L. DE FOURCAUD
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LE METAL
Motif central he uoite
d'allumettes ex or,
]iar M. Rem .
Les arts plastiques, même en leurs conceptions 1rs plus élevées, ne se meuvent pas exclusivement dans un monde idéal. Si la pensée qui préside à leurs créations parait, en principe, libre de toute servitude, dans la pratique ils sont tenus de compter avec les moyens mis à la portée de l'artiste pour réaliser son idée. Voilà pourquoi, aux yeux des juges compétents, la technique a toujours été comptée pour un élément important d'appréciation des œuvres d'art, non pas que ces juges aient la prétention d'asservir l'intelligence à la matière, mais ils savent à quelles erreurs l'artiste s'expose, quand il exige de celle-ci autre chose que ce qu'elle peut signifier.
La sculpture, qui constitue une des bases essentielles des arts du Métal, est toujours (c'est un de nos plus éminenls statuaire qui l'affirme ') « un art dépendant ». Plus qu'aucun autre, il lui faut compter avec les matériaux qu'elle met en œuvre; car chacun d'eux a des ressources et des limites qui influent sur le caractère de l'ouvrage achevé, et. comme conséquence, comporte une esthétique particulière. Sous peine de ne pas atteindre son but, qui doit être l'accord parfait de l'idée et de la matière, le sculpteur est donc tenu, dans sa composition, de compter avec les exigences caractéristiques de cette dernière, et si l'on peut dire ainsi, avec son <• tempérament ». Compris de la sorte, le rôle de l'artiste n'est pas amoindri, du reste. Son domaine pour être mieux défini n'en devient que plus vaste.
' Eugène Guillaume. Revue des Deux-Mondes, salon de 1881.
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Ces réflexions d'ordre général prenneni un redoublemenl de force, quand l'artiste renonce à la réalisation d'idées abstraites, de productions sans but, pour s'appliquer à la création raisonnée d'ouvrages courus avec une vue précise, pour une destination certaine, une utilité voulue. Or c'est là précisément le rôle généralement assigné au Métal — ou, pour parler plus exactement, aux métaux. Aussi afin que nos jugements puissent être mieux saisis, croyons-nous devoir, préalablement el d'une façon) sommaire, indiquer les
Diadème en joaillerie (maison Boucheron
qualités essentielles qui distinguent les principaux d'entre ces métaux. Si l'on a pu dire, en effet, que « le métal constitue un monde particulier, ayant ses exigences, ses lois, son expression », il faut ajouter que chacune de ses espèces comporte unedensité, une ductilité, des facultés de malléabilité et de fusibilité qui lui sont particulières, lesquelles jointes à une valeur intrinsèque des plus variables, forcent l'artiste qui les <• ouvre » à user de procédés spéciaux. qui, dans une large mesure, gouvernent l'ensemble du travail.
Ce sont là des conditions essentielles, qu'on ne méconnaît jamais impunément, et dont l'ignorance porte — trop souvent, hélas! -- les amateurs à exiger d'artistes jaloux de les satisfaire, la création de modèles dépourvus sinon d'originalité, du moins de convenance, parce qu'ils ont été imaginés sans préoccupation de la réalisation finale.
I. L'on. — De lous les métaux, c'est le plus précieux. Sa parfaite inaltéra-
LE MET \l.
liililé, su rutilante couleur, son fastueux éclat, la facilité avec laquelle il se fond el se soude, la linrs-c de sou ^rain qui répond à tontes 1rs exigences de la ciselure, son extraordinaire ductilité qui lui fait accepter toutes les délicatesses du repoussé, suffiraient à expliquer sa haute valeur, alors qu'elle ne serait pas justifiée par sa rareté même. Mais justement, à cause de son prix
Service a thé en argent (nui-., m Odioi).
excessif, c'esl le métal le moins employé. Il est, de nos jours, presque exclusivement réservé à la parure; destination limitée mais vénérable, puisque, sa faute à peine commise, l'Homme vit qu'il étail nu, comprit sa destinée finale, el la Femme, dit-on. songea à se parer en même temps qu'à se vêtir.
Avant que ses applications fussent réduites à la bijouterie et à la joaillerie, l'or avait, toutefois, accompli des destinées plus hautes. L'orfèvrerie à laquelle il donna jadis son nom — el qui ne l'utilise plus guère aujourd'hui
que pour habiller d'une couche superficielle d'autres métaux plus communs
— avait couvert d'une profusion de vases d'or les tables des princes et des mis. Il faut relire les inventaires du duc Louis d'Anjou, de Jean de Berry. du duc Philippe de Bourgogne et celui de Charles V, pour avoir une notion approximative de ce qu'était celte prodigalité. Charles Labarte, récapitulant 1rs chiffres de ce dernier inventaire, arrive à un total de près de 4- 000 marcs de vaisselle d'or, représentant huis millions et demi de notre monnaie. Au xv' siècle, Guilleberl de Metz estimait, dans sa Description de la ville de Paris, les orfèvreries d'or enrichissant nos églises valoir « un grand royaume ».
Comparé à ces splendeurs moyenagesques, le luxe de nos princes modernes
— même les plus fastueux — l'ait assez triste figure. Le « buffet » de celui qu'on appela le Grand Roi pesait à peine 600 marcs, et l'on sait quelles catastrophes entraînèrent sa refonte. Louis XV (nous l'avons raconté autre part) essaya vainement de se constituer un service de table en or ; et après lui, le précieux métal ne servit plus qu'à la confection de menus objets : boîtes, étuis, tabatières, bijoux et joyaux, qui n'eurent pas, d'ailleurs, un sort beaucoup plus durable que les grandes pièces.
Le prix élevé de l'or, sa valeur intrinsèque ont toujours été funestes aux ouvrages où il fut employé. A ces causes de « réalisation » il faut, pour les bijoux, ajouter les caprices de la mode. C'est ce qui explique comment rien n'est plus rare que les bijoux anciens, et non pas seulement ceux qui furent célèbres dans les temps lointains, comme les incomparables joyaux offerts par François Ier à la belle Françoise de Châteaubriant, et dont sa sœur Marguerite de Valois avait donné le dessin et composé les devises, ou comme les petits chefs-d'œuvre d'Etienne de Laune, de Pierre Woeiriot, de Jacques Hurlu et de Gilles Légaré ; mais ceux des maîtres de la première moitié de ce siècle, des Fossin, des Duron, des Froment-Meurice, des Fonlenay, des l'.ouvenal. Ainsi que l'écrivait si justement le comte de Laborde : « Un rien, moins que lèvent qui l'ail tourner une girouette, un caprice de femme change la mode, et le gouvernement le plus fort n'y pourrait rien en mettant en avant sa police et son armée, o lui matière de parure, être démodé constitue un crime irrémissible. L'art du joaillier-bijoutier est donc un art éphémère, et il faul ledéplorer, car l'or, que seul, ou à peu près, il met en œuvre, est à tous les égards le roi des métaux, et justifie, de toutes manières, les façons les plus compliquées el les plus coûteuses.
LE METAL
II. L'argent participe des qualités de l'or, mais à un degré moindre. Comme lui, il est insipide et inodore. S'il s'oxyde, son emploi ne présente jamais de dangers. Sa couleur, sans èlre aussi magnifique, est agréable et riche. Sensiblement moins lourd que son illustre rival, il offre plus de résistance et de dureté, surtout quand il est allié à une fraction de cuivre, et, sans être d'une ductilité aussi grande, sa souplesse et son élasticité lui permettent de remplir tous les rôles qu'on exige de lui, et d'accepter toutes les façons qu'il plaît à l'orfèvre de lui donner. La prise dans la masse ou dans la pièce, la fonte à cire perdue et la fonte en sable lui conviennent d'autant mieux, qu'il se taille, se coupe, se tourne, se répare avec une extrême facilité, et que la ciselure, en corrigeant les défauts de la fusion, peut le gratifier d'une foule de travaux ingénieux, qui, suivant l'expression de notre regretté Falize, constituent « ce fini délicat qui charme l'œil et donne la couleur et l'esprit à la matière ».
Mais où triomphe l'orfèvre, c'est dans le travail au marteau. Armé de ce modeste outil, il ne connaît pour ainsi dire pas d'obstacle, et peut réaliser toutes les fantaisies que son génie lui suggère. D'une lame d'argent frappée à coups répétés et fermes, il formera un vase à la panse rebondie, au goulot étroit, et une fois ce goulot achevé et ourlé d'un rebord, il couvrira, à l'aide de la recingle, le corps de ce vase de reliefs élégants, dont le ciselet accentuera le modelé et soulignera les finesses.
FONTAINE a TUÉ EN ARGENT (maison Boin-Taburet).
:iss L'ART A L'EXPOSITION DE 1900
Ce travail du marteau, auquel (trop souvent et par économie) on substitue des procédés mécaniques — tels le tour, l'emboutissage, l'élampage au mouton et au balancier, etc. — convient admirablement à l'argent, non seulement parce qu'il en resserre la fibre, parce qu'il nourrit le métal, si l'on peut dire ainsi, en augmentant sa densité et sa résistance, mais parce qu'il permet d'obtenir de grands ouvrages avec une très faible épaisseur. Or l'argent ouvré, quoiqu'il suit, suivant les temps, de quinze à trente lois moins précieux que l'or, possède encore une valeur intrinsèque suffisante pour tenter la cupidité el provoquer les refontes. Une des préoccupations majeures de l'orfèvre doit donc être d'assurer la conservation de ses ouvrages, en rendant leur « réalisation » aussi peu fructueuse que possible.
Pour des raisons de même ordre, l'argent doit être réservé pour les pièces de taille moyenne, appelées à être considérées de près, de manière que l'œil puisse apprécier le précieux des façons. Ces pièces doivent être, en outre, d'un entretien facile, car au lieu d'une patine agréable, l'oxydation de l'argent le couvre de lai lies noires, inégales et lépreuses, — défaut auquel on remédie par des travaux de ciselure, de martelage, ou par une dorure légère qui irise et réchauffe l'épidémie du métal ; — or ces travaux délicats ne sont applicables qu'à des ouvrages de peu d'étendue. Aussi est-ce dans la vaisselle de table que l'argent triomphe, dans les garnitures de cheminée, dans les montures, dans les vases, ainsi que dans la Statuaire réduite, où, associé à l'ivoire, à l'or, aux marbres, il produit des effets charmants et savoureux.
Ouant à la Statuaire proprement dite, (die n'a que faire d'employer l'argent, el les vastes ouvrages, comme la figure de la Paix de Cbaudet, le Louis XIII de Rude, les saintes images plus grandes que nature, dont le trésor du dôme de Milan tire vanité, doivent demeurer à l'état exceptionnel. Leur imitation est toujours périlleuse.
III. Le Brokze. — C'est au bronze qu'appartient, de droit, la reproduction de ces vastes modèles. Sa malléabilité, la finesse et la beauté de son grain, la facilité qu'il a de revêtir, grâce à la patine, des colorations superbes, ebaudes el profondes, jointes à son bon marebé relatif en font le traducteur attitré de la grande Statuaire. Personne n'ignore que ces œuvres magistrales sont obtenues par les procédés de la fonte, et que celle-ci, suivant les cas. s'opère
ii à cire perdue » ou « en sable et à pièces rapportées ».
j ECUEI1 VAINCU PAR M LOUIS BOTTEE Gustave-RoSer Sandoz
LE MKTAL
l'art du serrurier proprement dit est digne de notre admiration et aussi de notre reconnaissance, surtout si l'on compare l'étendue de ses services à l'exiguïté de ses moyens. Songez que, grâce à lui^un pêne de cinq millimètres d'épaisseur suffit à sauvegarder nos biens et nos personnes, et que ce pêne lui-même ne nous protège que grâce aux quatre vis qui fixent la gâche ; en sorte que notre sécurité dépend de vingt grammes de fer! Mais cette Étude n'est pas consacrée à l'Utile , et combien d'autres travaux de la Forge rentrent mieux dans notre cadre !
Grillages, rampes d'escalier, balcons, balustrades , et dans une note plus intime, chenets, « feux », encadrements, lanternes, lampadaires, supports de toutes sortes, sans compter ces portes admirables et ces grilles, qui. suivant la remarque de Mercier. « ont l'avantage d'orner le point de vue sans le détruire », et qui même, comme à Nancy, deviennent la parure principale d'une ville ; combien ces ouvrages superbes justifient l'apologie de la Forge tracée par Matliurin Jousse et par Jean Lamour !
Et ces travaux sont d'autant plus dignes de nous retenir, qu'ils empruntent au traitement du fer quelque chose d'héroïque. Ce rude métal exige, en etfet, avec la force qui dompte la substance rebelle, la sûreté de l'œil et de la main, la sérénité de l'esprit, qui bannissent toute hésitation. Aussi ces barres énormes recourbées gracieusement par un violent effort, ces feuillages assouplis à grands coups de marteau, conservent-ils du choc brutal qui a façonné leurs contours, quelque chose de grand, de noble, d'imposant, que l'on ne trouve pas aux autres métaux, et l'on ne peut se défendre d'une sorte d'émotion à la contemplation de ces élégants ouvrages, où chaque délicatesse est le résultat calculé d'un acte de violence.
Torchère.
Groupe de Carrier-Belleuse
(maison Thiubaut) .
V. — On voil que le champ dont l'élude nousesl confiéene laisse pas d'Être vaste ; dautanl plus qu'il peut s'élargir encore. Car nous aurons certainement à dire quelques mois de ce qu'on appelle plus spécialement « les petits métaux ». l'étain el le plomb par exemple: du premier surtout, qui, entre
les mains de Briot et de ses imitateurs allemands, a donné le jour à de vraies merveilles, et enfanté, sous le marteau de nos vieux potiers d'élain, toute une vaisselle pittoresque et curieuse. Celle dernière élude même offrira un intérêt d'actualité, car l'étain, depuis quelques années, a été l'objet d'une sorte de « renaissance », avortée en partie parce qu'on n'a pas voulu — ou qu'on n'a pas su — tenir compte des conditions toutes spéciales de travail que commande ce métal rebelle à la lime et au ciselet.
Mais pour parler avec compétence de Imites ces u'uvres intéressantes, encore faut-il que les pièces du procès soient mises sous les yeux des juges : c'est-à-dire que les multiples vitrines soient installées, car c'est surtout en de pareilles rencontres, qu'il convient de s'inspirer de la généreuse recommandation de l'illustre Poussin : « Les choses esquelles il y a de la perfection, écrivait-il. ne se doivent pas voir à la hâte, mais avec le temps, jugement et intelligence; il faut user des mêmes moyens à les bien juger, comme à les bien faire. »
PeND-A-COL maison Fronient-Mcurice
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