‹ L'Art a l'Exposition universelle de 1900Chapitre 91 sur 101 · I -Tir ' frV · texte numérisé non relu

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L'iKSUCCÈs d'ÏVAINE ET de GawaiNE, tapisserie de William Moams, d'après Bubsë-Johes apparlicnl à M. Mac Cullocb .

voit au pavillon anglais, puis une sixième. {'Apothéose de ht coupe sacrée, que l'exiguïté de la salle n'a pas permis de faire figurer à côté des autres pour compléter l'ensemble. Peinte par Edouard Burne-Jones. dans le style des primitifs italiens cher à ce maître préraphaélite, elle fut exécutée sous la direction de William Morris, poète, dessinateur, inventeur du célèbre caractère typographique qui porte son nom et fondateur d'une maison d'industrie d art qui lui survit sans déchoir. Chercheur ingénieux et savant, William Morris s'est préoccupé de faire revivre les procédés de vieille texture, par larges et fermes hachures, telle que la manufacture des Gobelins s'efforce de

la restaurer en France. La vigueur dos tons et la durelé de l'effet se rattachent à la vision de décor en vitrail, qui s'accorde mal avec les exigences délicates des (issus de laine, mais le retour à la facture primitive contribue pour beaucoup à donner un aspect d'art à cet essai de rénovation textile, en dehors duquel les nations étrangères n'offrent pas de sérieux intérêt.

En Italie, le Turc à l'ombre des palmiers et le grand parement aux Armes de Savoie, qu'expose l'atelier des Arts et Métiers de l'hospice Saint-Michel, ne

Le sommeil de Li.vncei.ot, tapisserie de William Motinis, d'après Ik-asE-JoNE (appartienl ù M. Mac Cullocli .

servent qu'à prouver combien cet atelier, privé des secours de l'Etat, a de peine à faire revivre, avec ses seules ressources, la manufacture pontificale fondée jadis par Clément XI et qu'il s'applique courageusement à remplacer. En Suisse, une demoiselle Berlha Burri semble avoir fait, pour lisser en tapis son grand Guillaume Tell, un important effort digne d'un meilleur succès. Ce son! là des tentures privées, 1res méritantes par l'intention el qu'on serait heureux de pouvoir louer.

Mais, pour l'Allemagne où la protection de l'Etat et les encouragements des princes ne manquent pas, une critique plus sévère ne sera pas déplacée.

Le tisseur d'ail do l'Empereur et du grand-duc de Mecklembourg-Schwerin, W. Ziesch, a copié deux tapisseries à lui prêtées par l'Empereur auquel elles appartiennent. Les compositions en sont de Boucher, ce qui nous garantit leur harmonie décorative; or. pour ne citer que la plus importante, elle donne, sur la copie, l'impression d'un magma de figures nues, qui se seraient amalgamées avec les roches sur lesquelles elles doivent se détacher. Voilà pour la traduction des œuvres anciennes. Comme cuivres originales, M. Ziesch a lissé, d'après les carions du peintre berlinois AstfalcU. deux Nymphes jouant avec (1rs Amours. Je n'insiste pas sur certaines insuffisances du dessin ; mais je ne puis me dispenser de constater que les valeurs générales sont vides et laissenl marquer inégalement les traits forts du dessin qui tirent l'œil: que les colorations ont une fausse fraîcheur, une fraîcheur sale, et qu'elles se rapprochent, par leurs tons blafards nu plâtreux, de cet aspect vulgaire qui caractérise le plus souvent les tissus soi-disant d'art fabriqués à la machine. Est-ce la faute du peintre ou du tisseur, ou même celle du mauvais jour sous lequel ils sont exposés, mais l'effet produit par ces panneaux, entourés d'une épaisse bordure, à rinceaux tristes, ressemble assez à du délicat-lourd, à du joli qui grimace? M. Ziesch les cote au prix où les fabriqueraient les Gobelins, à neuf mille francs la pièce. Sans flatter la Fiance, je crois qu'elle pourrait produire en art textile deux compositions plus réussies pour le même argent.

Si des tapisseries aussi mal venues d'harmonie sortent d'un atelier presque officiel, dont l'activité se développe dans l'atmosphère d'art d'une capitale, que peut-on attendre des ateliers de province.' Un certain pasteur Johannes Jacobsen a pris à tache de relever l'industrie populaire de tissage qui jadis avait prospéré sur la côte occidentale de la mer du Nord et qui. depuis de longues années, tombait en décadence. C'est dans une petite localité du Schleswig- Holstein, à Scherrebek, qu'il a fondé, sous le nom d'école professionnelle, un véritable atelier de production, dont la création aurait un but exclusivement philanthropique. Le pasteur Jacobsen se défend de toute visée commerciale et, pour assurer en partie la vie de sa fondation, il a cru devoir attirer vers Scherrebek, en y créant une plage, des baigneurs qui, dans sa pensée, pourraient occasionnellement devenir des clients d'art textile. Mais, s'il ne poursuit pas un rêve industriel, s'il a voulu simplement ramener le travail el le bien-être dans la région dont il a cure, il n'en forme pas moins des contremaîtresses qui vont établir en d'autres villes d'Allemagne des ateliers-succursales. Ceux-ci

l/ART A L'EXPOSITION DE 100 0

sont passibles, je crois, pour Ions les ouvrages vendus par eux. (l'une redevance envers l'atelier initial, dont ils reçoivent leurs inspirations, de sorte qu'avec l'aide du succès le pasteur Jacobsen pourrait étendre sur toute la surlace de l'empire allemand une sorte d'hégémonie textile. Par cela même son

Tapisserie exéci ikk par M. W. Ziesch, d'après Boucher

œuvre mériterait une étude particulièrement attentive si, du premier coup d œil. elle ne se laissai! juger. Enhardie par le but qu'elle est pressée d'atteindre, sans inquiétudes ni réticences, elle a pris pour drapeau le style d'avantgarde extra-moderniste. Presque tous les produits de sa fabrication témoignent de son radicalisme décoratif. Entre vingl autres je citerai YEtang au clair de lune, signé du professeur Otto Eckmann, de Berlin. L'étang, simple plaque de

coulent' bleu foncé, ne se distingue du ciel que par un trait noir ondulé; la lune et les étoiles s'y reflètent, mais avec une lixilé tellement précise qu'un les croit dans l'éther et non pas sous l'eau, de sorte que l'eau serait aussi bien le ciel, et le ciel l'eau, ce qui fait songer à cette charge de rapin adroitement truquée pour représenter, sous quelque sens qu'on la retourne, le ciel ou la mer indifféremment. Cet effet à l'attrape-nigaud est complété par deux troncs d'arbres rouges qui flanquent de chaque côté l'étang et qui, sans branches et sans feuillage, d'une égale poussée de fût. n'ont ni pied ni rime. Et, comme cet Etang ait clair de lune est une tenture murale, il semble qu'on pourrait la pendre tête en queue ou queue en tête, au choix de l'acquéreur, si l'on n'était averti du sens réel par deux frises, dont Tune, la supérieure, formée d'une rangée de chouettes, indique le côté du ciel en symbolisant le royaume des ailes, tandis que l'autre, l'inférieure, rappelle le séjour stagnant des grenouilles. Ainsi c'est à la façon des poèmes décadents de l'art en énigmes, et j'admire les Allemands qui peuvent sans sourciller, avec un sérieux que rien ne déconcerte, les uns peindre et tisser, les autres acheter de pareils rébus vendus près de mille francs comme nouveautés décoratives.

Signé par le même Otto Eckmann. un « grand gôbelin » intitulé Retour de printemps n'est qu'une carie;! hue moderne d'un Primavère de Botticelli. Des jeunes filles, en toilettes de ville assez vulgaires, mènent une sorte de pas des Heurs; la tristesse des tons, la mesquinerie presque chafouine des formes impriment un air maussade à ce sujet qui devrait être tout de fraîcheur el de charme. On se demande si le pasteur Jacobscn, en dépit de son zèle évangélique el de la croix décernée par l'Empereur à ses louables efforts, peut vraiment retirer un grand profit de celle intransigeance d'art qui délie toutes les traditions. A vrai dire, il a le droit d'invoquer pour son excuse ce fait que le souci des innovations outrancières parait être devenu le cri d'appel en avant de l'esthétique germanique, dont la formule violemment régénérée s'impose même à renseignement professionnel. L'école Lelle, institut subventionné, qui porte le nom du fondateur et qui prépare les jeunes filles à l'industrie et au commerce ', nous montre, parmi les travaux de sa classe d'apprentissage pour la fabrication des tissus, deux tentures murales conçues d'après la nouvelle tendance d'art allemande el qui paraissent simplement lourdes et

1 On peut voir le modèle en relief de celte école au pavillon allemand ilans la salle consacrée à l'exposition d'économie sociale.

mornes1. Los sujets, lissés assez habilement par Gertrude Milde, représentent,

le premier une femme épaisse et tassée sur elle-même qui se frôle contre un massif de roses, le second une espèce de furie qui s'avance avec les cheveux en forme de longs copeaux vers le soleil couchant. Le symbolisme est obscur, comme l'effet est terne. Encore une fois nous avons à reconnaître l'influence décevante des mauvais modèles; elle est d'autant plus fâcheuse ici, qu'elle s'exerce sur un enseignement d'école.

Cette tendance d'art nouvellen'esl pas partout aussi mal représentée. Comme sur un mot d'ordre officiel ou par une instinctive pensée de ralliement, toutes les sections allemandes ont adopte le même parti pris de décoration. Sur des élancées de 1er ou de bois, solidement palléos, se dressent les mêmes courbes raides, que vient fermer, en guise de clef d'attache, à la rencontre des volutes, la même tête de gorgone inspirée. A la section de la guerre, si rigide qu'elle on paraît revèche. au pavillon des armateurs inutilement massif, à la section de l'électricité sévèrement métallique, à celle des arts industriels où domine le dédain de toutes les clartés et de toutes les grâces, au vestibule de la rue des Nations où des peintures noires complètent lourdement de lourds détails d'architecture, partout s'impose et s'affirme le modernisme rude, sombre, un peu fatidique, que le règne du sabre et l'impérialisme expansif font planer depuis plusieurs années sur la vieille terre des rêveuses Marguerites. C'est là l'expression d'une race fortement disciplinée, soumise au sentiment de fer qui la gouverne, mais vigoureuse et qui prétend mater l'art, le réduire à ce qu'elle veut.

Simple question de tempérament. Pour s'être lancée dans la même voie novatrice, l'Autriche n'en est pas moins restée ce qu'elle a toujours été. l'élégante nation, un peu voluptueuse, sollicitée vers une entente de l'art aimable et sympathique. Ses intérieurs d'appartements : intérieur tchèque, intérieur viennois, intérieur salzbourgeois, exposés par la Chambre de commerce de Prague, par les Ecoles industrielles des Arts et Métiers de Vienne et par des Fahricants réunis de Salzhourg, n'ont pas l'air strictement austère de la salle des mariages de l'Hôtel de Ville de Carlsruhe, ou résolument barbare

' De l'ait ce qu'un rencontre île plus sérieux parmi les tissus il ail qu'expose l'Allemagne, c'e>t une grande tapisserie malheureusement mal placée, en parement de chute, sur une rampe d'escalier. Tissée par M11" Ida et Carlotta Brinckmann, de Hambourg, d'après une broderie du ïiv" siècle conservée au musée de Wienhausen, elle représente {'Histoire de Tristan et Iseult. La facture

parait bonne, ce dont il n'est pas aisé de s'assurer.

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de la salle du musée îles Arts décoratifs de Cologne, que l'Allemagne a fait figurer aux Invalides. Malgré leur distribution biscornue, cherchée dans le goût qui s'affirme pour les pièces à compartiments, ils sont accueillants

et dégagent un charme assez intime. La même impression de luxe distingué nous frappe, au pavillon autrichien de la rue des Nations, dans le salon moderne gris et cramoisi faisant pièce d'angle au rez-de-chaussée; tout comme dans les salles d'appartements ou dans la salle du buste impérial aux Invalides, les étoiles industrielles ont un sentiment général d'harmonie, singulièrement dépassé d'ailleurs par les panneaux à grandes ligures, en applications de draps de couleur sertis de ganses, qui forment un fond d'art d'un intéressant caractère à l'exposition de l'Ecole impériale des Arts décoratifs de Vienne.

Et si des tapisseries on passe à l'examen des lapis lissés soit en Autriche, soit en Allemagne, on y surprend les mêmes courants d'inspiration. Les compositions modernes réalisées sur le métierpar la maison Ginzkey, de Vienne, se présentent comme de vastes motifs, immenses jets d'entrelacs qui partent d'une extrémité pour s'élancer vers l'autre et qui décentrent la texture, en disproportionnent le décor avec les meubles qui reposeront dessus; elles sont d'une structure ornementale moins arrêtée, moins voulue que les lapis allemands, dont quelques-uns ont été dessinés par Otto Eckmann, l'auteur des devinettes murales que j'ai citées plus haut. Fabriqués soit par la manufacture de Crefcld, soit par les Ateliers réunis de Berlin, ces tapis allemands apparaissent conçus sur le plan d'une géométrie bizarre et démesurée, quoique stable et répartie selon la surface à décorer. Mais, s'ils ne se composent pas de lignes Guides, aériennes, comme les lapis d'Autriche, ils sont aussi moins riches, moins gais, d'une vision plus sévère et plus refrognéc. Ni les uns. ni les autres n'offrent un très réel intérêt d'art; carie style moderne, qui se cherche, ne semble pas s'être encore trouvé. De Madrid à Moscou, en passant par tous les pays d'Europe, il se débat en variations sur un thème presque uniforme, dont l'Exposition nous a révélé l'extraordinaire extension. On le retrouve jusqu'à Madagascar, appliqué par l'école professionnelle de Tananarive. Chaque peuple en adapte la formule à son génie propre. J ai dit ce que les Allemands en ont fait, et si, dans les pays d'antiques traditions, il n'a pas remplacé l'arl national, du moins essaye-t-il d'entrer en lutte el commence-t-il à s'imposer.

En Hongrie, tandis que le style pseudo-mystique est représenté par un devant de feu signé de Rippl-Ronaï, le maximum d'impressionnisme est

Nymphe jouant avec i'es amours (tapisserie exécutée par M W Ziescli d'après les cartons -le M. Astfalck).

atteint par deux tapis conçus dans un même parti pris de sujet, en croquis de nature. Sur l'un, exécuté par Alexandre Nagy, se voit un paysan madgyar qui selle un cheval; l'autre, tissé par Charlotte Kovilzky, composé par Paul Horti, nous montre également des paysans madgyars, l'homme cl la

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femme, qui reviennent des champs. Après le labeur du jour, ils rentrent au village et leurs rudes silhouettes se profilent sur un couchant rose, tandis qu'au fond, violemment éclairées par les derniers rayons, éclatent dans la verdure sombre les maisons blanches. L'effet, sans doute très dur, est adouci par l'obscurité de la galerie dont le tapis occupe le fond; tel qu'il apparaît, il est saisissant. C'est une vigoureuse pochade traduite à plein cœur de laine ; mais quelque bonne ébauche, peinte en trois jours de brossage, décorerait tout autant. Celte audace à la hongroise ne relève donc pas le niveau des modèles textiles ; toutefois, elle est réalisée par un praticien qui a de l'œil, sinon de la patte, et, dans l'ordre des tentures d'art, elle peut être comptée comme la dernière œuvre d'impression un peu vive que nous ménage l'Exposition ' ; car nous n'avons plus à voir que les produits d'Associations.

Ces Associations sont nombreuses dans les pays avoisinant l'Orient ou dans les régions du nord de l'Europe dont le climat est propice aux longs travaux d'intérieur. En Hongrie, les Sociétés de dames pour l'encouragement de l'industrie ont une certaine hardiesse d'initiative et l'Ecole des métiers de Pozsony, les écoles spéciales de Buda-Peslh et de Kolowar cultivent, en même temps que l'ancien style, le style moderne; en Bulgarie, les Ateliers de Tchiprovisé, de Kotel et de Panaguirichlé restent provisoirement bulgares; de même l'Ecole de Gerghita, les Ateliers scolaires de Roumanie et l'Atelier de Théodora Pavalesco, à Campulung, où se centralise l'industrie du tissage exécuté par les paysannes roumaines, ne montrent guère que des spécimens d'art roumain, et c'est là leur raison d'être et la preuve de leur sagesse. En Russie, représentée dans l'art moderne par les tapis de la maison Tschokoloff, de Moscou, l'école Marie, école pratique des tissus d'art, placée sous la protection de l'Impératrice, garde encore le respect de la tradition nationale; elle expose un tapis double velours rappelant les vieux dessins du Caucase ; mais, en Finlande, les Écoles de tissage de Wibourg, d'Ekenas, de Tavastheus, la

1 La grande manufacture hongroise de Torontal est riche en desfins modernistes, assez puissants de tons, moins étranges que les tapis allemands, moins hardis d'élan que les tapis autrichiens, mais encore plus dépourvus d'intérêt au point de vue de la composition décorative. De tous les tapis figurant à l'Exposition, les plus osés dans le baroque sont ceux dont le dessinateur Calenbrander a fait les projets pour la Manufacture hollandaise d'Amersfoort. C'est du néo-persan disposé comme des figures de casse-tête chinois. L'un de ces projets se rapproche, par son jeu de méandres géométriques, de certains spécimens exécutés par les Ateliers réunis de Berlin. Le goût pour les bizarreries s'est emparé de l'esprit européen.

Société des Amis dos Arts manuels à Helsingfors, l'École des arts et métiers de la Société impériale d'économie domestique à Alto, qui pour la plupart n'ont pas encore délaissé le vieux style finnois, semblent prêtes cependant à donner, sans aucun avantage pour l'art, dans le travers qui perturbe en ce moment le goût de l'Europe entière. La tisserie d'art de Danemark,

Modèle de tapis exécuté par~les manufactures réunies des tapis de Smïrne a Berlin

dirigée par Mmc Ida Kolvig, cède de même à l'entraînement et, tandis que la Société royale d'économie rurale de Suède reste franchement suédoise, les Amis des Arts manuels de Stockholm sont moins sages. Groupés il y a vingt-six ans sous l'inspiration de femmes artistes et de femmes de lettres pour remettre en honneur l'antique industrie textile et pour la maintenir dans le respect et dans les traditions de l'art national, ils se sont éloignés de leur but, si l'on en juge d'après les sujets qu'ils produisent. LeDéjeu-

LES TISSI S D Aliï w,

nrr au bord de la rivière, dont le peintre naturaliste Cari Larsson a fourni le modèle, n'est qu'un tableautin traduit hors taille, en des dimensions qui le démesurent et dans une matière qui l'affaiblit, car l'effet de plein soleil auquel il vise se trouve atténué, rabattu par la matité de la laine et par le grisaillement des effilochures. Long et coûteux, le tissage demande à s'exercer sur des motifs qui vaillent la dépense de temps et de peines, et tout ce qui peut nous intéresser en ce Déjeuner, c'est d'y voir des figures de femme ou d'enfants, une perspective de nature, interprétées avec une sûreté de dessin et certaine entente de l'ensemble très remarquables pour des tisseuses qui sont de simples paysannes. Ce résultat technique t'ait honneur à la directrice M" Brautnig ; il réparait dans la texture d'une sainte Brigitte dont les traits soufilés et l'allure rustaude sont dus au pinceau du même Cari Larsson.

Une autre société suédoise, la Société anonyme de l'exposition des arts manuels dont M™"1 Selma Giôbel était naguère la directrice et dont M. Wallander est un des chefs artistiques s'est instituée dans la même pensée de résurrection du vieil art national. Vouée non seulement au perfectionnement du lissage, mais à celui de la sculpture sur bois et de la fabrication du meuble, elle expose beaucoup de menus objets pour la vente ; quant à ses tentures suffisamment importantes pour mériter une mention, le panneau de Hiboux, les Cygnes héraldiques ou le parement de Fleurs, toutes pièces signées du peintre Wallander, ne semblent pas, surtout la première et la dernière, tellement suédoises qu'elles répondent exactement au programme de rénovation nationale.

Mais, de tous ces ateliers nés du groupement des femmes, le plus entreprenant, celui qui s'impose avec le plus d'assurance à l'attention du public est sans contredit celui que dirige à Christiania M"" Frida Hansen. L'art du tissage est très en faveur en Norvège. Au Musée des Arts décoratifs de Trôndhjem est annexée une école qui gaule encore dans ses productions le caractère des vieilles textures Scandinaves : la plupart des compositions, empruntées aux vieilles légendes nationales, sont dessinées sur le principe des broderies au point de croix : d'autres, telles que le Fils du roi change' en ours, sont ramenées à l'apparence primitive qui nous semble la marque du si vie ancien. L'auteur de ce Fils du roi changé, Gehrard Munthe, a tracé pour l'école de M"10 Hansen deux grands panneaux consacrés à Sigurd, dont ils

représentent ['Entrée à Conslantinople ei YEntrevae avec Hait/loin de Jérusalem; il les a réalisés dans l'esprit du dessin Scandinave, que nous a rendu familier la célèbre broderie de Bayeux; mais ce n'est, à tout prendre, qu'un pastiche d'époque ; aussi M"" Hansen, plus hardie, n'a-t-elle pas voulu se condamner absolument à ce genre qui pouvait lui paraître factice. Les deux sujets à grandes dimensions signés d'elle, Les vierges sages et la Danse de

Modèle de tapis f.xèi.i te paii les m.vm'f vctiubs réunies hes tapis he Smyk.ne v Berlin

Saiomé sont une sorte de mélange composite auquel manque le sens de l'effet, du style et de la grâce, si bien qu'après ces deux pièces, comme après les vingt-huit autres fleuries de bruyères, d'églantines, de marguerites, de pivoines, de roses néo-archaïques par le pinceau facile de M'T" Hansen, on peut encore citer les quatre compositions légendaires dessinées par Gerhard Munthe et tissées par M"" Barlog, Eide, Schiander, pour l'Union de l'industrie domestique norvégienne que subventionne l'Etat ; on peut même signaler une pièce [dus modeste, Anse, la gardense d'oies, dessinée par le capitaine Paulsen et tissée par M"'? Karen Meidell. professeur à l'école industrielle de M"cs Frisak à Christiania.

Et, pour en terminer, après un exposé si long, avec tous ces ateliers

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nationaux, régionaux ou simplement ruraux, j'ajouterai qu'à les considérer,

en dehors do l'art, au point de vue de leur destination laborieuse et de leur inlhioncc morale, ils sont dignes du plus vif intérêt ; à ce point de vue spécial on doit regretter que la France n'en possède pas l'équivalence. Dans certains d'entre eux. installés à la fois comme centres de travail et connue écoles d'apprentissage, celles des élèves qui savent et qui payent gardent en toute propriété leurs ouvrages, tandis que les non-payantes laissent les leurs à l'atelier. Puis, les hygiénistes s'en étant mêlés, le courant des idées a décidé les dames du monde à se rendre aux conseils de leurs médecins qui leur recommandaient le travail au métier contre les crises de nerfs et généralement contre tous les désordres de santé provoqués par l'ennui. En plusieurs régions, le tissage est ainsi devenu l'industrie curative à la mode. Je ne prétends pas que le grand art en soit beaucoup mieux servi. Moins encore, beaucoup moins que celle de Paris, l'activité textile de Berlin. Scherrebek. Vienne, Buda-Peslh, Christiania. Stockholm. Ilelsingfors etMoscou.se traduit par des résultats supérieurs. Toutefois ce qui n'est pas très bon dans le présent peut devenir excellent pour l'avenir, et si du germe moderniste qui s'est répandu, comme la graine de sénevé sur le monde, devait jamais jaillir une saine efllorescence, ou plus probablement si quelque autre style, mieux assis sur les traditions, venait brusquement à prendre essor, l'un ou l'autre trouverait pour l'interpréter un nombre immense de mains habiles à la pratique du métier. Peut-être alors, s'il lui naissail des peintres capables de comprendre ses besoins et de les respecter dans la confection de parfaits modèles, la tapisserie, si riche, si meublante entre tous les arts du meuble, retrouverait-elle les jours de gloire passée que ses admirateurs regrettent et dont ils souhaitent de tous leurs vœux le plus prompt retour1.

En attendant, les procédés mécaniques travaillent à la remplacer. Parmi les fabricants les plus ardents à rechercher l'accord de l'art et du bon marché dans les tissus décoratifs exécutés à la machine, il faut citer en première ligne M. Leclercq, de Tourcoing. Pendant longtemps, sa maison s'était contentée d'appliquer toutes les ressources techniques dont elle dispose à la

' Je n'ai pas compris parmi les ouvrages textiles les tapisseries au petit point qui ne relèvent pas du tissage, mais de la broderie. L'Exposition ru offre d'importants spécimens : Le plan de Paris, dit de tapisserie, exécuté en 1540, disparu avant la Révolution et reconstitué sur canevas par M»- el M»°Lépine. L'Abandon d'Armide, reproduit d'après unGobelifide Coypel par M»» Reinhardt, ri Têlêmaque dans lu grotte de Calypso, d'après une tenture anci|nne, par M"" Marie Gredde.

reproduction dos petits modèles dont la vente est courante, notamment à des réductions d'après Bouclier. Je m'étais proposé de faire figurer un spécimen de ces réductions, l'Aurore et Céphale, dans le premier article, à côté du même sujet tissé par les Gobelins ; sous cette forme aisément comparative. le lecteur aurait pu constater l'impuissance d'art à laquelle est réduite la

La Fête du Pi;i\ reaps tapisserie lissée lûocauiqucmoul par M. J.-L. Lbclkbcq, 5e Toaxcoîag, d'après le earlon Je ^1- Gmsset,

machine lorsqu'elle se trouve en concurrence artistique avec la main de l'homme. .Mais, en ces derniers temps, la maison Leclereq, essayant de vaincre la routine, s'est désintéressée de ces vieilleries ; elle a commandé deux; modèles à Grasset, Rêve de printemps, à Lionel Péraux une Danse antique au bord de quelque cap Sunium. et. pour la traduction de ces compositions, créées spécialement en vue de la décoration textile, elle se flatte avec la plus juste raison, d'avoir fait donner à ses moyens d'action.

assez limités d'ailleurs, leur maximum de perfection'. Je reconnais que le Iièce de printemps est l'expression la plus accomplie du travail sec, uniforme, froid, triste, égal et monotone, que peuvent produire les bras et le cœur d'acier de la machine; mais, malgré le très grand mérite des

Tapisserie exécutée par M»« C. Kovilzkv, d'après M. Paul IIorti

efforts préparatoires, malgré l'incontestable succès du résultat comme rendu mécanique, les tissus-machine d'après Grasset et Péraux me confirment dans cette vérité que l'Art est un produit humain par excellence, parce qu'il n'est pas seulement la résultante du raisonnement logique, mais du tact infiniment subtil, delà vision infiniment vibrante sous l'action indéfinissable de la toute-puissance imaginative et de la souveraineté des énergies extrasensibles.

' Toutefois, comme en production industrielle, la nécessité de commerce prime l'intérêt d'art. la composition, assez faible d'ailleurs, de Lionel PérauK et celles de Grasset sont conçues sous la l'orme de grands sujets à double compartiment, divisibles en deux petits sujets suivant les besoins du fabricant pour la satisfaction de l'acheteur. Quelle unité de lignes et d'harmonie peuvent présenter des panneaux d'art dont les auteurs ont été soumis à de telles exigences ?

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