en pierres fines, on sent qu'il y a, dans le talent de ces artistes, des ressources ignorées du public el l'on se demande, en vérité, pourquoi le goût des amateurs est allé et va encore plutôt vers la médaille que vers le camée, ou mieux, pourquoi le camée n'a pas, en même temps que la médaille, reconquis la faveur et la vogue. Nous dirons tout à l'heure les principales raisons de cet abandon immérité et trop longtemps persistant. Pour l'instant, admirons sans réserves les belles Oeuvres de MM. Georges Lemaire, G. Tonnellier, Emile Gaulard, Galbrunner, B. Hildebrand et de leurs émules. M. G. Lemaire. le grand prix de l'Fxposition, a, au Luxembourg, plusieurs camées remarquables. Flore et Zéphire, sur une belle sardonyx à deux couches, est une des œuvres les plus gracieuses de l'école contemporaine; la composition simple et bien ordonnée, ainsi que l'exécution sont dignes de la matière. A côté de ce joyau, deux antres camées du même maître, La mort de Narcisse et La main chaude, exécutés avec un talent égal, sont malheureusement sur des gemmes dont les nuances peu heureuses, surtout pour La mort de Narcisse, nuisent à l'effet de la gravure. Parmi les œuvres de M. G. Lemaire au Grand Palais, nous avons remarqué les portraits vigoureux et expressifs du général Février et de M. Philippe Gille ; Messagers des Dieux (Mercure el l'Amour) sur une grande gemme de teinte bleuâtre, un peu pâle ; La Destinée (fig. 4) et Orphée perdant Eurydice, importantes compositions qui plaisent moins, — surtout la dernière, — à cause de l'infériorité de la matière ; L Aurore, camée de plus petites dimensions, avec une ligure de femme souriante et d'une superbe envolée, sur une belle sardonyx à deux couches ; L'Automne gracieusement agenouillée au milieu de ceps de vigne chargés de raisins (fig. 5). Toutes ces gravures sont exécutées avec une liberté et une délicatesse de touche vraiment exquises sur des sardonyx qui. sauf une
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ou deux regrettables exceptions, sont d'une richesse de nuances qui, utilisées avec habileté, soulignent le dessin tout en caressant agréablement le regard. M. G. Lemaire a voulu, en entourant plusieurs de ses plus beaux camées d'une imposante monture, en faire des joyaux de vitrine ou d'étagère et tenter ainsi les amateurs. C'est une innovation intéressante et je ne chicanerai point trop le goût qui a présidé à la forme de ces riches encadrements
Fig. 5. — L'Automne Camée sur sardonys à trois couches, par M. Georges [.emaire
Les deux importants camées sur sardonvx de M. G. Tonnellier au Luxembourg. Le passarjc du Stt/.r et Le pressoir. — ce dernier d'un dessin un peu lourd. — sont des œuvres fortes, aux amples proportions ; elles ont dû coûter au consciencieux artiste un rude labeur. L'irrégularité des contours a été respectée à dessein; bien enehàssées sur les parois d'un coffret à bijoux, ces gemmes seraient d'un excellent effet. Au Grand Palais, il faut surtout admirer : Idylle (jeune fille conseillée par l'Amour) sur une belle sardonyx à deux couches, et l'œuvre principale qui a valu à M. Tonnellier une médaille d'or et la croix de la Légion d'honneur, L'enlèvement de Déjanire, sur jaspe sanguin.
en ronde bosse (fig. 6 et
Il y a là non seulement de grandes difficultés
techniques habilement surmontées, mais un effort artistique vigoureux et puissant. Il faudrait un Benvenuto Cellini pour monter ce groupe en couron-
Fig. 6. — L'enlèvement de Dêjaniue
par M. <i. Tonnei i irn.
nement d'une grande aiguière ou de quelque autre monument important d'orfèvrerie artistique.
Le même sujet a été traité en camée par M. Emile Gaillard (fig. 8) ; l'artiste a bien tiré parti des différentes couches de la belle et grande gemme qu'il a su choisir; il y a même dans s. m œuvre de la profondeur comme dans une médaille de Roty, et l'archer qui vient de percer d'une flèche le centaure Nessus est bien placé dans le lointain. Mais M. Gaulard a aussi, au Luxembourg, une autre œuvre, Phébus, gravée sur un minerai d'opale que je ne saurais admirer, malgré l'opinion d'autres critiques; la gemme, sacs doute, a de
M. Rotï I. Modèle d'un peigne-diadème. — 2, 3. Médaille commémoralive de l'Exposition d'électricité i face et revel.s). 4, 5. jeton de la Chambre de commerce de Saint-Nazaire (face et revers). — 6. Le club alpin français lace. — 7. Portrait de Geneviève-Louise Taine.
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curieux et abondants reflets qui produisent sur notre œil des chatoiements d'arc-en-ciel, mais le travail de gravure se perd au milieu <le ce l'eu d'artifice multicolore qui est comme une décomposition de la lumière solaire à travers
Fig. .. — L'enlèvement de Déjanihe
|iar M. '!. Tmnnei lier.
le brouillard; cette gemme serait aussi bien placée dans un musée minéralogique.
Au Grand Palais, M. Gaulard qui a obtenu, comme M. Tonnellier. une médaille dur. a. entre autres, un délicieux camée intitulé l'Idéal fig. '.I ; c'est li' rêve d'un musicien. Le sujet est poétique et la composition en est pleine de sentiment et d'émotion: on sent l'inspiration dans l'attitude de ce jeune bomme agenouillé sur le plus haut sommet d'une montagne el qui étend 1rs bras en brandissant sa lyre, tandis qu'au-dessus de lui. couchée dans les nuages et bercée par eux, la (iloire endormie tient un rameau de laurier.
Le même artiste a encore exposé d'autres œuvres importantes, mais où son talent se trouve, parfois, contrarié par les nuances peu heureuses des gemmes. Ainsi, il a déployé beaucoup de science technique et d'art dans un grand Christ en jade vert sanguin, dont la nuance terne est loin de taire ressortir le mérite de la gravure. L'Hébé couchée aoec /'Autour ; V Aurore entre deux femmes, avec un lion à ses pieds; Le retour du vainqueur; Après la lutte, sont des camées qui attestent la fécondité de l'habile graveur, mais pèchent comme matière ou comme effet tiré des différentes couches des gemmes employées.
M. Galbrunnera, au Luxembourg, une allégorie de dimensions modestes. intitulée Les offrandes à Minerve (fig. 10 : le sujet, correctement traité, rappelle certains camées de la Renaissance italienne. Le même artiste a exposé, au Grand Palais, un excellent buste de jeune tille en ronde bosse, sur une calcédoine couleur mine de plomb, teinte sombre et mate qui, malheureusement. enlève à l'œuvre toute espèce de charme.
L'Andromède délivrée, de M. Bernard Hildebrand, avait été remarquée au Salon de 1893 : c'était, avec Lepassage du Stijx de M. G. Tonnellier, l'œuvre de glyptique la plus importante de cette année-là. Je la trouve néanmoins un peu lourde de style et la sardoine est de nuances médiocres. Le même artiste a encore exposé : Prométhée ; Eve; Vénus et l'Amour, camée exécuté sur une gemme rougeâtre de second ordre.
Des trois camées de M. Louis Dumas, élève de IL François, nous distinguerons particulièrement son Mercure enfant, dérobant à Apollon berger ses flèches dans son carquois. Les intailles de MM. Alphonse Lechevrel et Gustave Lambert sont accompagnées d'empreintes en argent qui permettent d'apprécier la finesse de touche de ces deux artistes. La Tète de Méduse, de M. Lechevrel, ferait un excellent pend-à-col si la gemme n'était par trop médiocre: la monture exécutée dans le style Renaissance est fort élégante. Les intailles de M. Alfred Vaudet ne peuvent être appréciées qu'à l'aide de la loupe, observation qui n'en diminue pas le mérite artistique.
Delà revue sommaire qui précède, il se dégage deux considérations d'ordre général que nous nous permettrons de soumettre aux maîtres habiles dont nou> venons de citer les principales œuvres. La première, c'est que pour replacer la glyptique à la place d'honneur qu'elle a perdue, il est nécessaire que les artistes mettent le soin le plus scrupuleux dans le choix des gemmes