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L'OR

Chaque année qui s'écoule voil s'accroître la quantité d'or jetée dans la circulation. Le gouvernement du Transvaal a pris soin, cette fois, de rendre ce continuel accroissement visible, tangible en quelque sorte. Un obélisque haut de quinze mètres figure, dans sa section, la production des mines transvaaliennes, de l'année 1 S8 i à 18(.Mt. En un laps de temps inférieur à seize ans, on n'a pas, sur ce seul point du globe, extrait moins de 021 786 kilogrammes du précieux métal, c'est-à-dire pour plus de deux milliards. L'exposition australienne quoique moins considérable, montre aussi un bloc fort imposant; et cependant l'or demeure — nous l'avons dit — d'un prix si élevé qu'on a dû renoncer à l'employer mobilièrement. On n'a plus recours à lui, désormais, que pour la confection de quelques vases magnifiques, de quelques objets d'art d'une splendeur inusitée, et on le réserve presque exclusivement pour les bijoux et les pièces de parure.

Encore ces objets d'art, ces vases en or se font-ils de plus en plus rares en nos expositions; et, dans ce genre, le roi des métaux n'est plus guère en usage que pour les pièces qu'on pourrait appeler historiques. Aussi, quand nous aurons signalé cette année, la magnifique Gold loving cap de la maison Gorham et Cie de New- York, ainsi que le célèbre vase de la maison Tiffany [the Adarns gold vase) composé, dessiné et modelé par M. Paulding Farnham, et qui, dans son épanouissement superbe, quoiqu'un peu compliqué, symbolise à l'aide de figures élégantes, d'emblèmes touffus el d'une flore savoureuse, la croissance et le développement du coton — hommage touchant à la plante modeste, qui fut le point de départ de l'éclatante fortune des Etats- Unis; quand nous aurons constaté que dans cette dernière pièce, o'iivre capitale de l'orfèvrerie américaine, on n'a pas associé moins de 8 kilogrammes d'or, à d'innombrables pièces de cristal de roche, à des perles, des spessartines, des tourmalines, des améthystes en nombre ; lorsque nous aurons cité, en France, le petit monument d'ostentation artistique et industrielle élevé par M. Chaumet au triomphe de l'Eglise, où une agate jaspée, enveloppée d'un réseau de brillants, supportée par des nuages de jade posant sur une terrasse

de labrador, cl s'amortissant en un saphir cabochon d'une remarquable grosseur, s'associe dans une composition pondérée et un peu poncive, à de saintes figures en ronde bosse ou en liant relief d'or maté, mettant ainsi à contribution toutes les ressources de l'art de l'orfèvre, du ciseleur, du joaillier, du lapidaire, au point d'avoir existé cinq années de travail et cent mille francs de façon ; quand nous aurons mentionné, en outre, le superbe gobelet de l'Union Centrale, enveloppé d'une belle frise en émail translucide, si admiré jadis au Salon des Champs-Elysées, et un autre gobelet également émaillé, repercé, ciselé, dont la maison Falize nous annonce le prochain achèvement, et que nous ne pouvons juger que par défaut: quand enfin nous aurons dit un mot du brûle-parfum de M. Lalique, où se retrouvent l'esprit de recherche et l'originalité de cet artiste, et. au milieu de parures d'un goût rare et nouveau, signalé VEcueil vaincu, groupe d'une belle envolée composé par M. Bottée et exécuté par M. Gustave Sandoz, — composition hardie, qui nous montre la Gloire soulevée par une vague écumante, au pied de laquelle se débat un géant terrassé — nous aurons parlé à peu près de tout ce qui, dans ce genre, mérite une mention. Encore pour ces derniers ouvrages nous faut-il, en constatant l'association à l'or, de l'argent, de l'ivoire et du bronze, avouer qu'ils sortent un peu de notre sujet.

Si de ces « chefs-d'œuvre » (au vieux sens du mot), pièces coûteuses et magnifiques, nous passons aux objets de parure, une constatation de même ordre nous attend. (Iliaque année, l'or semble, en cet autre emploi, perdre un peu plus de son ancien prestige. Dans la plupart des joyaux qu'on étale à nos yeux, il ne sert plus guère, en effet, qu'à relier, soutenir et mettre en valeur des perles et des pierres précieuses. Cette subordination, au surplus, ne date pas d'hier. En des spécialistes les plus écoutés écrivait, il va quelque quinze ans: « La bijouterie, qui est l'art de travailler l'or et les émaux, semble de nos jours tomber en défaveur. La joaillerie qui est l'art de monter les diamants, n'a jamais joui d'une pareille vogue. » Mais depuis qu'Eugène Fontenay a déploré ce délaissement de la bijouterie, la crise traversée par celle-ci n'a fait que s'accentuer davantage; et au point de vue de l'art, rien n'est plus à regretter ; car, dans les ouvrages de joaillerie, ce sont forcément les pierres précieuses qui, plus ou moins directement, gouvernent !'• travail de l'artiste. Leur présentation sous l'aspect le plus propre à faire valoir la pureté de leur .. eau ». la splendeur de leurs « feux », doit être sa

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préoccupation dominante. Loin de nous la pensée que cette préoccupation ne comporte aucun effort d'intelligence, et que l'art lui demeure étranger. Tous ceux qui, comme nous, ont, depuis un demi-siècle, étudié les productions de la joaillerie française, n'ont garde d'oublier les œuvres exquises réalisées

Parure de corsage, perles et rrillants (maison Boucheron) .

par les Rouvenat, les Teterger, les Fouquet, les Lourdel, les Fontenay et surtout par Massin ■ — exécutant prestigieux qui ne se. borna pas, comme ses devanciers, à essayer de copier les fleurs naturelles, en leur prêtant le ruisselant éclat des diamants, mais qui sut, véritable créateur, réaliser une flore inédite, en introduisant dans la contexture des pétales d'élégantes ara-

besques inconnues de la nature, et qui communiquaient à ses bouquets une légèreté, une fluidité, un charme sans pareils.

De même aujourd'hui, il y aurait injustice à marchander notre admiration aux colliers magnifiques, aux éblouissantes pièces de corsage, aux riches bracelets qu'expose M. Boucheron; aux superbes diadèmes do M. Vever dont

Demi-colmer ëhaillé au naturel, fuchsias (maison Froment-Mcuricc] .

les formes nouvelles et tourmentées s'amortissent en des aspérités audacieuses ; aux parures de grand style de MM. Marret frères; aux ornements gracieux, niais d'ordre plus modeste, dans lesquels M. Aucoc et M. Desprez prodiguent les ressources d'un « métier » irréprochable. Ces diverses expositions, en effet, soutiennent très dignement la haute réputation d'élégance et de grand goût, qui est demeurée l'apanage de la joaillerie parisienne. Elles font une heureuse diversion à cette débauche de pierres d'excessive grosseur, de brillant- énormes, de gigantesques saphirs, dont l'éblouissant éclat et le faste

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insolcnl hypnotisent les badauds devant les vitrines de M. Coulon et de M. Chaumet. et ne sont pas étrangers au succès un peu vulgaire de quelques autres de leurs confrères.

11 n'en est pas moins vrai cependant, que ces qualités précieuses d'élégance, d'ingéniosité, qui permettent de produire des œuvres si remarquables

DEVANT DE CORSAGE EN JOAILLERIE (maison (iusIave-Roger Sandoz).

s'exercent — artistiquement parlant — à contresens, puisque l'esprit, au lieu de forcer la matière à lui obéir, est obligé de subir sa loi.

Voilà pourquoi Fontenay, et une foule de bons esprits à sa suite, ont déploré si souvent la subordination de la bijouterie à la joaillerie. D'autant plus que cette relégation au second plan est, à bien prendre, inique et déplorable ; car les rôles de la bijouterie et celui de la joaillerie sont loin d'être identiques. Cette dernière, pour se manifester dans toute sa splendeur, a besoin du scintillement des lumières; la bijouterie, au contraire, pour faire apprécier la

perfection de ses formes, l'ingéniosité de ses compositions, le coloris de ses émaux, les nuances variées de ses ors, réclame le grand jour. Pourquoi faut-il qu'il soit devenu de bon ton de ne plus porter de bijoux dans la journée?

C'est ce délaissement injuste qui explique comment la tradition glorieuse inaugurée par Froment-Meurice le père, se trouve rompue, et comment nous

ne rencontrons plus à l'Exposition de 1900, cette profusion de bijoux pseudoclassiques, aux formes étudiées, quoiqu'un peu prévues, au dessin pur et médité, qui en 1878 portèrent si haut le renom des frères Fannière et la réputation de la bijouterie française. Car c'est un spectacle presque unique, que la réunion de pend-à-col d'une exécution supérieure, d'une ingéniosité délicate, d'une variété singulière et conçus dans le goût fin et précieux du xvie siècle — où l'on sent comme une réminiscence des grands petitsmaîtres des Etienne de Laune et des Woeiriot, — que MM. Falize, héritiers d'un nom doublement illustre, ont su réunir. Encore nous faut-il constater que. parmi ces joyaux aux combinaisons harmonieuses d'initiales, de devises, d'emblèmes, de monstres gracieux, enveloppés dans les savoureuses colorations d'émaux d'une surprenante finesse, s'il en est quelques-uns qui datent de ces derniers temps, — comme le pendant de cou à la grappe merveilleuse que nous donnons à la fin de ce chapitre — beaucoup d'autres et non des moins réussis, ceux qui furent exécutés pour la comtesse de Béarn, pour Mme Aynard, pour Mrae Delaroche-Vernet, pour la comtesse de Ganay, pour Mm0 Louis Gonse. pour la marquise Arconati- Visconli. pour la comtesse de Germiny. pour Mme Bartet, pour la comtesse Costa de Beauregard, pour Mn,e de Moltke-Huitfeld, pour Mm' Mithouard, remontent à des époques déjà lointaines. Mais ce que nous tenons à remarquer c'est que ces joyaux, bien qu'empruntant aux perles et aux pierres fines un redoublement d'éclat, ne se laissent point dominer par elles. L'emploi des

Peigne en écaille, surmonte d'une plaque d'opale avec feuillages en or et brillants (maisou Yever).

Tue Àdams Gold Vase (maison Tiflany).

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gemmes n'y est jamais poussé jusqu'à l'indiscrétion, et c'est uniquement par exception qu'on voit l'artiste se laisser gouverner par des circonstances extérieures, comme dans le curieux pend-à-col, qui clôt le chapitre précédent. — Une perle baroque présentant en ses saillies l'apparence d'un torse humain, a servi à M. Froment-Meurice de point de départ pour créer un pendant de cou d'une exécution irréprochable et d'une originalité unique.

Ce tribut de regrets payé à un genre de bijoux qui répondait à nos qualités d'invention et de goût, au point de pouvoir être qualifié de national , nous aurions mauvaise grâce à ne pas reconnaître que, depuis un petit nombre d'années, de très curieux efforts ont été tentés par des artistes d'un indiscutable mérite, pour rendre à la bijouterie française un regain de prestige, en la faisant entrer résolument dans des voies inédites. Qui se souvient aujourd'hui qu'en 1867, les deux rapporteurs de la classe 36 (Joaillerie et Bijouterie) se congratulaient de ce que tous les styles connus étaient simultanément devenus à la mode? « Les uns, écrivaient-ils, osent aimer le style grec, toscan, romain, l'antique en un mot; d'autres le byzantin, le roman, le gothique ; un grand nombre admire la Renaissance ; le x\uf siècle a ses fanatiques. Partout on étudie, les idées s'étendent, s'élargissent, l'éducation se fait et le niveau ne peut manquer de s'élever... » En somme, Fossin et Beaugrand, l'un et l'autre artistes de valeur reconnue, estimaient avec Benjamin-Constant que « sentir les beautés partout où elles se trouvent, n'est pas une délicatesse de moins, mais une faculté de plus ».

Que nous sommes loin aujourd'hui de cet éclectisme indulgent, de cet optimisme rétrospectif! Un artiste qui, à l'instar de Castellani, consacrerait sa vie entière, un goût rare et une érudition passionnée à la restitution de

Peigne en or et en émail translucide

cloisonné

(maison Vever).

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la bijouterie archaïque, ferait, à nos hardis novateurs. l'effet d'un romancier moderne qui prétendrait s'exprimer en latin. N'allez pas dire, surtout, à ces libres esprits que les Grecs, nos maîtres éternels, s'efforcèrent bien moins de briller par leurs facultés inventives, que par un don incomparable de perfectibilité et d'idéalisation. Gardez-vous d'ajouter que la beauté, la pureté, l'excellence des formes, préoccupaient les Anciens au point de les retenir, quand elles paraissaient acquises, et d'engendrer la fixité des types. N'exprimez plus de pareilles pensées; vous soulèveriez d'irréductibles colères. Il nous faut de l'inédit, de ïinvu. de l'imprévu, « n'en fut-il plus au monde ». Et comme, pour nos cerveaux bornés et enroutinés. la création d'une forme nouvelle est une opération pénible, presque douloureuse, nos novateurs ont eu recours, une fois de plus, au fond inépuisable de la grande « Inspiratrice ». Un sage l'a dit : « Tous les terrains sont propres aux alignements géométriques, la Nature seule produit des sites et des effets pittoresques ».

Le mieux inspiré et le plus justement fameux de ces protagonistes d'un néo-style est, sans contredit, M. Lalique. Homme de grand goût et d'imagination subtile, il ne s'est pas, comme certains de ses devanciers, égaré dans les méandres d'une étroite analyse. Il n'a eu garde de s'attarder aux scrupules d'une copie textuelle, aboutissant à confiner la bijouterie dans le domaine de l'histoire naturelle. Il sait trop que l'art, sous toutes ses formes, a ses exigences et ses limites; qu'un bijou doit rester un bijou; et que, jusque dans ses emprunts les moins déguisés, l'artiste doit se garder d'une imitation trop précise, s'abstraire de l'exacte réalité.

El ce n'est que justice de constater que, dans l'application de ce difficile programme, il a admirablement réussi. Tous ses bijoux, presque sans exception : colliers, bracelets, boucles de ceinture, broches, agrafes, d'un goût rare, étrange et troublant, ont obtenu, auprès des artistes et du grand public, un succès retentissant, et valu à leur auteur une réputation européenne.

Cela se comprend au reste. Jamais fantaisie plus surprenante ne s'est manifestée par des audaces plus inattendues ; jusqu'à oser enfermer en une plaque de bracelet des levers de soleil ou des touchers de lune : jusqu'à faire mûrir des noisettes en diamant sur des feuillages de saphir; jusqu'à laisser deviner, en des rinceaux de chèvrefeuille, des profils de femme aux longs cheveux dénoués, aux lèvres avides de baisers, s'estompant comme dans un

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rêve. Jamais pareille quintessence de recherches inquiètes n'a produit des effets plus captivants, dans leur fragilité un peu maladive.

Est-ce à dire que nous tenions cette fois la formule rénovatrice de la bijouterie moderne? Faut-il déclarer que tous les autres genres doivent être rejetés en bloc ? Personne n'oserait le prétendre. C'est surtout en matière de parures, que l'engouement, nous l'avons dit, est chose précaire; et ce doit être une sorte de désespoir pour le joaillier épris de son art, que de se persuader qu'il épuise son génie sans certitude de faire œuvre durable. Il sait trop, en effet, que le prix exorbitant des matières employées condamne sa création à une destinée éphémère, et qu'au premier caprice de la mode, son travail sera impitoyablement anéanti, pour que brillants, saphirs, perles, émeraudes et rubis, recouvrant leur liberté, puissent, sous d'autres doigts, recevoir des dispositions nouvelles.

Toutefois, en admettant même que l'implacable fatalité qui pèse sur son art n'épargne pas. dans l'avenir, les curieux ouvrages de M. Lalique, nous n'en devons pas moins, à l'heure actuelle, lui être très reconnaissants des efforts qu'il a tentés. Non pas que nous estimions avec ses admirateurs (nous pourrions dire ses fanatiques) que tout est parfait dans cette bijouterie nouvelle. La fortune aime les audacieux, mais à toutes les époques, l'audace chez les artistes, s'est traduite en œuvres inégales. Le bon Homère, au dire d'Horace, sommeilla quelquefois.

Des juges sévères, trop fidèles peut-être aux vieilles traditions, se surprennent à reprocher à M. Lalique. de se laisser parfois dominer à l'excès par cette passion contemporaine d' « être soi », et de prétendre affirmer son originalité aux dépens de la saine logique. Ils ajoutent que son art est triste, et que ses colorations atténuées, indécises, répondent trop aux préoccupations mélancoliques et décevantes de noire temps, pour que l'engouement excité par ses productions reste très durable. Ces critiques pourtant s'effacent devant le grand service que M. Lalique a rendu à ses confrères et a l'art français. Nous voulons parler de l'éclaircissement que ses œuvres les plus réussies ont produit dans les esprits. Leur originalité parfois un peu trop voulue a certainement ouvert au bel art de la bijouterie une voie inexplorée, en dévoilant aux émules de l'ingénieux novateur ce qu'on peut obtenir d'effets jusque-là insoupçonnés et de combinaisons ignorées ou proscrites. Nous avons la preuve de cette heureuse contagion dans l'exposition d'un

orfèvre jusque-là demeuré pieusement fidèle aux traditions que lui avait léguées le fondateur de sa maison. M. Froment-Meurice nous montre un délicieux demi-collier émaillé par M. Tourette, qui est d'un effet modeste et charmant. Mieux que lui M. Vevcr, en une suite de peignes aux combinaisons étranges, association capricieuse de réalité et de fantaisie, où l'or se déguise sous les nuances les plus inattendues et s'irise sous les émaux, nous dénonce la sincérité de sa conversion récente. Alors que M. Fouquet, en mettant à contribution les matières les plus variées : or de toutes nuances, pierres, gemmes, brillants, ivoire sculpté, émaux opaques ou translucides, miniatures même, témoigne de recherches très originales, souvent couronnées de succès — nous n'en voulons pour preuve que la superbe parure reproduite hors texte ' — et que M. Henri Teterger lui aussi fait montre d'esprit nouveau dans une série de bijoux, dont sa Ronde de danseuses, en forme de bracelet, est peut-être le plus curieux spécimen. Citons encore l'exposition de M. Ecaille qui révèle des préoccupations analogues.

Et ce n'est point en France seulement que ces- influences se font sentir. Divers bijoutiers allemands, MM. Werner et Hugo Schaper de Berlin, MM. Vilhem Stôffler et Zerrenner de Pforzheim exposent, eux aussi, toute une réunion de boucles de ceinture, de fibules, d'agrafes, de boutons et de broches, où la recherche d'un modernisme, qui se donne libre carrière en des combinaisons inédites, conserve une saveur agréablement originale. Mais ici le rêve éthéré se transforme en réalité un peu pesante. La forme, plus lourdement écrite, abdique, avec sa fluidité disparue, une partie de son charme. La divergence des tempéraments se manifeste dans la différence des œuvres.

Cet effort très louable constitue toutefois un exemple à peu près unique; et ce n'est généralement pas par l'originalité de leurs recherches, que se distinguent nos concurrents étrangers. La Goldsmiths and Silversmiths Company de Londres a certainement son rang marqué parmi les habiles joailliers d'Europe, et M. Anderson de Stockholm, tout comme M. Andersen de Christiania, expose des pierres montées avec infiniment de soin, mais dans les données traditionnelles de ce qu'on a appelé le « goût Palais-Royal». Bien mieux, dans ce domaine spécial de la joaillerie, il n'est pas jusqu'à

' Ce joli collier si original a été dessiné par M. Mucha.

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M. Tiffany de New- York, dont nous avons justement loue le beau vase d'or, qui ne trompe lui-même noire attente.

On sait combien, à nos précédentes expositions, cet habile orfèvre avait surpris le public et ses confrères par l'audace et le bonheur de ses innovations. Celte fois la sobriété de bon goût, la simplicité voulue qui donnaient à ses productions un cachet de haute valeur artistique, se trouvent submergées sous la splendeur aveuglante des pierres précieuses. C'est une débauche de perles, un débordement de rubis, un entassement éblouissant de brillants, un étalage d'émeraudes insolentes de grosseur, qui par l'exagération de leur magnificence arrivent à donner une vague sensation de bijouterie fausse, de cette joaillerie de théâtre, qui pare en province nos héroïnes de tragédie.

C'est à peine si un iris en saphirs, d'une remarquable venue . nous rappelle les grands jours de celte maison si fameuse par son goût et son style.

Plus heureusement inspiré'.

Bagiiefi, émau.x translucides et (maison Tostrup de Christiania)

M. Fabergé, de Saint-Pétersbourg, expose, au milieu de joyaux d'une grande richesse appartenant aux deux impératrices île Russie, divers objets charmants, notamment un œuf de pâques monté sur des violettes, et une corbeille de muguet d'un goût rare et délicat, sans compter quelques bijoux de moins illustre origine.

Lo secret d'ennuyer est celui de tout dire.

Et cependant je ne puis clore celte rapide énumération sans parler d'une innovation heureuse, tentée par un certain nombre d'horlogers suisses.

MM. Ernest Franeillon. de Saint-Imier, Paul Ditisheim. de la Chaux-de-Fonds, Fabre Jacquot, du Locle et d'autres encore, ont eu l'heureuse idée d'appliquer l'art du médaillisle à l'ornementation des boîtiers de montre, et ont obtenu de la sorte des effets très heureux. Hâtons-nous d'ajouter que si l'adaptation est d'origine helvétique , les modèles originaux demeurent français pour la plupart. Parfois les emprunts sont hautement avoués, et les noms des auteurs des modèles accompagnent les reproductions. D'autres fois, la contrefaçon intervient et nous avons assisté aux justes réclamations du plus fameux de nos graveurs de médailles, protestant contre le travestissement audacieux qu'on avait, indûment et sans son autorisation, fait subir à la composition de deux de ses œuvres récentes.

Enfin, pour terminer, faisons-nous un devoir de rendre un hommage mérité à un bijoutier étranger, d'un goût rare, perdu au premier étage au milieu de vitrines indifférentes et dont le grand public, sans doute, n'aura guère chance de découvrir les remarquables ouvrages. Nous voulons parler de M. J. Tostrup. de Christiania. Cet artiste expose une série de petits vases, coupes, chandeliers, baguiers émaillés, tous d'une délicatesse d'invention, d'une pureté de dessin et d'une exécution supérieures. Ses émaux translucides d'une harmo-

La grappe merveilleuse pcndanl ilo pou (maison Falizo).

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nie captivante, d'une douceur exquise, sont sertit, dans l'argent doré. Ils mériteraient de l'être dans l'or le plus pur.

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