LA GRAVURE EN PIERRES KLM-: S
produits variés de la bijouterie, de l'orfèvrerie et, en général, dos arls industriels, dans ce que ces derniers oui de [dus riche et de (dus délicat. 11 n'est point comme une statue, un tableau, un vase, une médaille, que l'on contemple pour eux-mêmes el pour leur effet propre, ni même comme tous ces
Fig. 9. — L'Idéal
I ;iiii'i sur -unlonw à trois couches, pav M. Kmilc Gauiaho.
bibelots d'étagère ou de vitrine qui flattent aussi bien celui qui en fait étalage que celui qui les regarde. Le camée n'a jamais rempli qu'un rôle secondaire el subordonné : par sa nature même, sa destination est d'être employé dans la décoration d'un autre objet d'art, ou bien utilise'' dans la parure personnelle.
Cette double affectation est facile à démontrer par les camées de l'antiquité. Le grand camée du Cabinet des Médailles, consacré à la glorification de Germanicus, et qui est dépourvu de sa monture seulement depuis le commencement de ce siècle, décorail très vraisemblablement l'une des parois du coffret
on reliquaire dans lequel Agrippine lit renfermer les cendres du héros romain. Nombre de camées antiques nous sont parvenus entourés de leurs montures qui prouvent qu'ils servaient d'agrafes à tic riches manteaux, «le pendants de colliers, de chatons de bagues, de motifs décoratifs sur (1rs armures ou des ustensiles de grand luxe.
Le moyen âge n'a fait que perpétuer, à ce point de vue, la tradition antique en l'imitant du mieux qu'il put. Pour s'en rendre compte, il suffit de parcourir les galeries de l'exposition rétrospective, au IVlil Palais. Nous y verrons, notamment, des ramées antiques enchâssés sur les vêtements de la curieuse statue de sainte Foy, du trésor de Conques, sur les châsses, les reliquaires, les patènes, les ciboires et toute la vaisselle liturgique. A la Renaissance, il en fui de même: avec plus de goût el d'élégance qu'au moyen âge, le camée orne les chapes, les mitres, les tiares, les couronnes desévêques, des papes et des rois, les chaperons des personnes à la mode : on les entoure d'une sertissure élégante en or el en émail, pour en faire des pend à-col ou des agrafes ; on les incruste, comme jadis, sur les parois de coffrets à bijoux ou de divers produits de l'art industriel. Benvcnulo Cellini utilisa ainsi de nombreux camées dans ses ouvrages d'orfèvrerie et de fine bijouterie.
Tel est le rôle du camée dans les manifestations de l'élégance officielle ou mondaine el sa place modeste dans l'histoire de l'art. A partir du jour où on a voulu lui assigner une autre destination et le faire admirer pour lui-même, comme objet d'étagère ou d'écrin, au même titre qu'une médaille, un bronze. une faïence ou tout autre bibelot, il a cessé de plaire el d'être recherché : je doute qu'il soit jamais goûté du grand public à ce point de vue.
Dans la parure féminine, le camée a été remplacé par le diamant el les pierres précieuses taillées à facettes el plus éclatantes que les sardoines, mais d'où l'invention artistique est nécessairement bannie; on doit donc déplorer celle substitution trop exclusive. Les tabatières élégantes, les bonbonnières, les écrins à bijoux ont été décorés d'émaux et de miniatures à la place de gemmes gravées en relief; aujourd'hui même on préfère un travail de ciselure d'or cl d'argent. Si du temps de Marie-Antoinette, le goût des camées eût élé répandu autant qu'à l'époque d'Agrippine ou de Catherine de Médicis, la belle armoire à bijoux de celle reine, actuellement exposée au Petit Palais, eût eu ses pnrois incrustées de camées au lieu des médaillons en miniatures peintes qui la décorent.