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RENOMMEE

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parade — malgré leur archaïsme prémédité, font, par lu noblesse du style el la beauté de l'exécution, 1res grand honneur à l'orfèvrerie allemande. Kl cependant, les orfèvres d'outre-Rhin, c'est encore une justice à leur rendre, ne se laissent nullement hypnotiser par ce majestueux effort classique. On peut même voir tels d'entre eux, comme M. Ernest Bruchman, de Heilbronn, par exemple, se retremper dans l'observation de la nature et lui emprunter les éléments d'un décor très moderne ; ou encore, comme M. Deylhe, s'ingénier à décorer des formes simples et pratiques, de (leurs et de feuillages fondus ad vivum, d'une seule pièce et sans soudures.

Signalons encore, en Belgique, un milieu et des bouts de laide en ivoire el argent, de M. F. llooscmans, de Bruxelles, composés de femmes embrassées ou rêveuses, qui font penser à F. Bops et à ses peu chastes créations, et terminons celte trop hâtive revue par l'Autriche, (die aussi assez bien servie par ses orfèvres. M. V. Mayer, de Vienne, nous y montre, sous forme de surtout, une tempête sur une nappe, ensemble un peu bien tourmenté peut-être pour de pacifiques et reposantes agapes, mais d'une fabrication remarquable; et M. Arthur Krupp, de Berndorf. nous initie, avec quelques pièces de bonne et solide argenterie, à ses incursions dans un néo-style qu'on pourrait appeler le style serpentin. Hâtons-nous d'ajouter que dans ce style qui commence à sévir dans tout l'ameublement, M. Krupp a su adapter à des formes sages, un décor relativement sobre el de bon goût, mis en relief par un excellent métier.

Ainsi, pour résumer nos impressions, les sections étrangères, si elles approchent, sur certains terrains choisis et en quelques œuvres exceptionnelles, de notre fabrication française, ne sauraient aucunement — même dans leur ensemble — conlre-balancer le majestueux effort de production qu'étale aux yeux surpris la classe de notre Orfèvrerie. Sur un seul point peut-être l'égalité se manifeste : c'est dans le domaine de l'orfèvrerie religieuse. Certes, j'éprouve un grand respect pour la belle et calme production de M. Poussielgue-Busant, toujours égale, à elle-même. Je note chez lui, au milieu de pièces plus éblouissantes que châtiées, un reliquaire Benaissance et des ciboires de style Louis XVI, qui sont d'une discrétion charmante. Si MM. Armand-Callial et fils, de Lyon, ne nous montrent celle année aucune œuvre comparable à cette châsse de saint Louis qui fut tant admirée en 1880, par contre, leurs vitrines renferment, entre autres ouvrages très précieux,

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deux crosses qui sont de paies merveilles. Enfin l'étalage de M. Leroux fera sans doute commettre le péché de convoitise à plus d'un de nos curés de province. Cependant je ne vois rien chez nous, qui soit beaucoup supérieur au magnifique chef de saint Etienne, d'une si magistrale allure et d'une exécution si mâle, donl la Hongrie peu! justement s'enorgueillir.

En 1G22. clans son Essai] des Merveilles de Nature et des plus nobles Artifices, pièce très nécessaire à tous ceux qui font profession d'éloquence, le docte René Françoys, prédicateur du roi, se plaignait amèrement de la complication de l'orfèvrerie de son temps et du prix que coulaient les façons : « On pouvoit encore excuser nus pères qui se servoient de vaisselles faites à la vieille mode et fort niaisement... écrivait-il. mais depuis que l'orfèvrerie nous acharniez de mille enchanlemens. cizelant. burinant, esmaillanl, glaçant, emperlant la besohgne, hélas tout est perdu. L'argent qui estoit le principal n'est plus maintenant que l'accessoire. La manifactureest plus précieuse que l'estoffe! » A quelles lamentations nouvelles le père René Françoys ne s'abandonnerait-il pas. s'il lui était permis de revenir en ce monde, pour entrevoir dans le palais de l'ameublement... les merveilles de manifacture exposées par l'Orfèvrerie française?

L'ETAIX

Avec l'étain, nous voici en présence d'un métal dont les destinées mobilières, extrêmement tourmentées, présentent une lacune à peu près unique. Après avoir été. pendant huit cents ans au moins, de toutes les fêtes religieuses ou profanes, et de tous les repas publics ou privés, l'étain s'est vu. au commencement de ce siècle, brusquement répudié, impitoyablement destitué de ses principales fonctions, et comme conséquence, il est tombé dans un tel oubli, que -a réapparition dans nos intérieurs a causé comme une sorte de surprise, et qu'encore, à l'heure actuelle, les seules applications qu'on a su en faire le continent dans le domaine de la Curiosité.

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Et cependant, du xiii' au xvm" siècle — la Chronique de Iteiim , le Journal de Pierre de l'Estoile, les Lettres de Guy Patin en témoignent — il n'y eut pour ainsi dire pas d'église en Décident, si magnifiquement dotée qu'elle pùl être, qui ne possédât, pour les services habituels du culte, un jeu de vases sacrés en élain, — ceux d'argent, de vermeil el d'or ne servant que dans les occasions solennelles. De même, jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, on chercherait vainement un inventaire riche ou modeste, royal, princier ou bourgeois, où la vaisselle d'étain ne ligure en belle place et en abondance. Bien mieux, au milieu même du xvii" siècle, ce métal depuis lors si dédaigné était encore d'un emploi si général — même à la Cour — qu'en ÎIJGX.

Louis XIV crut devoir créer une charge officielle de « Maislre Potier d'élain ordinaire de la Maison du Roy ».

Ajoutons que ce n'était pas seulement aux bas usages qu'on le taisait servir. Là preuve en est dans les riches et coûteuses façons dont on le gratifiait. Ces façons, très compliquées, affectèrent même, à presque toutes les époques, un caractère des plus artistiques. Guillebert de Metz, dans sa Description de la Ville de Paris écrite en 1407, nous apprend que, de son temps, un « estaimier » demeurant en l'ace du Palais (de Justice) était réputé pour fabriquer « de merveilleux vaisseaux d'étain »; ètl'on de des orfèvreries de. celte époque, la signification d'un pareil

Pendule en êtain, par M. Biuteau.

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. par ce ificatif.

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sait mi-

râbles ouvrages de Briot atteslent, en outre, qu'au xvi° siècle la maîtrise des artistes qui travaillaient l'étain n'avait en rien diminué: et même, au siècle dernier, les journaux prodiguaient leurs éloges à un potier d'étain de Troyes, nommé Renard, dont la vaisselle, d'une élégance rare, étaitprisée à l'égal des pièces d'argenterie. Enfin nous avons, nous-même, publié jadis une liste de ces habiles artisans, lisle forcément très incomplète, mais qui comprenant près de 160 noms, prouve amplement que jusqu'en 178'.) leur industrie était demeurée des plus florissantes.

Peut-être serait-il instructif de rechercher les raisons de ce délaissement subit, qui amena, à la Révolution, la suppression presque radicale de l'étain sur nos tables françaises. Cette recherche; toutefois, sortirait de notre cadre : aussi nous bornerons-nous à constater, avec Eugène Fontenay, que les procédés dont une profession fait un usage courant, tombent — dès que celle-ci cesse d'être exercée — dans une désuétude si absolue, qu'il les faut réinventer lorsqu'on prétend faire revivre celle profession. L'étain n'a point échappé à celle loi fatale. Celle réinvention s'est même accomplie sous nos yeux, et d'une façon a>se/. particulière, car elle a suivi deux voies très différentes : la première de ces voies fut adoptée par les professionnels de l'or et de l'argent, qui se sont appliqués à analyser les chefs-d'œuvre des vieux maîtres, et qui oui tenu compte des enseignements que pouvait fournir l'étude île leurs admirables ouvrages. La seconde fut préférée par certains sculpteurs épris des nouveautés un peu étranges. Ces derniers plus audacieux, se lancèrent dans la carrière sans aucun souci des antériorités, avec une connaissance sommaire et, disons-le, insuffisante du tempérament du métal qu'ils prétendaient mettre en œuvre. De là résultèrent deux genres de productions assez dissemblables, et souvent même contradictoires dans une certaine mesure.

Les premiers, fidèles aux traditions, observateurs sagaces des faits acquis, sachant — avec tout le monde — que l'étain entre en fusion à une température peu élevée 2:28 degrés), avaient, en outre, remarqué que son grain d une merveilleuse finesse épouse, avec une précision extraordinaire, les tonnes données au moule, quelque délicates et détaillées qu'elles puissent être. Ils savaient aus>i que l'étain se répare mal, qu'il supporte difficilement le travail du ciseleur, et qu'il présente >ous l'outil des cassures nettes et brillantes. Me telle sorte que pour obtenir des pièces irréprochables, il

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faul éviter autan! que possible les retouches, par conséquent les coulures, et pour cela l'aire usage de moules spéciaux, permettant d'effectuer du premier coup une fonte irréprochable.

C'est M. Germain Bapst, je émis, qui découvrit, ou du moins qui proclama le premier que Briot, dont le fameux plat de la Tempérance restera comme

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une désœuvrés les plus accomplies du xvi" siècle, avait dû couler ses ouvrages dans des moules en cuivre, gravés cl ciselés avec un soin rare et une maîtrise supérieure. C'est M. Brateau qui. certainement, remit le premier ce coûteux procédé en honneur, et y réussit au point de pouvoir supporter la comparaison avec ses devanciers les plus illustres. Personne n'a oublié l'accueil fait jadis à sa remarquable aiguière et à sou superbe bassin : cl -on exposition actuelle montre comment un artiste richement doué et d'une conscience absolue, peut, dans les genres qu'on qualifie à tort de secondaires, s'inspirer des modèles consacrés, pour créer des œuvres 1res nouvelles et suffisamment

originales. Toute une suite de gobelets composés avec un goûl rare, des assiettes au marli brodé, de petits plateaux losanges et fleuris : quelques pièces où les pi"éoecupations iln néo-style se font jour, comme le plat aux chrysanthèmes que non- reproduisons ci-contre; d'autres plus compliquées, comme la petite pendule pédiculée que nous donnons également, el dont la structure, imitée d'un ancien reliquaire, est agrémentée de feuillages et de iins bas-reliefs chargés d'allégories relatives au Temps; toutes ces pièces, exécutées par le procédé que nous venons d'indiquer, t'ont de M. Brateau, dans le genre ressuscité par lui. un maître ouvrier et un artiste d'un rare mérite.

Si l'étain coulé dans le cuivre permet d'obtenir les belles œuvres que nous venons de passer en revue, nous devons ajouter qu'il se moule également dans le plâtre, dans le sable, la terre et la pierre. Le plâtre et le sable offrent même cet avantage de permettre, dans le décor, des saillies plus accentuées. Pour qu'on puisse détacher sans encombre l'étain fondu du creux en cuivre dans lequel il a été coulé, il est indispensable, en effet, que ce creux soit « de dépouille » : c'est-à dire qu'il ne présente aucune cavité assez profonde, pour que le métal ayant pénétré dedans ne puisse être dégagé facilement. Les moules en plâtre ou en terre, généralement détruits après la fusion, peuvent tolérer des saillies plus fortes. C'est un avantage assurément, mais amoindri par ce fait que l'épidémie du métal, reproduisant avec une sensibilité extrême le grain de la substance dont le moule est fait, n'offre plus celte netteté, ce lisse et. dan- les détail-, ce précieux que lui communique le contact du cuivre.

Néanmoins, on obtient de la sorte des pièces de grand intérêt. Nous n'en voulons pour preuve, que la délicieuse écuelle à oreilles et couvercle, sur laquelle un artiste bien connu des amateurs. M. Francis Peureux, — dont l'esprit inventif nous a gratifiés, en ces années dernières, d'une foule d'argenteries très originales, — a retracé l'historiette de Perretle el de son pot au lait. Ajoutons que cette jolie pièce, modelée par un orfèvre habitué au travail des métaux précieux, conserve la qualité essentielle des pièces d'orfèvrerie. Elle e-l légère et maniable. 11 n'en est pas de même malheureusement d un certain nombre d'autres ouvrages exécutés par nos bronziers, ou par ces sculpteurs avides de nouveautés, dont nous parlions à l'instant, qui ont cru pouvoir profiter de la facilité avec laquelle l'étain se fond, pour réaliser euxmêmes la traduction de leurs œuvres.

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Parmi nos éditeurs de bronzes d'art, MM. Thiébaut, Susse, Siot-Decaùville. pour ne mentionner que les plus en vue, n'ont pas manqué dé profiler de l'engouement subit d'un certain public pour ce métal si longtemps méconnu. Ils se sont exercés à doter nos tables, nos étagères, de surtouts, de vases, de plateaux, d'encriers, de jardinières, aux formes molles, imprécises, épaisses, aux colorations ternes, sourdes et pauvres, sans vibrations ni reflets, el donl le poids — dans les grandes pièces particulièrement — rend le maniement à peu près impossible; mais qui précisément, à cause de leur mollesse de forme et de leur imprécision, n'ont pas laissé d'avoir du succès auprès d'un certain public. Les artistes, opérant eux-mêmes, n'ont pas été du reste, dans ce genre d'essais, plus heureusement servis. La fluide gracilité que M. Marc Blondat cherche à donner aux formes simplifiées de ses femmes, qui semblent évoquées d'un rêve, pas plus que la fougue décorative, à la fois si puissante et si réaliste, de M. Desbois, n'ont obtenu un résultat bien supérieur à celui que M. Siot-Dccauville a su tirer îles inventions de MM. Clerget, Baflier el Larche. — dont il y aurait injustice à ne pas signaler une réduction très réussie (h1 son joli groupe Le ruisseau el ht prairie, — ou des vases aux formes concentrées el sommaires, donl l'éminent fondeur a demandé les modèles à M. Kann.

On en peut dire autant des encriers et des brocs exposés par M. Lerollè. à la fois sculpteur et éditeur, et par M. Houdebine. Somme toute, l'élain. métal sain, c'est-à-dire dont les oxydations ne sont pas toxiques, ne devrait être appliqué qu'aux usages où celte qualité si précieuse a son utilité, et non pas pour remplacer — comme c'est le cas trop souvent — le cuivre ou le bronze. Seul un étranger, M. Kayser lils, de Krefeld. parait s'être pénétré de celle vérité, en essayant de rendre franchement à l'élain son caractère industriel de poterie courante.

Telles sont les constatations qui résultent d'une rapide étude de l'élain à l'Exposition de 1900. Cette rentrée dans l'ameublement d'un métal dont Cardan, au xvr° siècle, célébrait si hautement les mérites, est encouragée parle snobisme contemporain. Sera-t-elle très durable"? On en peut douler. Ce retour de faveur, sauf chez M. Kayser, ne s'appuie, en effet, sur aucune application pratique, et les qualités toutes d'utilité qui distinguent l'étain, ainsi que son peu de valeur intrinsèque, sont sans rapport avec le prix

disproportionné qu'exigenl les façons don! le caprice de quelques « initiés » exige qu'on le gratifie.

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