‹ L'art à Nancy en 1882Chapitre 4 sur 12 · L’ÉCOLE RÉGIONALE DES BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

L’ÉCOLE RÉGIONALE DES BEAUX-ARTS

L’idée que la plupart se font de l’École régionale des Beaux-Arts est-elle bien celle qui convient? Voilà ce que nous hésitons à croire. Sans doute le temps est passé où les parents poussaient des cris d’effroi quand leurs fils menaçaient de devenir littérateurs ou artistes; mais la dénomination de Beaux-Arts peut prêter à de fausses conjectures sur la destination de l’École et sur les services qu’elle est appelée à rendre.

La création de l’École a été due à la nécessité d’apporter à l’instruction un complément reconnu indispensable, bien plutôt qu’au désir de donner à nos jeunes gens une éducation artistique qui pût leur

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suggérer l’ambition de devenir peintres, sculpteurs ou architectes

Et tout d’abord, fait-on les artistes ? On peut les former peut-être et parfois les guider, mais on ne crée pas de tempérament (i). L’enfant vient au monde artiste , et c’est l’exception quand il ne donne passavant sa dixième année, quelque preuve de ses inclinations naturelles. Aussi l’École des Beaux- Arts n’a-t-elle pas été instituée pour cette rare classe de privilégiés ; elle leur rend néanmoins tous les services qu’elle peut, et, à coup sûr, leur séjour à l’École n’a pas été sans profiter à Friant, à Schiff, à Martin et à Prouvé ; mais il faut voir seulement dans ces artistes de brillantes exceptions et examiner plutôt ce qui se passe pour le plus grand nombre.

L’enfant est admis à l’École des Beaux-Arts vers onze ou douze ans, lorsqu’il a déjà reçu quelques

(i) Jean-Jacques Rousseau dit dans la Nouvelle Héloïse, Ve partie, ch. III : « Chacun apporte en naissant un tempérament

particulier qui détermine son génie et son caractère et qu’il ne s’agit ni de changer ni de contraindre, mais de former et de perfectionner. »

Voir aussi E. Caro, Essais de psychologie sociale. Revue des Deux Mondes du Ier juin i8S3, p. ?2Q et suiv.

notions élémentaires de français, d’histoire et de calcul. On lui met un crayon ou de la terre glaise entre les doigts ; s’il a un peu de goût, ou s’il montre seulement quelque assiduité au travail, il sera bientôt à meme d’entrer chez M. Gallé ou chez M. Majorelle, et trouvera dans les arts décoratifs le moyen d’arriver très jeune à un emploi lucratif. L’École des Beaux-Arts mérite donc, à beaucoup de titres, d’être populaire, puisqu’elle instruit les élèves qui lui ont été confiés, et qu’elle alimente en même temps les ateliers de nos industries d’art ; l’enseignement qui y est donné semble le complément de celui que l’enfant reçoit ailleurs : poursuivant ses études, il fait à l’École, sans en avoir conscience, un apprentissagei qui lui demanderait autrement de longues années, une fois son instruction terminée.

Si, parmi les élèves il s’en trouve qui veuillent se vouer au professorat, ils n’ont qu’à fréquenter plus longtemps l’École ; un cours de l’histoire de l’art, un autre d’anatomie artistique, leur permettront de se présenter aux examens d’agrégation, et d’enseigner, plus tard, le dessin dans nos lycées.

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Tels sont les différents buts que l’École des Beaux- Arts se propose d’atteindre Quand elle a la bonne fortune de rencontrer des sujets exceptionnels, elle développe leur initiative, ou elle en fait des professeurs, ou bien encore elle procure aux jeunes gens, dans un bref délai, des positions très satisfaisantes.

C’est une exposition intéressante que celle des travaux des élèves de l’École ; pour en rehausser l’éclat, le directeur a fait appel aux anciens de l’École qui ont prêté plusieurs œuvres importantes. Schiff a envoyé son propre portrait en relief, le buste de Martin, et une étude faite plus récemment à l’École des Beaux-Arts de Paris. C’est un fort bel ensemble qui dénote des qualités de premier ordre ; si la physionomie spirituelle de Martin n’a peut-être pas été suffisamment détaillée par son camarade, nous devons avouer que Y étude

de berger nous plaît sans réserve ; l’allure est pleine de grâce et de naturel : on croirait voir quelque production de la Renaissance italienne.

La sculpture, ainsi qu’on l’a vu plus haut, ne comptait que deux œuvres au Salon ; le buste de Friant , par Mme Parent des Barres, et celui de M. J. Casse, par M. Johmann. C’est cet artiste qui a succédé à M. Pêtre et l’a remplacé depuis un an dans la direction de la section de modelage. Son nom ne nous est pas d’ailleurs inconnu ; il a exposé en 1877, au Salon de Paris, un beau groupe de Prométhée, et depuis nous avons vu de lui plusieurs bustes très consciencieux. Au reste l’examen des travaux de sculpture en dit plus que toutes les louanges que nous pourrions accorder au jeune professeur. L’exposition de M. Jacquot, est pleine de sérieuses promesses pour l’avenir. Sa Tête de vieillard d’après nature est bien enlevée et tout à fait vivante ; ses copies d’après l’antique témoignent d’un grand soin et nous montrent une pratique déjà très expérimentée.

Les fleurs de M. Lhoste sont d’une légèreté qu’on atteint avec peine dans le modelage. M J. Cari a

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l’imagination vive et compose aisément; remarquons parmi ses maquettes le Saint Sébastien, l’Enfant prodigue ; parmi ses médaillons celui de M. Grosjean le père. M. Weiss est en bon chemin : sa Mort de Priam et Cham chassé indique des aptitudes particulières pour le bas-relief. Les sculptures d’ornement de MM. Thiss et Humbert, et les copies d’après l’antique, de MM. Holderbach etNeuhauser, méritent encore d’etre signalées.

Le Portrait de Martin, par Prouvé, peint sur un tambour de basque, est une œuvre délicate et fine ; il faudra bien cette fois qu’on se rende à l’évidence, et que l’on reconnaisse que Prouvé est un artiste de valeur. Nous retrouvons avec plaisir Martin qui expose de jolis panneaux décoratifs et une bonne étude prise à la campagne; Friant, qui a envoyé l’esquisse de l’Enfant prodigue et un excellent paysage.

Voici pour les anciens ; passons aux nouveaux. Citons les études à l’huile de MM. Hestaux et Uriot; les dessins de MM. Uriot, Arnould, Klein, Bouteiller, Olivier, Neuhauser et Jacquot; les aquarelles de M. Emile Lemoine et parmi celles de

M. Uriot, deux impressions charmantes, le Chat et le Livre.

En résumé l’exposition fait ressortir un enseignement donné avec une méthode nouvelle et qui est appelé, suivant nous, à produire les meilleurs résultats. Il faut en savoir gré à M. Devilly qui dirige ses élèves avec une sollicitude toute paternelle et qui a pris à cœur de placer l’Ecole des Beaux-Arts de Nancy parmi les premières de province.

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