‹ L'art à ParisChapitre 9 sur 39 · Cellini, Autobiographie · texte numérisé non relu

Cellini, Autobiographie

l’art a paris.

mer ( ondese onze de azuro ) que la Sérénissime République lui a accordées pour peindre ses ciels 1 ; mais parlez-lui d’exposer là-haut, entre une caisse d’indigo et un sac de poivre, son saint Pierre martyr ou son Assomption : il vous rira au nez.

Lorsqu’on suit la marche des temps depuis le seizième siècle , on ne tarde pas à s’apercevoir qu’à mesure que l'on descend vers les sombres régions de la décadence, en raison même de l’abaissement que l’art subit dans sa valeur véritable, sa morgue augmente, ses exhibitions empruntent au goût de l’époque un caractère de plus en plus fastueux, quelque chose de vaniteux et de factice qui les écarte de plus en plus de ce que la vie a de sain, de vigoureux et de sincère. Du temps de Michel-Ange et de Léonard, Florence avait donné pour théâtre à leur joute de géants, au fameux concours des cartons2, le siège même de la souveraineté, cette superbe salle des Cinq- Cents, que Savonarole avait fait bâtir pour la Seigneurie , par le Cronaca 3. Des âmes fortement trempées, où la patrie avait encore un culte, de nobles cœurs que l’art pour le moins faisait encore vibrer, avaient trouvé là l’aiguillon d’une émulation salutaire et féconde. Mais, dès que le patriotisme se fut pris à sommeiller, dès que l’art eut rentré sa tête sous la carapace dorée des académies,

1. On peut voir le reçu de la main du Titien lui-même aux Archives des Frari , à Venise.

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