‹ L'art à Nancy en 1882Chapitre 6 sur 12 · ET HOLLANDAISE · texte numérisé non relu

ET HOLLANDAISE

Si Ton excepte deux Pâturages de Rosa de Tivoli et une belle œuvre espagnole du XVIIIe siècle, le Mariage mystique, les autres toiles se répartissent entre les écoles française, flamande et hollandaise.

La collection, telle qu’elle avait été léguée par M. Poirel, ne contenait comme tableaux français que deux Paysages assez médiocres de Joseph Vernet ; encore ne paraissaient-ils pas suffisamment authentiques, et avait-on dû se borner à une simple attribution. M. Devilly ayant aperçu chez madame Poirel, la Résurrection de Lazare, fut frappé de la beauté du tableau ; il s’avisa de faire observer que notre école nationale de peinture faisait bien pâle figure à côté des œuvres italiennes si nombreuses, et c’est ainsi qu’il parvint à procurer au musée de Nancy la précieuse esquisse de Jean Jouvenet. Le

tableau se trouve au Louvre (1) et les personnages sont de grandeur naturelle; toutefois la composition a perdu de son charme à être agrandie.

Stradanus dans son Chemin de la Croix, Breughel dans sa Marine et son Paysage, nous montrent les commencements de l’École flamande. La Tête entourée d'une guirlande de Seghers appartient aussi à la même école ; mais elle n’attire guère que par les fleurs qui sont d'une belle couleur, quoique traitées un peu minutieusement.

Un Paysage de Breenberg, un tableau de genre de Laar (dit Bamboche) feraient mal valoir l’École hollandaise, si Rembrandt n’avait pas ici la copie d’une de ses meilleures pages; le Portrait de Rem brandt par lui-même est intéressant à plus d’un titre. Souvent le peintre s’est plu à se représenter, et nous avons rencontré mainte fois son image dans les galeries de l’Europe; à Florence, au palais Pitti , nous le voyons jeune et débutant

(1) « Il se recommande surtout par des traits hardis, une ordonnance magistrale, et une étonnante facilité d’exécution ». G. Berger, l 'Ecole française de peinture , Paris, Hachette, 1878, page 352.

dans la carrière ; à Londres, nous le retrouvons vieux et fatigué par ses nombreux travaux. Le portrait de la collection Poirel est encore postérieur à celui-ci, et nous avons tout lieu de penser qu’il doit être la copie d’une des dernières œuvres de l’artiste. Chose bizarre dans la vie de Rembrandt ! Chacun de ces portraits marque une étape différente parcourue par son talent ; chacun nous montre une facture nouvelle et un Rembrandt différent. La manière va s’élargissant de plus en plus, et la touche devient toujours plus audacieuse. Dans notre portrait, la lumière concentrée et intense se joue en reflets argentins sur la face ridée et sur les habits du vieux maître ; c’est un morceau tout à fait artistique qui contribuera à faire de la galerie Poirel une salle d’études ou les artistes et les élèves de l’École des Beaux-arts viendront puiser les éléments d’un enseignement précieux.

Page 1