‹ L'Art a l'Exposition universelle de 1900Chapitre 87 sur 101 · I-E METAL · texte numérisé non relu

I-E METAL

V Aigle terrassant le Dragon, chef-d'œuvre du genre, exécuté par les frères Armbruester Puis vous ressortirez du côté de la rue Fabert, pour découvrir dans le grand dépotoir, qui occupe cette façade sacrifiée des galeries étrangères

Applique pour lampe électrique en fer forge par M. Ail. Bergub.

— entre l'annexe de l'Allemagne et la fondation de l'Impératrice Marie — la belle porte, d'un dessin neuf et fleuri, que la ville de Mannheim a fait forger par Joseph Neuser pour servir de frontispice à son Ecole d'Arts Industriels, et qui mérite, par l'ampleur de sa décoration, un emplacement plus convenable. Par contre il faut pénétrer dans le palais vénitien que l'Italie a

élevé à l'entrée de l'avenue dos Nations pour contempler les ouvrages exposés par M. Pasquale Franci, de Sienne, et dans le pavillon des Etats-Unis, pour découvrir les charmantes portes d'ascenseur, d'un goût sobre et aimablement classique, exécutées par M. W.-S. Teyler. Si vous passez devant le palais de l'Autriche vous serez frappé par la bonne tenue de sa porte, et derrière celui de l'Allemagne, par la rampe et les candélabres de M. Kruger, de Berlin. Enfin vous devrez vous transporter au Champ de .Mars — dans la section de la métallurgie — pour contempler la très remarquable porte de jardin, de style Louis XV, exposée par M. Edouard Alpar, de Budapest ; et cette autre pinte non moins énorme, dans laquelle MM. Erhardt et Sehmer. de Saarbruck, se sont essayés à imiter, dans le travail du fer, les libres complications du modern-slyle. Car les nouveautés qui se font jour dans les diverses branches de l'ameublement, n'ont pas épargné les ouvrages de la forge ; et aux enroulements, retours, queues de cochon, graines, cornes de bélier, volutes, rinceaux et autres ornements classiques, désignés dans le vocabulaire de la serrurerie d'art sous le nom générique de contours, on en a ajouté quelques

autres, les rubans, les serpentins, les pattes de crabe , chargés de rajeunir

l'aspect de la serrurerie d'art contemporaine.

De tous ces ouvrages si singulièrement dispersés, il en est deux surtout qui méritent de nous retenir, non seulement à cause de leur importance peu ordinaire, mais par le grand caractère d'art qui s'en dégage, et par une nouveauté d'application qui ne manquera pas — étant imitée certainement par la suite — d'avoir dans l'avenir des conséquences heureuses. Le premier de ces ouvrages est la clôture exécutée pour le Palais d'hiver de l'empereur de Russie, le second c'est la grille du Petit Palais des Champs-Elysées, dessinée par M. Girault dont le goût remarquable et le talent si distingué ont été déjà célébrés, à l'occasion de la clôture en fer exécutée jadis pour le monument Pasteur '.

Jusqu'à présent les grilles monumentales chargées de clore et de protéger les jardins royaux, les cours d'honneur, les monuments les plus divers — depuis la grille fameuse dont Richelieu gratifia, sur le Pont Neuf, la statue de Henri IV, pour préserver la nivale effigie des trop odorantes familiarités de son bon peuple de Paris, jusqu'aux grilles du parc Monceau, en passant

' Voir Revue de l'Art ancien et t I E, p. 51.

GlllI.I.E DU PETIT PALAIS HKS CHAMPS-ELYSÉES exécutée en fer forgé par M, BiHow, d'après les dessins de M. Gihault.

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par celles justement fameuses de Versailles, de l'hôtel-dieu de Troyes, et du palais de justice de Paris, etc. — toutes ces grandes et belles grilles étaient conçues et exécutées d'après un dispositif qu'on aurait pu croire immuable. Elles consistaient en rangées de hallebardes ou de piques, à la hampe unie, ronde ou carrée, s'amortissant en (lèches ou en pointes ouvragées et dorées.

CHIMÈRE EN FEU FORGÉ MASSIF, pat M. Van G.eCKEL.

Ces piques posaient ordinairement sur un petit mur en bahut à hauteur d'appui. Elles étaient réunies à la base et au sommet par des traverses plus ou moins ornées, et qui dans les grilles de luxe affectaient parfois l'importance d'une petite frise.

M. Robert Meltzer, l'auteur de la clôture du Palais d'hiver, a résolument rompu avec cette disposition aussi monotone que traditionnelle. Au mur bas et sans ornement, il a substitué un mur de granit de 2m,o0 de haut, robustement mouluré, et coupé de distance en distance par de solides piliers, mou-

lurés eux aussi, et surmontés d'un ample fleuron lambrequiné. Entre ces piliers il a encadré une crête gigantesque, sorte de faîlage monumental, de lm,S0 de haut, enrichi de volutes fleuries, d'un noble dessin, très décoratif, et dont les enroulements harmonieux servent de supports aux armes de Russie, qui, ruisselantes de dorure, détachent la splendeur de leurs formes héraldiques sur l'ornementation somhre et monochrome du fer contourné et relevé.

La porte qui complète celte belle clôture développe, avec plus d'ampleur encore et de richesse, ce même parti de décoration. Elle ajoute par la magistrale grandeur de ses lignes à la majesté cossue de l'ensemble. Grâce à une série de photographies exposées à la section de l'ameublement russe, M. Roberl Meltzer nous fait pénétrer dans les ateliers qu'il a improvisés sur place pour l'exécution de ce gigantesque et magnifique ouvrage. Remercions-le d'avoir associé ses collaborateurs à la gloire que lui vaudra cette belle entreprise, menée à si bonne fin.

La clôture de la porte d'honneur du Petit Palais, forgée avec une rare maîtrise par M. Bardin, d'après 1rs dessins et maquettes de M. Ch. Girault vient confirmer ce que nous disions dans notre chapitre relatif à X Orfèvrerie, de ces circonstances en apparence très étrangères, qui aboutissent à la réalisation de certaines formes, dans un art qui semble n'avoir pas avec elles de rapports précis. Il est clair que ni la superbe porte du Petit Palais, ni aucune de ces portes cochères en fer ouvragé, qui ajoutent à la beauté de nos façades parisiennes, n'auraient pu être pratiquement exécutées, si les manufactures de Saint-Gobain cl d'Aniche n'étaient parvenues, en ces dernières années, à produire des glaces de très grandes dimensions à des prix très abordables. Bien mieux, dans la clôture si remarquable du Petit Palais, la dimension extrême des glaces qu'on pouvait lui fournir n'a pas été sans influer directement sur la division générale que l'architecte a donnée à ses surfaces. 11 a dû partager, à cause de cela, sa baie en trois grandes travées verticales, et horizontalement il l'a divisée en deux parts : la portion inférieure 1res ouvragée et remplissant ainsi son rôle protecteur de défense et de fermeture ; la partie supérieure formant imposte, inaccessible par conséquent, et à cause de cela pouvanl demeurer libre. Pour la même raison, au-dessous du fronton qui amortit la porte proprement dite, la division en trois parties inégales a persisté, formant une ouverture principale à deux vantaux, et deux poternes

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latérales. Ajoutons qu'en proportionnant ainsi les dimensions de cette énorme baie, M. Girault les a rapprochées de l'échelle humaine et, de la sorte, il a pu mieux mettre en évidence l'immensité de la construction.

L'aigle terrassant le dragon, groupe en fer repoussé, par MM. ahmdruestbb frères.

Et voilà comme, sous le crayon d'un éminent artiste, la difficulté du programme à exécuter devient le point de départ de recherches aboutissant presque toujours à un redoublement de beauté. M. Girault, en effet, a été supérieurement stimulé par les obstacles qu'il avait à surmonter. Celte gigan-

tesque Miniature à dessin de guipure -- car de loin elle l'ail un peu l'effet d'un monumental point de Gènes — joint, à la robustesse nécessaire à sa fonction, toute la grâce qu'on peut souhaiter d'un pareil ouvrage. Et ces deux grandes ailes — une trouvaille — qui en garnissent les côtés, achèvent de lui donner un caractère d'élégance rappelant les plus fameux maîtres. Depuis Fordrin nous n'avons rien vu d'aussi magistralement composé.

Après avoir rendu à l'inventeur le juste hommage de notre admiration, il y aurait ingratitude, toutefois, à ne pas associer à ces éloges les traducteurs de l'œuvre, c'est-à-dire M. Bardin chargé de réaliser le modèle de M. Girault, et le bataillon de cyclopes anonymes, qui. maniant avec une sérénité superbe et une énergie sans seconde, le marteau à devant, le marteau à main, l'étampe, le burin et la lime, ont fait jaillir, du fer rougi et frappé à tour de bras sur l'enclume et la bigorne, ces barres formidables gracieusement, recourbées et ornées de feuillages assouplis au point de faire penser à une dentelle. Leur réserver une part de nos félicitations c'est simplement acquitter une dette de reconnaissance envers îles collaborateurs aussi modestes que vaillants, jadis plus estimés encore que de nos jours, car, dans l'Antiquité, on ne craignait pas de les désigner sous le nom glorieux entre tous de faber, et au Moyen Age sous celui de /'être, considérés l'un et l'autre comme le titre d'artisan par excellence.

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