‹ L'art à Nancy en 1882Chapitre 9 sur 12 · MM. JULES ET LÉON VOIRIN · texte numérisé non relu

MM. JULES ET LÉON VOIRIN

Ne croirait-on pas, en regardant les tableaux de MM. Jules et Léon Voirin, que les deux artistes arrivent du premier coup, par le seul fait de l’observation, à composer et à peindre les charmantes scènes qu’ils nous représentent ? Le travail, l’effort se sentent si peu dans leurs oeuvres, qu’on est tenté de croire qu’ils se sont bornés à observer et à copier ce qu’ils avaient sous les yeux. Rendre la vie, le mouvement, tel est en effet l’idéal des deux artistes, le but qu’ils se proposent d’atteindre ; ils y parviennent ; mais il s’en faut que ces tableaux si naturels et si vrais ne coûtent aucune peine à leurs auteurs. Entre la conception première

et l'exécution définitive, il y a une étape longue et pénible. C'est cette route qu’il nous a semblé curieux d'explorer aujourd’hui et de parcourir avec les deux artistes, car ils ont écrit, ou plutôt dessiné, l’histoire de leurs œuvres dans une série de cahiers fort curieux.

Par une faveur toute spéciale, et bien digne de notre' gratitude, MM. Voirin ont consenti à nous confier deux des albums où ils ont tracé, depuis longtemps, sans doute, leurs impressions et leurs premiers projets ; nous les avons regardés en détail et cet examen nous a permis d’établir à peu près les phases successives par lesquelles passe chacune de leurs œuvres, en un mot, d’expliquer comment la pensée devient tableau.

Une idée se présente-elle à leur esprit, vite ils la notent vague, confuse, obscure; un peu après, ils la reprennent, la modifient, la mettent au point. Une fois la composition générale arrêtée, ils abordent les détails : chaque groupe, chaque personnage, chaque être nécessite une nouvelle étude qui se traduit par une foule de croquis. Nous ne saurions

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dire toutes les pense'es charmantes, tous les sujets nouveaux et bien modernes, tous les petits drames habilement imaginés qui se rencontrent à chaque page ; et, ce qui ajoute encore à battrait de ces compositions, elles se suivent pêle-mêle, sans ordre ; les motifs les plus différents se trouvent réunis sur la meme feuille.

On nous permettra une comparaison qui prouve bien les relations constantes et les ressemblances que la Musique offre avec les Beaux-Arts. Il nous a été donné une fois d'entendre M. Hess se livrer à quelques délicieuses improvisations : ne suivant que le caprice de sa muse, le pianiste semblait s’abandonner à son instrument, et en tirait des sons qui ravissaient ceux-là mêmes qui se montrent d’ordinaire les plus rebelles à la musique. Nous admirions, nous étions sous le charme !

Les albums de MM. Voirin nous ont fait ressouvenir de cette heureuse soirée ; comme le musicien, les deux artistes n’obéissent qu’à leur propre inspiration, et se laissent aller à la libre fantaisie de leur imagination ; comme lui, ils nous séduisent et, à notre insu, ils nous forcent à les suivre partout

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où leur humeur les guide, partout où leur crayon les mène.

Comment décrire ces albums étonnants ? Ici, c’est un essai, plus loin une hésitation ou un repentir ; là, c’est une crainte, et tout à côté une audace. Que d’ébauches faites en un clin d’œil, que d’esquisses lestement enlevées ! Celles-ci ont été reprises, retravaillées, il ne reste guère qu’à les agrandir et à les transporter sur la toile ; celles-là, au contraire, sont à peine indiquées, et c’est un vrai régal pour le connaisseur de sentir sous un dessin d’apparence informe, les mille intentions de l’artiste, de deviner, dans quelques traits, le tableau dont il verra à la page suivante le plan définitif et précis. Que de variétés aussi dans le procédé et la facture ! Les artistes emploient tour à tour le crayon, la plume ou la couleur à l’eau ; dans ce dernier genre surtout, ils réussissent d’une façon singulière : leurs aquarelles sont lavées si légèrement, le coloris en est si fin, si distingué, qu’elles peuvent être comparées à certaines productions de Détaillé et de Neuville. C’est en regardant ces études charmantes, que des amateurs éclairés ont

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engagé MM. Voirin à s’adonner sérieusement à l’aquarelle et à cultiver un genre très difficile, mais pour lequel ils ont des aptitudes marquées. Nous ne saurions qu’approuver un tel conseil ; si les albums de MM. Voirin révèlent à quels travaux préparatoires les oblige le moindre tableau, ils démontrent en même temps que ces deux artistes, déjà connus comme peintres, méritent également d’être classés parmi les aquarellistes de talent

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