LA GRAVURE EN PIERRES FINES
sur lesquelles ils veulent graver, et qu'ils s'appliquent à tirer le plus heureux effel îles différentes couches de ces gemmes. Les camées étant surtout destinés à jouer un rôle décoratif, doivent être agréables à l'œil dans leur substance môme. La plus belle des gravures appliquée sur une gemme de nuances peu
Fig. 8. — L'enlèvement de Déja.niue Camée sur sardouyx h trois couches, par M. Emile GiUURD.
harmonieuses perdra son effet décoratif el. parlant, tout attrait auprès des amateurs. On est vraiment peiné de constater, soit au Luxembourg, soit au Grand Palais, que des œuvres, dont le dessin est des plus corrects et l'exécution des mieux enlevées, soient condamnées à l'insuccès par leurs auteurs eux-mêmes, soit à cause de la laideur de la pierre, soit à cause du désagréable effet des tons et des nuances. Ne nous lassons point de le répéter : de tous les arts plastiques, la gravure des camées est celui qui est le plus esclave de la matière; c'est presque peine perdue pour un graveur de travailler sur une
pierre médiocre, et la grande difficulté de cet art consiste, pour l'artiste, à tirer d'heureux effets dos couches superposées que mettent progressivement à nu son trépan ou sa bouterolle.
Pourquoi nos meilleurs artistes modernes ont-ils des loris à se reprocher sous ce rapport'? Qu'ils considèrent les plus admirés des camées antiques ou de la Renaissance, ou l'œuvre entier de Jacques Guay : ils ne trouveront ni une gemme médiocre, ni le moindre effet fâcheux produit par une nuance malencontreusement placée par la nature dans quelque partie de la composition de l'artiste. J'ai parlé plus haut de l'aspect disgracieux de l'Apothéose de Napoléon, qui provient en grande partie des nuances ternes et nuageuses de la sardoine employée par Adolphe David. Des camées d'un travail remarquable, de II. François lui-même, par exemple son Amour filial, et un peu aussi son Génie de la Peinture s? inspirant de la Vérité, au musée du Luxembourg, n'échappent pas à cette critique, et j'ai fait remarquer tout à l'heure, en passant, que de belles œuvres de MM. G. Lemaire, Tonnellier. Gaulard et d'autres, encouraient la même observation : voyez, entre.au 1res, le Retour du vainqueur, de M. Gaulard. et vous constaterez combien nuisibles au travail de gravure sont les couches de la gemme qui, au contraire, devraient mettre en valeur la composition de l'artiste. N'est-ce pas une gageure contre la nature même que d'exécuter en ronde bosse, ainsi que l'a l'ait M. Galbrunner, un beau portrait de jeune fille dans une calcédoine enfumée? On remarque, au Grand Palais, dans une vitrine spéciale, une Minerve en cristal de roche, œuvre délicate de M. Chéreau. Le travail en est excellent et la pose de la déesse pleine de noblesse ; mais la matière empêchera toujours que l'effort et le talent de l'artiste soient appréciés par lepublic comme ils mériteraient de l'être. Le choix d'une belle pierre est autrement délicat et important pour le graveur que le choix d'un beau marbre pour le sculpteur : quant au parti à tirer des nuances de la gemme, c'est affaire de goût et de talent de la part de l'artiste; c'est la grosse difficulté inhérente à son art.ee dont il doit s'appliquer à triompher, sous peine d'échouer dans son œuvre. C'est en cela que reposent les deux tiers de son succès, et les grands maîtres anciens, qui le savaient bien, se sont montrés impeccables à ce point de vue.
La seconde réflexion que je voudrais présenter, c'est que les artistes ne doivent pas oublier que le camée n'est pas l'ait pour être admiré seul et en lui-même : il n'est qu'un élément décoratif qui prend place au milieu des
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