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à loger dos objets d'art... Est-ce donc l'idéal de tout resserrer chez soi comme dans le compartiment d'un sleeping-car on la cabine d'un paquebot? Je trouve fort bon (jne l'on pense aux personnes à l'étroit ; mais encore ne devrait-on pas tirer de l'exiguïté de leurs logis des règles générales, applicables ou même obligatoires aux mieux partagées.
Un de mes amis, propriétaire d'une belle villa, eut l'idée, il y a deux ans, de confier son cabinet de travail à un architecte décorateur du « nouveau
l'un: w (par M. Gallù).
style ». La pièce était vaste, haute, régulière : l'artiste en a fait un lieu déconcertant. Les murs sont garnis de bibliothèques inégales, tantôt ouvertes, tantôt vitrées, tantôt fermées à plein, surélevées ici. basses ailleurs, rustiques en un point, tourmentées en un autre, avec des saillies et des renfoncements de tous côtés. Au centre, la table de travail s'établit enfer à cheval, échancrée au milieu, relevée des deux extrémités, projetant au dehors des pieds obliques et tordus comme des ceps de vigne. À l'un des angles s'érige une véritable tour vitrée, à étages irréguliers, destinée aux « documents précieux cl œuvres rares ». Les arêtes sont toutes creusées ou hérissées de consoles pour supporter des statuettes et îles vases de Heurs. Au sommet, s'arrondit une
pendule sphérique. En avant de la cheminée assortie aux bibliothèques el couronnée d'un phare, de hauts sièges de Imis aux dossiers raides constituent un hémicycle comme fortifié. Une épine formant cloison, à cinq pas de la porte, sert de paravent et de surface d'exposition pour des estampes. <>n se heurte à trois tables, une triangulaire, une carrée aux pieds obliques très ressortants, une à pans coupés chargée d'une épaisse potiche. I.à el là. des sièges énormes ou tout droits, ou recourbés el renversés... Peu de sculpture en tous ces bois apparents et seulement quelques motifs informes, uodosilésou frisures. Il y a. sans contredit, île jolis détails : mais on se croirait (diez un maniaque se plaisant aux v à rebours . Mon ami se montre, à cette heure, très désenchanté. L'accoutumance a usé les surprises de cet ameublement paradoxal, lourd et déchiqueté, incommode el obsédant. Toul v a sa place si sèchement affirmée que le caprice individuel de l'habitant n'y saurait à peu près rien changer. On se sent captif.
Je note les excès et les inconvénients de cette façon d'esthétique, imaginée en réaction contre les styles du passé, et qui deviendrai! facilement une impasse si l'on n'en dégageait des enseignements. Or, deux observations sont à déduire: la première concernant la structure du meuble, et la seconde sa décoration. Constatons, d'abord, que, dessinés ou non par des architectes, les ameublements « modernistes » sont, en général, de l'architecture la plus suspecte. La singularité intrinsèque de leurs lignes s'affranchit à plaisir, comme on vient de le voir, des vraies lignes structurales et normalesde l'appartement, quelquefois contrevenant de façon flagrante à leur économie et n'arrivant à s'y raccorder que par de- artifices, .le ne suppose pas que le « maître d'oeuvre » ne revendique avec tant d'énergie les droits et les devoirs de sa charge que pour se donner la joie d'exercer son art à contresens.
Nous toucherons, en second lieu, à l'ornementation. On a pu se rendre compte que le « style moderne » oscille entre le parti pris grêle el le goût de charpenlerie. Trouve-ton un charme liés vif à ces nodosités artificielles, à ces frisures, à ce- motifs rudimenlaircs et frustes indiqués plus haut .' .l'ai recueilli, à ce propos, de la bouche de jeunes architecte-, une théorie curieuse : o L'enseignement ornemental actuel, m'ont-ils dit, si1 hase tout entier sur la llore. Mais la fleur et le feuillage qui conviennent admirablement à la décoration des étoffes, des papiers, de- surfaces peinte-, et, jusqu'à un certain point à des ouvrages de ferronnerie, se prête bien moins
au décor du meuble. Ni une (leur ni une feuille ne suggèrenl l'idée d'une table ou il une chaise. Mieux vaul recourir pour le bois à un système de décor non végétal, que de s'attarder aux suggestions de la plante ». Un autre archi-
Chrdence par M. Majorette .
tccte a été plus radical encore: « On a fait un tel abus des feuilles el des Heurs, non seulement dans l'ornementation du bois, mais dans les étoffes el les papiers peints eux-mêmes, qu'il faut absolument réagir sur tous les points. A tout le moins contentons-nous d'étudier les tiges ».
Prenons-y garde : les notions s'égarent tout à l'ait. Connait-on, ici-bas, un élément décoratif plus divers et plus expressif que la Heur? Elle est instructive, elle est surtout inspiratrice de thèmes ornementaux, à tous les degrés
de sa croissance, en tous les états de son évolution. Nulle plante, il est vrai. ne peut fournir de type à ce qui s'appelle génériquement une construction statique : mais, qu'a-t-on besoin de demander au végétal la forme d'une chaise ou d'une table? 11 ne s agit que de lui emprunter des formes de détail el des épisodes de rehaussement, et c'est de quoi la nature n'est jamais à court.
L'ornemanisme le plus riche qui ail été — celui du moyen âge — n'est pas sorti d'une autre source. Nos pères du xue et du xin" siècle consultaient, étudiaient, analysaient et dessinaient, au même titre que les fleurs les plus recherchées, les plus simples herbes, les bourgeons, les feuillages, les graines, les baies. Du cresson, du plantain, de la feuille d'eau, que n'ont-ils pas tiré? Les Japonais ont procédé presque identiquement pour aboutir à des résultats d'une haute originalité d'ailleurs différente. Osera-t-on placer en face des fourmillantes et toujours organiques variations végétales des gothiques et des maîtres du Japon, les fameuses nodosités, les hasardeuses frisures, les « vermicelles ». les insignifiants et inertes motifs que nous savons? Combien ce répertoire ferait pitié. Il dépend, au surplus, de nos artistes, d'être aussi fertiles que leurs devanciers par le logique emploi de la flore. Loin d'être végétalisles à l'excès, nos ornemanistes les meilleurs se contiennent à un trop petit nombre de végétaux qu'on voit reparaître à satiété dans leurs compositions. La monotonie de leurs effets n'a pas d'autre cause.
Ainsi, d'une part, la question de l'ameublement nous conduit à demander aux (i maîtres d'oeuvre » île mieux définir leur tache de constructeurs, en matière de création de meubles et.de l'autre, elle nous révèle le pourquoi de bien des pauvretés et de bien des redites ornementales. En bon français, qu'il s'agisse du bois ou du fer. on ne fait pas de l'harmonie avec de l'incohérence ; on ne dégage pas une vie puissamment décorative de formules limitées ou purement abstraites : on n'invente pas un style à commandement, en un clin d'œil, en dehors de la logique structurale el des conditions de l'existence, non paradoxalement, mais largement entendues. Ce qui est né de l'observation consciente des convenances humaines et des données naturelles reste seul significatif el d'une beauté vivace à travers toutes les évolutions du goût et des techniques, au rebours des thèmes factices si tôt stérilisés, si promplement et si irrémédiablement ennuyeux.