LA RELIURE
La reliure étrangère, d'abord.
Montrée par un seul pays, l'Angleterre, où elle est traditionnelle et se renouvelle en gardant toujours la même allure sut generis et comme le même air de famille : les reliures anglaises à travers le temps, a-t-on dit, sont les variantes de fruits d'un arbre unique. Elles sont fort incomplètement représentées à l'Exposition : peu d'exposants : Zœhnsdorf montre les décors à fers gras et à fond de pointillé qui sont essentiellement dans la manière anglaise. — envoi très typique et intéressant ; Harslake divise ses reliures en « exécutées par des hommes » et « exécutées par des femmes » : ce côté des hommes, côté des dames, en reliure d'art, est inattendu ; Bagguley, de Newcastle, présente d'élégants décors sur doublures blanches : quelques-uns dus à un français fixé en Angleterre, le dessinateur-graveur Solon. de la manufacture de Sèvres. — Le tout à des prix sterling.
Récemment, la reliure anglaise fut montrée au complet, avec son fort et son faible, dans une exposition faite chez Boussod- Valadon. Remarquable en certaines parties, et d'une saveur étrangère, elle réussit beaucoup. Tout se vendit. Certaines vitrines furent dévalisées. Plus d'un, même, qui ne s'élail jamais occupé de reliure et eût été embarrassé de dire le nom d'un relieur parisien, tint à se signaler par un achat de reliure londonienne. Tout comme aujourd'hui, à l'Exposition, on s'établit homme de goût en niellant sa carte de visile devant un petit pot de Copenhague.
La reliure française.
Splendide ! Art en floraison et en renouvellement complet ; ayant dégagé, pour une époque nouvelle cl des livres nouveaux, une formule nouvelle. Que d'efforts à travers le siècle pour en arriver là ! Combien intéressants à
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suivre, depuis le moment où à la fin du xviu" siècle la reliure française, au plus bas, se reprit pour échapper à la concurrence anglaise et à « l'anglomanie ». Comme, ici, une belle exposition centennale, exclusivement centennale, préparée de loin, poussée à fond, se lût imposée ! Vilrine des reliures de l'Empire, en maroquin rouge à grain long, à décors non d'un grand art, mais d'un style caractérisé. Vitrine des célèbres frères Bozérian et de leurs imitateurs. Vitrine de la Restauration ; reliures d'un aspect tranché, lourdes de décors, admirables de métier: les reliures de Purgoîd, Simier, et -en supposant qu'on soil parvenu à l'établir — la réunion complète des ornements employés dans l'atelier du 1res illustre Thouvenin. Vitrine de la gaufrure et de l'alius de la gaufrure, de la reliure néo-gothique, gothico-romanlique et « à la cathédrale ». Vilrine de la reliure de 1830-48, époque la plus pauvre en idées originales, mais où quelques efforls isolés méritent d'autant plus de ne pas être oubliés qu'ils sont rares. Même, vilrine des reliures industrielles, à plaques illustrées : cette reliure a été franchement nouvelle, cl elle a eu ses chefs-d'œuvre (que dès maintenanl le musée des arts décoratifs se préoccupe de sauver . \ itrine de reliures de bibliophiles, précises et martelées : reliures de l'admirable Rauzonnet, exquises dans leur simplicité ri rehaussées *\i'<
fameux filets o à la Bajizonncl i « filets xix' •>. Vitrine du milieu du siècle,
vilrine de la copie, mais aussi vitrine de la virtuosité : livres précieux que les grands bibliophiles d'alors font restituer dans des reliures copiées d'anciens modèles, eopies par lesquelles m' sont formées des mains de doreurs d'une habileté sans égale cl « 1ère des grands doreurs » depuis ne s'esl point fermée] : dorures d'Ottmann, de Niedrée; el sur les reliures t)r Cape, - le relieur du second Empire, célèbre quoique mou les morceaux d'étourdissante exécution d'un doreur incomparable : Marius Michel père. Vitrine des tentatives de renouvellement faites par un jeune ornemaniste, Rossigneux, sur la commande de la maison Grue] : essais remarquables mais prématurés; ils porteront fruit trente ans plus tard. Vitrine d'un relieur fameux entre tous, aimé des bibliophiles rétrospectifs d'un amour exclusif, du relieur demi-dieu, de Trautz, chevalier de la Légion d'honneur. Vilrine des dorures vigoureuses et flamboyantes de Lortic, chevalier de la Légion d'honneur à l'Exposition de 1878. Vilrine de Cuzin, qui par nécessité, parce qu'il fallait mettre en état les exemplaires exceptionnels îles livres à ligures du xviuc siècle, créa le décor xviii0-xixc' ou « genre Cuzin », puis par nécessité encore, évolua vers
Remure de Maiucs Michel sur n Le Passant ».