‹ L'art à ParisChapitre 10 sur 39 · Id · texte numérisé non relu

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concours et exhibitions ne tardèrent pas à devenir de simples affaires de clientèle, de caste et d’école pour les protégés, de simples occasions pour les protecteurs de déployer leur faste et leur puissance ; la foule fît la haie et battit encore des mains quelquefois, elle ne donna plus l’inspiration, elle devint même peu à peu incapable de la ressentir. C’est alors que le Panthéon d’Agrippa, dépouillé de ses bronzes et couronné de nouvelles oreilles de Midas, ouvrit à deux battants ses portes aux compositions lourdement machinées du dix-septième siècle, qu’on prit pour des chefs-d’œuvre; c’est alors que Mansart persuada au roi Soleil comme quoi peinture et sculpture pourraient bien, à titre de nébuleuses éloignées, réclamer une place dans son système planétaire, et consteller les lambris du Louvre. Princes et cardinaux à Rome, ducs et marquis à Paris, se donnèrent l’air de s’y connaître; ils prirent même quelque goût à émietter aux muses officielles le salaire des eunuques de la chapelle Sixtine et des favorites de Versailles. Mais que faisait, pendant ce temps-là, le peuple ? Où était-il? A Rome, il s’amusait à voir rouler dans un tonneau le juif1, cette dégénérescence des changeurs qui avaient jadis rajeuni le monde ; à Paris il donnait la chasse au huguenot, ce type vivant de la bourgeoisie, qui allait être bannie du royaume, sauf à laisser derrière elle des métiers abandonnés et des coffres vides. Pour assainir cette

1. Voirie poème populaire de Aleo Patacca, illustré parPinelli.

l’art a paris.

atmosphère chargée de miasmes, pour renouveler ce milieu vicié et irrespirable, il ne fallait rien moins qu’une tempête ; et la révolution parut à l’horizon.

Or, par quelle suite de vicissitudes, par quelle série de combinaisons heureuses, le Beau et l’Utile parvinrent-ils encore à se rencontrer ? Par quelle heureuse entente de leurs intérêts mutuels en vinrent-ils, non seulement à se serrer la main comme jadis, mais aussi, ce qui ne s’était pas encore vu, à se loger ensemble? C’est ce que je veux bien laisser au lecteur la joie de découvrir tout seul ; et je ne pense pas que la recherche ait lieu de lui paraître trop ardue, ni la tâche trop lourde. Il n’a qu’à tourner son attention vers deux ordres de faits bien saillants, que je résume par deux propositions bien simples : la première, c’est que l’art, une fois rendu aux mains du peuple, ne pouvait moins faire que de se confédérer encore une fois avec le travail ; la seconde, c’est que, une fois le travail admis ou plutôt rappelé à former le coefficient le plus essentiel, le plus considérable de l’Etat, l’art devait naturellement s’estimer trop heureux de partager avec lui dangers, gloire et triomphes.

Certes, à n’en croire que la chronologie toute seule, en se passant des lumières de la critique, l’Italie aurait bien quelques droits à faire valoir à la priorité, même sur ce point et vis-à-vis des temps modernes. Elle pourrait, sur la foi* des catalogues, citer maintes Expositions réunies d’industrie et de beaux-arts, maints essais faits à Turin au

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commencement de ce siècle, et quelques dizaines d’années plus tard à Milan, à Venise, et à Florence1. Mais soyons francs. Ce mariage de l’art et de l’industrie n’était pas trop un mariage d’inclination, il était plutôt du nombre de ceux que la pauvreté fait éclore. Chez d’autres nations au contraire, venues un peu plus tard par ordre de date, l’impulsion fut donnée par leur production exubérante, par le trop-plein de leur richesse. 11 n’y aurait que vanterie puérile à revendiquer ce qu’il pouvait y avoir de fécond dans des germes que leur petitesse a fait passer presque inaperçus, visà-vis d’Expositions nées géantes, telles que celles de Londres, de Paris, de Vienne, de Philadelphie. Mieux vaut s’appliquer à démêler ce qu’il y a de sain et de vraiment viable d’avec ce qu’il pourrait y avoir d’hybride et d’éphémère dans l’organisation de ces colosses.

Notre temps ne manque pas d’esprits maussades, qui, soit par amour sincère d’un idéal déjà effacé aux horizons les plus lointains de l’histoire, soit par fidélité au système de Tartufe, maugréant sur les biens de cette terre qu’il prétend monopoliser à son profit, se donnent des airs de scandalisés au sujet des Expositions modernes. Ce sont là, à les entendre, les saturnales de la matière ; et le moindre des reproches qu’ils leur adressent, c’est de

1. La première Exposition réunie d’art et industrie, en Italie, a eu lieu à Turin en 1805. Vinrent après les Expositions biennales de Milan et de Venise. A Florence l’art et l’industrie du Royaume récemment constitué ont tenu assez dignement leurs premières assises en 18GI.

commettre une sorte de profanation en rangeant côte à côte et, qui pis est, en entremêlant les unes aux autres, les créations de l’atelier avec les produits de l’usine industrielle. Quant à nous, nous sommes de notre temps, et nous voulons en être. Nous ne pensons pas que fermer les yeux et enfouir la tête, comme des enfants peureux, sous les draps, ni que s’égosiller comme des possédés, soit le bon moyen pour faire abandonner au monde ses voies, ni même que les voies qu’il suit mènent à l’abîme ; ce n’est pas nous, tant s’en faut, qui voudrions pour quelques péchés véniels demander la mort du pécheur. Le travail mécanique, ce frère aîné de l’art, a toujours vécu à ses côtés ; il lui a souvent donné d’excellents conseils; ce n’est pas l’industrie, après tout, ce n’est pas le commerce, c’est moins que jamais le travail, qui empoisonne de nos jours le monde, quoiqu’un des poisons les plus funestes qui coulent dans ses veines, l’agiotage, se dissimule souvent et tour à tour sous leurs apparences. En se refusant d’ailleurs à reconnaître ce qui existe, on n’est jamais parvenu et on ne parviendra jamais à rien créer de viable.

Depuis plus de trente ans, nous avons vu l’art tenter sous nos yeux mêmes des efforts surhumains pour se rejeter en arrière, aux bras de la foi ; nous l’avons vu plus tard redescendre, triste et pensif, les hauteurs du Golgotha, méditer d’autres mythes, frapper aux portes solennelles des Facultés, se draper dans la toge de tel et tel philosophe ; nous l’avons vu transcrire sur des toiles et des murailles

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immenses les thèses les plus compliquées et les plus abstruses, et les quitter ensuite, l’air plus sombre et plus découragé que jamais. Tous ces essais-là nous les avons suivis avec intérêt, avec respect, tant qu’ils ont été sincères ; nous pensons meme que ce n’est pas sans profit que l’art a passé par là. Mais nous sommes tout aussi fermement convaincus qu’il doit chercher sa place parmi les vivants, parmi les travailleurs même; qu’il doit partager, lui aussi, les émotions de la vie et du travail qui l’entourent. Nous ne croyons pas que le cloître ni l’Université puissent disputer à Tusine son droit. Dans ces domaines de l’art, où chaque institution sociale, à son heure, vient demander ses entrées et projeter son image, l’usine à son tour est appelée à faire paraître un reflet de ses foyers.

Est-il bien vrai, après tout, qu’on ne puisse rapprocher les œuvres de l’art des produits de l’industrie sans les subordonner à un maître, sans en faire en quelque sorte l’humble cortège d’une puissance rivale ? Franchement, nous ne le pensons pas. S’il y a des raisons pour craindre, et il n’y en a malheureusement que trop, une déchéance de jour en jour plus rapide des droits du Beau vis-à-vis des empiètements de l’ Utile, ce n’est pas dans un rapprochement fortuit et transitoire qu’il faut en chercher les causes ; la communauté de demeure, loin d’établir une sujétion quelconque, n’impliquerait tout au plus qu’égalité. C’est dans un ordre de faits bien plus

grave, bien plus profond, bien plus intimement lié à la constitution même des sociétés modernes, qu’il faut chercher la racine du mal.

Il faut s’en prendre d’abord à l’esprit même de notre époque, une des moins organiques peut-être, et sans contredit une des plus critiques d’entre toutes celles que l’histoire nous présente ; puis à une foule de causes morales, dont la portée ne saurait échapper aux moins clairvoyants. Nous voyons s’effacer de jour en jour ces grandes et nobles idéalités, où l’âme humaine se reposait jadis avec une foi entière, fervente, illimitée, goûtait le calme après les orages, et trouvait une pâture toujours prête pour les facultés de l’imagination, une impulsion puissante pour toutes les facultés créatrices. Les conceptions nouvelles de la science, ces universaux, par lesquels elle est en train de remplacer les anciennes cosmogonies et les anciens mythes, sont trop imparfaits encore, trop incohérents, trop rudimentaires, pour ne pas ressembler à un terrain de lutte bien plus qu’à un asile de paix ; pour ne pas fournir plus d’excitation à la controverse que d’apaisement à l’esprit. La variété et le pittoresque des anciennes pratiques et des anciennes coutumes ont disparu sous un seul niveau ; les traditions ont été dispersées, on n’a plus que faire de ces dehors somptueux, à qui jadis même les démocraties les plus radicales ne dédaignaient pas d’avoir recours, pour en faire rejaillir le prestige sur l’exercice du pouvoir, et pour donner aux fastes de la vie publique l’éclat

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d’une magnificence incomparable. Toutes les hiérarchies et tous les privilèges ont été remplacés par cette hiérarchie et par ce privilège unique de la fortune, qui n’entraîne nécessairement à sa suite ni la splendeur des souvenirs de race, ni la pureté du goût, ni le charme des mœurs courtoises. Toutes les cupidités se tournant vers ce seul but, les couches sociales sont mouvantes comme la mer, les familles se désagrègent ; la mobilité des fortunes, emportées par un tourbillon aussi rapide que la pensée, pousse souvent au sommet de l’échelle les natures les moins propres à jouir des voluptés de l’intelligence, et fait souvent aussi retomber leurs lignées dans le néant, avant qu’elles aient eu le temps de faire leur éducation de grands seigneurs. N’y a-t-il pas dans toutes ces causes morales, et dans tous les phénomènes secondaires qui en découlent, plus qu’il n’én faut pour expliquer cette sorte d’appauvrissement, d’isolement, d’abandon partiel où l’art paraît être malheureusement tombé , sans qu’il soit nécessaire d’en rejeter la faute sur le contact avec l’industrie, contact, du reste, que les Expositions se bornent à constater plutôt qu’elles ne l’engendrent?

On ne songe peut-être pas assez à ceci, que l’art perdrait encore de ce peu de vogue, de réputation et d’achalandage qui lui reste, si l’industrie, en sœur puissante et riche, ne lui faisait dans ses palais et à ses côtés un peu de place. Mais il n’est pas vrai non plus que la contiguïté lui fasse tort. Ce n’est pas le retentissement grandiose du chan-

l’art a paris.

tier, c’est la folle rumeur des Bourses qui l’étourdit; ce n’est pas l’émulation de l’ouvrier, c’est l’apathie du riche qui le tue. Il y a, au contraire, dans le spectacle même du travail, dans la grande voix des machines en mouvement, dans la présence mystérieuse du génie qui les a conçues, de la force qui les met en branle, de cette nécessité qui les pousse à un combat de tous les instants contre la résistance aveugle et inerte de la matière, quelque chose de sain, de mâle, de rude, si l’on veut, où l’âme humaine se retrempe, se raffermit, se dilate; quelque chose que tous les grands artistes ont aimé , que Léonard de Vinci recherchait, que Michel-Ange ne repousserait guère. Quelle est, après tout, la frontière entre les deux domaines? Est-ce que l’ingéniosité de l’artisan n’a pas suggéré plus d’une fois quelque aperçu nouveau à l’esprit de l’artiste ? Est-ce que jadis leur point de départ n’était pas souvent le même? Est-ce qu’ils ne se rencontraient pas souvent dans les mêmes épreuves, dans les mêmes anxiétés, dans les mêmes angoisses, dans les joies et dans les tourments, obscurs ou glorieux, de la vie ? Observer, méditer, agir ; leur devise n’était-elle pas la même? Certes il doit s’estimer heureux, celui qui travaille au fond de la vallée, de pouvoir de temps en temps lever ses regards vers les hauteurs, de pouvoir respirer de temps en temps quelques bouffées de cet air plus pur et plus élastique qu’elles lui envoient ; mais, disons-le avec autant de franchise, même pour celui qui travaille sur les sommets,

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il n’est guère inutile de quitter de temps à autre le milieu subtil où se dresse son ermitage, et de descendre se retremper au souffle puissant de la grande communauté humaine.

L’art, ai-je dit, s’est appauvri; et au mot qui vient de s’échapper de ma plume il faut donner une signification plutôt économique que morale ; lart est pauvre. La marche de la science, les progrès gigantesques de la viabilité, les victoires chaque jour plus nombreuse? que l’esprit remporte sur la matière, tous les succès et tous les fastes du siècle où nous vivons, n’ont pas trop ajouté au bien-être des artistes; ils n’ont guère amélioré le sort de l’art, cet enfant perdu de la Mémoire. Sans le peu d’hospitalité que l’industrie daigne lui accorder de temps à autre, où trouverait-il l’opportunité et le moyen de se reconnaître lui-même, de se posséder, pour ainsi dire, dans toutes ses manifestations, et en même temps de jeter un coup d’œil, quelque rapide qu’il soit, sur le côté pittoresque et plastique du monde entier ? Les Expositions universelles, ces revues à proportions colossales, sont désormais pour l’art le seul terrain où la connaissance entière de soi-même puisse lui être acquise. L’individualité des écoles, en effet, quelque pâlie qu’elle puisse paraître, est loin d’être dissipée ; il y a, au contraire, dans la comparaison que la présence simultanée d’œuvres et d’artistes de tout pays à ces rendez-vous universels permet d’établir, une occasion excellente de combler les lacunes et de mettre en commun les

progrès accomplis. 11 y a là aussi une excellente occasion de faire connaissance avec tous les pays du monde. Où trouver, en effet, pour l’artiste, si ce n’est en parcourant le monde d’un bout à l’autre, un terrain qui prête davantage à se former une idée relativement complète des régions, des races, des mœurs sous toutes les latitudes, et aussi bien des âges les plus reculés que des événements les plus actuels, depuis la révolution d’hier jusqu’à la station lacustre d’il y a dix mille ans?

Il s’opère d’ailleurs dans ces grandes agglomérations un phénomène moral, qui n’est pas sans avoir son pendant dans un phénomène physique des plus curieux. On sait que deux liquides d’une densité et d’unerSubstance différentes étant juxtaposés et séparés seulement par un diaphragme, ne tardent pas à engendrer deux courants de vélocité et de portée différente. L’un reçoit plus, l’autre moins qu’il ne donne ; et tous les deux se trouvent bientôt transformés soit dans leur volume, soit dans leur matière. Or, mettons les produits de l’industrie à côté de ceux des arts libéraux, ayons soin que de côté et d’autre il n’y ait pas une seule race ni un seul pays enjeu, mais qu’au contraire toutes les races et tous les pays soient représentés autant que possible ; et nous ne tarderons pas à être témoins d’un phénomène analogue, d’une transformation qui va graduellement s’établir, en vertu de l’attraction mutuelle. Nous verrons, en un mot, pour emprunter aux sciences physiques leur nomenclature, se pro-

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duire une endosmose et une exosmose morales des plus saisissantes.

Je vais tâcher d’expliquer ma pensée par un exemple. Il y a chez les peuples les plus avancés dans le travail manuel, chez ceux qui ont recours aux instruments les plus parfaits et aux théories les plus savantes, un penchant assez manifeste à chercher l’utilité pratique aux dépens, s’il le faut, de la forme. Il y a, au contraire, chez les peuples moins familiers avec l’usage des machines, et plus fidèles à l’habileté primitive de la main, une fraîcheur d’instinct, une fleur de fantaisie et de poésie, pour ainsi dire, dont le parfum se retrouve jusque dans leurs ouvrages manuels, se répand dans les grâces de la ligne, et éclate dans les harmonies de la couleur. Or, entre ces deux races différentes, entre ces deux différentes familles de producteurs, faisons place pour un instant à l’artiste, au citoyen de tous les mondes, ou plutôt du monde unique de l’idéal : faisons place aux œuvres savantes de l’architecture, de la peinture et de la sculpture ; et nous verrons ce qui va en advenir. L’industrie des peuples les pl us avancés, très savante quant aux engins mécaniques de la production, mais aussi fort souvent entachée de négligence ou d’une bizarrerie de mauvais goût dans la forme des produits, va se trouver traversée, pénétrée peu à peu par un sentiment plus délicat, plus fin, plus correct. L’art illustre et solennel, de son côté, ne saurait guère en remontrer aux peuples privilégiés de la nature

et de l’instinct; loin de là, c’est lui qui va leur emprunter, en cachette et sournoisement s’i 1 le faut, un certain philtre d’amour et de jouvence qui lui convient fort ; car ce philtre-là va lui faire retrouver sous les rides et sous le fard quelque chose du sourire et des charmes ingénus de jadis. Faut-il maintenant en venir aux noms propres ? Il n’y a que l’embarras du choix. Voilà l’ébéniste anglais, qui emprunte aux nobles architectures de M. Barry et au magnifique portefeuille d’ornements de M. Jones une certaine tournure élégante qui lui manquait; et voici MM. Jones et Barry eux-mêmes, qui n’ont garde de refuser une donnée spirituelle, quand même elle leur viendrait d’un vase du Japon ou d’un paravent chinois.

Je laisse donc les lamentations d’emprunt à ces pleureuses vénales, qui ont pour habitude de n’entonner d autre chant que celui des funérailles, par cette raison peut-être, que de leur vie épuisée et inféconde il ne leur reste plus rien à attendre ; et je me plais à dire tout haut que j’ai salué avec une joie sincère et considéré avec une admiration profonde ce grand événementqui s’est appelé l’Exposition de Paris. Je ne m’arrête guère à remarquer, après tant d’autres, qu’elle a dépassé en grandeur et en magnificence toutes celles qui l’avaient précédée ; car de notre temps, c’est là ce qui arrive à peu près de toutes les choses du lendemain vis-àvis de celles de la veille ; il y a un titre d’honneur bien plus considérable que je tiens à revendiquer pour elle. Les Expositions précédentes avaient, les

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unes après les autres, apporté, réuni, accumulé les témoignages de tout ce que les arts mécaniques et libéraux, de tout ce que le travail manuel, l’architecture, la sculpture, et la peinture, pouvaient produire de plus susceptible d’orner, d’enrichir et d’agrandir les horizons de la vie; l’Exposition de Paris seule a pris sur elle de nous offrir un coup d’essai, et en meme temps un coup de maître, d’un art tout à fait nouveau, de l’art de renaître à la vie. Seule l’Exposition de Paris nous a offert ce chef-d’œuvre colossal, non pas fait à la mesure chétive d’un homme, mais formé pour ainsi dire sur la membrure gigantesque de tout un peuple; cette merveille qui s’est appelée, qui s’appelle — Paris. Si vous m’en croyez, ami lecteur, c’est de Paris qu’il faut prendre l’essor, avant de se lancer au milieu des ichnographies, des statues et des tableaux. Et je gage que plus d’une fois vous vous surprendrez à murmurer tout seul et tout bas ce que le doge de Gênes disait jadis à Versailles : Ce qui me surprend le plus, c’est d’y être 1.

1. Telle est la réponse que le doge Imperiali, amené à Versailles d’une façon assez cavalière par Louis XIV, donna avec cette fierté calme qui est tout à fait génoise, aux courtisans qui prétendaient arracher de leur prisonnier des cris d’admiration. Le mot ne s’applique guère ici qu’à la surprise dont tout visiteur européen ne pouvait manquer d’être saisi vis-à-vis de Paris, surgissant plus beau et plus fier de ses ruines.

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