TISSUS DE SOIE
En tissage, comme en toute manifestation du travail humain, il n'y a d'oeuvres vraiment artistiques que les œuvres à la main, et, malgré la beauté des tissus-machine de Kioto, des tissus-Jacquard de Lyon, Turin. Adlisweil ou Thalweil en Suisse, malgré la richesse et le jeu métallique des draps d'or
du gouvernement de Tanibow, l'atelier de M"10 Tsehokoloff, du gouvernement de Voroniège, exposent de nombreux produits de leur fabrication dans le pavillon de l'ait paysan russe au Trocadéro ; mais, à côté de dentelles nationales, il nous font revoir les types de toutes les origines connues et c'est surtout pour leurs efforts qu'ils sont dignes d'attention.
de Moscou, ni les uns ni les autres ne relèvenl de notre examen qui d'ailleurs trouverait peud'inlérôl à s'y fixer. A pari la qualité compromise par le truquage des soies et des teintures, à part le prix de revient ainsi diminué, ce qu'ils étaient aux époques passées, ils le sont encore en leur apparence extérieure. Le métier Jacquard eut le rare avantage d'être presque parfait tirs ses débuts et de n'avoir à subir que des améliorations de détail; depuis cenl ans, il fait excellemment l'office auquel le destinait son inventeur, el voilà pourquoi la fabrication n'offre pas de changement.
On aurait pu croire que, débarrassés du souci technique, les fabricants se seraient appliqués avec succès à des rénovations ornementales; mais notre époque n'ayant pas rivé de style donl ils pussent s'accommoder, ils se sont contentés de copier strictement les vieux styles. Pour les étoffes d'appartement, lorsque l'on compare la partie rétrospective de la section et les vitrines des maisons, telles que celles d'Arthur Martin, Bouvard etBurel, Chatel el Tassinari. Lamy el Gautier, on ne croit pas changer de temps; on revoit, répétés dans les vitrines, en tons intentionnellement vieillis et pour ainsi dire traits pour traits, les lampas, les dama-, brocarts el brocatelles dont étaient tendus les salons ou les chambres à coucher de nos arrièrc-grand'mères. En attendant des créations nouvelles, dont M. Henry nous montre un modèle auquel la Chambre de commerce de Lyon a décerne le premier prix du concours de 1899, en attendant aussi le triomphe du modernisme dont MM. Chavent père el lils produisent deux essais dessinés par l'Ecole des Beaux-Arts de Lyon. peut-être était-ce en effet plus sage de s'en tenir aux anciens motifs consacrés par le goût de cinq ou six générations. Grâce à ce rcspecl pour le beau d'autrefois, à défaut du beau d'aujourd'hui, la ville de Lyon, à laquelle les étrangers disputent dans la fabrication de l'uni le premier rang, garde ce rang pour les tissus d'ameublement : elle le garde également dan- la fantaisie pour dames, bien que ses plus saillantes nouveautés soient de simples article- d'exposition, des étoffes à grands bouquets de roses, d iris, de glaïeuls, donl un seul occuperait le pan d'une jupe, dont quelques pétales couvriraient un corsage, et qui, par opposition avec la taille des dames, feraient paraître toutes mignonnettes celles qui s'en pareraient. C'est, à l'égal des rubans démesurément larges qui garnissent les vitrines de Saint-Elienne, du tire-1'o'il d'exposition.
oOO L'ART A L'EXPOSITION HE 1900
De l'ail les tissus de soie, qui se recopient sans progrès, ont le sort com mun à tous les tissus d'art. D'accord avec les observateurs consciencieux et malgré ce qu'en peuvent écrire des critiques pi us lettrés qu'experts, nous avons dû reconnaître que les tapis et les tapisseries qui veulent s'affranchir des anciens styles ne se sont encore manifestés que par une médiocrité notoire ou par une impuissance désespérante. Le même esprit de décadence nous est apparu pour les broderies. Quant aux dentelles, faute de lin, dit-on, faute de dessinateurs inventifs et peut-être même d'excellentes ouvrières, elles sont tout aussi déchues de leur vieille splendeur. En même temps qu'elle a mis en évidence le prodigieux essor des arts mécaniques. l'Exposition, qui clôt le xix" siècle, n'a révélé pour les arts d'imagination que l'indigence créatrice. S'élevant d'un côté, l'intelligence humaine s'abaisse de l'autre et semble ainsi prouver qu'elle ne saurait rester maîtresse de toutes ses forces, se maintenir à tous les sommets, briller de tous les éclats à la fois. Retenue dans les voies positives, sa pensée déserte les sphères de l'idéal et ne sait plus s'abstraire vers la recherche du Beau supérieur. Les tissus d ail eux-mêmes témoignent de ce renoncement.
Fernahd GALMETTES