LE FER
Il serait malséant de le nier: pour la plupart de ceux qui connaissent la technique du fer èl que sa métallurgie intéresse, l'Exposition de 1000 comporte un gros mécompte, une réelle déception. Depuis 1851 et le fameux Cristal-palace de Londres, lonles les exhibitions universelles qui se sont succédé en Occidenl s'étaient particulièrement distinguées par de curieux et croissants progrès dans la construction en fer. Déjà, la rotonde immense de 1801 si ingénieusement disposée, si logiquement combinée pour présenter dans leur rationnel développement les phases successives de nos diverses industries, marquait une amélioration sur la grande carcasse du palais des Champs-Elysées, bien injustement décrié par les architectes acharnés à sa destruction, et qui cependant ■ — on commence à le reconnaître — n'était pas sans mérite. En 1878. autre conquête! on avait assisté, avec les brillants carrelages en relief de Lœbnitz et de Parvillée. à l'union de la céramique et du fer. — Union qui nous apparaissait, comme devant être bénie des dieux et féconde entre toutes. — On proclamait que cette alliance des émaux resplendissants, doués d'une persistante fraîcheur avec le métal aux profils d'une immuable rigidité, devait conserver à notre architecture renouvelée un impérissable éclat, une jeunesse éternelle. — En 1881), nouvelles innovations, nouvelles victoires et redoublement d'enthousiasme ! Comme on célébra alors les mérites des deux palais Formigé ! et qui de nous ne s'est pas senti quelque peu ému. louché par une mélancolie réelle, quand on a vu disparaître ces pilastres fleuris, ces Irises écussonnées et ces verdoyantes coupoles répercutant dans l'azur du <i"l les rayons du soleil? El pour les deux témoins qui nous restent de ce gigantesque effort, la tour Eiffel et la galerie des Machines si audaeieusenienl conçue parce pauvre Dutert pour abriter tout un monde... après avoir été la grande attraction d'alors, après avoir joui dans toute
Coupe GENRE RENAISSANCE (prof. Wadebé, à Munich) .
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l'Europe, que dis-je? dans l'Univers entier d'une renommée sans seconde, elles sont demeurées un objet d'étonnement et d'admiration pour les visiteurs de l'heure présente.
Il semble que de pareils précédents engagent, et à la suite de suceès aussi éclatants, il était permis de s'attendre aux plus invraisemblables prodiges. Quelques bons esprits s'étaient même laissé aller à cette espérance, que le xixe siècle, après avoir, au milieu de sa course, assisté à l'inauguration de l'architecture en fer — avec celte merveille des Halles Centrales trop peu
Balcon en fer fougé, par M. Emile Ront
appréciée chez nous — nous donnerait, à son déclin, la définitive formule de celte architecture. Jobard, de Bruxelles, qui aimait à vaticiner, ne s'était-il pas écrié, il y a quarante ans, que « la race des anciens pontifes litholomistes » devait s'éteindre comme celles des mastodontes et des plésiosaures, pour faire placé à « l'espèce des artistes sidérurgistes »? Il n'en a rien été pourtant. Certes le pont Alexandre III est une œuvre magistrale et qu'on ne saurait trop louer, mais insuffisante pour clore 1ère des innovations héroïques. Et partout ailleurs, dans cette immense Foire dit Monde, le fer aux rigides profils est remplacé, extérieurement au moins, dans ces constructions qui forment une ville, par les flexibles et molles ondulations du plâtre immaculé, éblouissant, agaçant de blancheur. Partout la sidérotechnie, dont on attendait le renouvellement des formes architectoniques, est vaincue, chassée, bannie parle staff, les moulages, les pâtisseries!
Est-ce à dire que l'emploi et le travail du fer aient, depuis 1 <S<S0. subi une sorte d'éclipsé? Aucunement. Le rude métal que nos ancêtres, suivant l'ex-
pression du bon prédicateur René Françoys, réservaient avec prédilection pour « 1rs faits de tuerie el les massacres des guerres ». est devenu, en cette lin de siècle, l'élément de civilisation indispensable par excellence. Jamais — les statistiques m font foi — sa production ne fui plus considérable. Jamais ses applications ne furent plus variées. S'il continue de distribuer la mort, il fournit à toutes nos industries de l'alimentation et du vêtement, les organes d'une fabrication intensive. Il porte partout la pensée et la vie. C'est à lui qu'on doit, sur terre et suriner, la rapidité et la sûreté de la locomotion, la facilité des relations dans l'air et sur le sol. Chaque jour son action s'accroît. Non seulement, comme par le passé, sa présence s'affirme dans nos installations domestiques; non seulement il est la parure et la sécurité de nos foyers, mais son intervention a permis la solution normale d'une infinité de problèmes, devant lesquels nos ancêtres seraient demeurés hésitants et désarmés. Une visite au pavillon du Creusot ou au palais de la navigation commerciale, quelques instants passés au Champ de Mars, dans la section de la métallurgie ou dans celle de l'électricité, laissent une inoubliable impression. Vulcain el ses infatigables cyclopes sont en train de devenir les maîtres du monde.
Notez que même dans les faits de l'habitation, le rôle du fer s'agrandit chaque jour. Dans celte serrurerie d'art, qui doit nous retenir plus spécialement, on ne cesse de lui trouver des applications heureuses et nouvelles ; et vous avez pu le voir notamment, en ces dernières années, remplacer aux portes de nos maisons de rapport, par des clôtures élégantes et graciles, les vantaux massifs en épaisse menuiserie, et communiquer de la sorte, aux habitations les plus bourgeoises, un air de richesse avenante et de prudente hospitalité.
J'ajouterai même que c'est bien plus sur ces remarquables ouvrages, et sur ceux du même genre, balcons, appuis de fenêtres, rampes d'escaliers, balustrades, etc., prodigués dan- les quartiers opulents de Paris, qu'il convient de juger la production de nos artistes-serruriers, que sur les morceaux séparés, spécimens ou échantillons, dispersés au Champ de Mars ou à l'esplanade des Invalides. Avec les ouvrages de la forge, on ne se trouve plus, comme avec ceux des hronziers. des orfèvres, en lace d'objets essentiellement mobiliers, qu'il faut tenir près de l'œil. Le fer, même assoupli par l'artiste le plus raffiné, garde toujours de sa nature première quelque chose d'austère et de
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mâle. En outre, dans ses applications un peu vastes, il devient immeuble par destination. Dès lors, c'est dans son cadre, en place et sur place, qu'il le faut considérer.
De môme qu'on doil faire le voyage de Nancy pour admirer les chefs-
1)1. • v n i BE HAMPE i:\ feu FORGÉ, par M. \. Bernas».
d'œuvre de Lamour, et se rendre à Saint-Germain l'Auxera'ois pour voir la clôture de chœur forgée par Pierre Deumier, on s'arrêter au Palais de justice de Paris, devant la porte monumentale de Bigonnet; de même c'est au rondpoint des Champs-Elysées qu'il faut juger les clôtures superbes exécutées par Roy pour l'hôtel Archdeacon, à Chantilly qu'on doit étudier la rampe fameuse duc à la collaboration de M. Daumct et des frères Mbreau, et c'est au palais
des Champs-Elysées qu'il convient d'admirer la porte si remarquable forgée par Bardin, sur les dessins de M. Charles Girault.
Répandus ainsi <1 m> uns habitations, ou prodigués sur la voie publique,
ces remarquables ouvrages ne se bornent pas à charmer nos regards. Ils jouent un rôle plus considérable; leur contemplalion devient éducatrice. Ils concourent en effet à ce que. dans son magistral Rapport sur t application de CArl à ^Industrie publié en 1856, le comte de Laborde appelait le '• maintien du ,uoùt par les embellissements de la voie publique ». Ajoutons qu'ils méritent d'autant plus d'être signalés à l'admiration générale, qu'à une conception hardie, à une exécution irréprochable, à une observation parfaite des convenances, ils joignent, chez leurs auteurs, une abnégation bien rare en tous les temps, et qui dégénère presque en anonymat. Combien de personnes, dans le grand public, connaissent aujourd'hui, les noms de Pérès, de Courbin, de Fayet, de \ eyrens dit Vivarais, de Valentin Fontaine, de G. Vallée, de Don' et même ceux de Pierre Deumier, de Bigonnet que nous tracions à l'instant? Ce sont pourtant ces grands artiste- qui. au xviu' siècle, porlèrenl si haut la réputation de la serrurerie française. Alors que des peintres de cinquième ordre, leurs contemporains, trouvent, chaque jour, des biographes prolixes, leurs noms demeurent dans une injuste obscurité, comme si la pralique de leur art contenait des satisfactions assez hautes, pour faire dédaigner a ceux qui s y adonnent les joies un peu suspectes de la réclame et les dangereuses séductions île la vanité!
Cela semble, au surplus, -i naturel que cet arl du 1er remarquable entre
: \f: et potexce es peb fohgé
par M. Ad. Bkhgi e
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tous soit perpétuellement sacrifié, que ses produits — à l'Exposition de 1900 — sont disséminés partout, sans qu'on puisse trouver à leur éparpillement des raisons Lien valables, et sans qu'il soit venu à l'idée du public et des intéressés, de protester contre une dispersion qui rend les comparaisons singulièrement difficiles.
C'est ainsi que dans la section de la Décoration française — et ici ce n'est que justice — nous remarquons (pour ne citer que les œuvres les plus importantes, à tous égards) : 1° la belle porte que M. Bergeotte a forgée d'après le dessin île notre regretté Paul Sédille, et dans laquelle on retrouve ■ — ■ en dépit de tables d'attente en marbre qui ne sont guère de serrurerie courante — ce goût classique d'arrangement, cette grâce délicate qui caractérisaient le talent de l'éminent architecte ; 2° un panneau de style Renaissance, dans lequel M. Bardin, l'auteur de la clôture du Petit Palais, a poussé la virtuosité de son art à ses dernières limites ; 3° un départ de rampe de M. Bernard décoré de chimères et de volutes à cariatides et dauphins, d'une allure vaillante et ferme; 4° de M. E. Robert, une rampe anglaise, destinée au petit palais de Yildiz, où les roses argentées alternent avec les chrysantbèmes d'or, dans une disposition d'un goût sobre et nouveau qui sent son maître ; et enfin — exposées par M. Marron de Rouen — une série de cadres, de garde-feu. d'appliques et surtout une grille de clôture fleurie, où l'art de relever le fer se montre dans sa perfection.
Mais pourquoi avoir logé dans la section des Bronzes les torchères, les landiers, les lustres, la pendule sortis des ateliers de MM. Disclyn et Linn, les appliques et candélabres de M. Benard, les grilles d'intérieur, les panneaux de porte damasquinés et ciselés avec amour par les collaborateurs de M. Bergue? Et pourquoi dissimuler dans la section de l'Orfèvrerie, le petit kiosque en fer exécuté sur les dessins de M. Bliaut par M. Ilamet. et dans lequel la folle végétation des vignes, des platanes, des marronniers, des ajoncs, semble constituer une ingénieuse carie d'échantillons, une sorte de table des matières des précieuses ressources décoratives fournies à la serrurerie d'art par la botanique ?
Notez qu'à l'étranger, la même dispersion des ouvrages de serrurerie ajoute à la difficulté des comparaisons instructives. C'est dans les jardins s'étendant entre la Seine et le Grand Palais, que se dresse la grille monumentale, chargée d'enclore le Palais d'hiver du tzar. C'est sous le portique
bordant à droite l'esplanade des Invalides, que se dresse l'élégant portail du château de Kittser appartenant au comte Batthyany, portail exécuté par le ser-
DÉI'Aht HE HAMPE EN FER FORGE, par M. Kmilc Robert.
rurier Marton. de Pozsony (Hongrie). Dirigez-vous ensuite vers la section de l'ameublement Indue, pour voir les ferronneries de M. Van Boeckel de Lierre. De là. il faudra vous rendre dans la section allemande, où, triomphalement installé à la place d'honneur, s'élève le superbe groupe en fer repoussé de