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FOND JAUNE

(collection de M. Papillon).

plat, où un lézard vert si vrai semble glisser sur un fond d'émail brun d'une surprenante réussite.

Les ateliers de Rouen sont représentés comme il le fallait pour une des plus belles familles de céramique française. Aux débuts, qui remontent à la deuxième moitié du xvi° siècle avec le potier Abaquesne, on peut sans doute rattacher le vase de pharmacie du musée de Dieppe, décoré d'une ligure, et très franchement italien. — Mais il faut sauter presque un siècle pour retrouver Rouen en pleine production céramique, avec les belles et somptueuses pièces de la fin du xvue siècle, si bien faites pour orner un dressoir, le plat creux, à décors de lambrequins et de Chinois, signé Brument 1699 (musée de Rouen), les plais à fonds quadrillés jaunes, décorés d'arabesques bleues et de danses d'enfants (collections Papillon et Doistau), les deux assiettes de même série du musée de Rouen, ainsi que la sucrière de la collection

Calvel, le très rare plat à fond noir, décor chinois

de Heurs polychromes, et la bannette où éclatent si

franchement les rouges et les bruns de la collection

Papillon, le grand plat à décor chinois et la bannette de la collection Doistau, l'assiette à portées

de musique de la collection Papillon, type très rare,

et pour finir, cette assiette signée Vavasseur, où

Rouen cherche à imiter Marseille.

L'atelier de Nevers, de style si italien dans ses

commencements, nous montre des œuvres capitales,

comme la grande gourde de la collection Papillon, aux

tètes de bélier, avec l'inscription « Bien faire et laisser

dire », ou les deux petites bouteilles de la collection

Perrot. La série des fonds jaunes, décor blanc et

bleu, est représentée par le grand vase de la collection Papillon, le petit broc de M. Edmond Gué-

rin ; celle des fonds bleus foncés, décor blanc et

jaune, par les deux bouteilles de M. Papillon. —

Deux pièces sont particulièrement intéressantes ;

un plat blanc décoré en bleu pâle, signé de Conrad,

à Nevers, nous rappelle l'époque où cette famille

italienne émigra de Savone au commencement du xvn° siècle, apportant à Nevers

AlG-l'IÈHE EN FAÏENCE DE NEVEHS STÏLE ITALIEN, XVII0 SIÈCLE

(colleclion de M. Papillon).

l'influence italienne collection Papillon); un petit pol blanc, décor bleu, de la même collection, est décoré de personnages de la rue. qui nous indiquent les cris de Paris en l'année 1723.

Moustiers commença aussi sous l'influence italienne: le grand plat de la collection Calvet (anciennement dans la collection Davillier), nous présente un sujet de chasse d'après une gravure de Tempesta, signé : G. Virv. à Moustiers, chez- Clérissy. Mais plus tard le décor est hien français, c'est celui de Bérain les pendentifs, les singeries de la collection Papillon i, ou bien ce -~' m t des médaillons à décor mythologique et à guirlandes jaunes et vertes très harmonieuses (collection Du val). C'est l'époque où Olery, retour d'Alcora, avait tant de réputation. Une cruelle marquée Ferrai imite Marseille ; c'est la décadence.

Marseille suivit, au cours du xvm" siècle.

de très près le mouvement décoratif français, el rien dans sa production ne

sent l'influence étrangère. Les formes mêmes de ses céramiques, par le rendement et le conlournement, sont hien rocaille el Louis XV. Voyez la jardinière de la collection Papillon. Toutes les pièces signées V. P., veuve Perrin, décorées de bouquets de Heurs et de paysages animés, sont aimables, bien venues, d'un art gracieux, mais petit et maniéré. Il semble que depuis longtemps les yeux ne goûtaient plus la céramique pour ses qualités essentielles.

Avec la fabrique de Sceaux, c'est pire encore. Toute cette décoration semble inventée par un enfant s'amusant à la décalcomanie. Je passe très vite sur l'atelier de Niederwiller, dont les assiettes ii fond simulant le bois sont indéfendables. Les groupes gracieux rappellent la fabrique.de Saxe : ils ont une grâce maniérée qui fatigue. Les groupes en terre de Lorraine d'après Gyfflé, dont M. l'errol expose uni' suite considérable, sont charmants.

Vase rose oe Sèvres, \\iu° siècle (collection de M Grandjean).

>E blku de Sèvres, jcviii" siècle collection de M11* Grandjean).

L'arl de la porcelaine tendre, d'abord exercé dans la première moitié du xvnr siècle, à Saint-Cloud décor bleu à arabesques et ù lambrequins sur un fond blanc crémeux et gras, collection Edmond Guérin), à Chantilly et à Mennecy (collections Guérin, Alfred André et Fitz Henry), prit une exlension imprévue, quand de Vincennes le marquis de IMvy el les frères Dubois transportèrent cette industrie à Sèvres. C'était en n.'ili. Devenue nationale, la manufacture, durant un demi-siècle, ne connut pas de

Jardinière es faïence de Marseille, xwir siècle (collection île? M. Calvet).

rivale. Ce fut une folie d'engouement pour louf ce qui en sortait. La Rétrospective a pu en présenter quelques échantillons remarquables ; mais les plus belles pièces sont en Angleterre. M. le baron Henri de Rothschild a prêté tout un service à fond vert, décor de Heurs et fruits polychromes, M. Ch. Mannheim un autre service à fond bleu. Le vase exposé par M"'' Grandjean est célèbre dans le monde des collectionneurs, vase à fond rose Pompadour décoré de palmes vertes, de médaillons à sujets, et ajouré à sa partie supérieure. Deux autres vases montés en bronzes dorés sont aussi très importants.

Avec Sèvres et le xv[iic siècle se marque la fin d'un art qui, pendant près d'un siècle, ne présentera plus de tentative originale en France. Ce n'est que de nos jours, et il y a une vingtaine d'années, qu'il offrit un renouveau, où les influences venues d'Extrême-Orient eurent la plus grande pari.

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