M. Ferdinand Duval
INTRODUCTION
contents du moderne Aventin. Mais l’ingénieux patricien aurait plutôt cette considération-ci à leur soumettre, au point de vue de l’amélioration des classes populaires et comme signe du temps : c’est que, pour la première fois peut-être, une aussi grande libéralité ne prend pas son point de mire sur les hauteurs de la science, mais se tourne en bas, vers les vastes étendues de l’instruction primaire.
Tous, tant que nous sommes, enfants de la race latine. Français aussi bien qu’italiens, nous sommes enclins à préférer ce qui brille, même dans les études; les sommets nous fascinent; c’est surtout aux travaux exceptionnels, à ces recherches exquises et élevées, où la pensée humaine semble donner toute la mesure de sa puissance, que nous prodiguons volontiers notre admiration et notre argent. Ici même, à deux pas du réservoir de Montsouris, au milieu du vert foncé des marronniers, je ne sais quel édifice gracieux et bizarre étale sa Loggia mozarabe entre deux petites coupoles mauresques étincelantes d’or et de couleur. Vous penseriez y trouver un Bey ou un Pacha entouré de ses odalisques ; c’est une compagnie de savants que vous y trouvez, des météorologues et des chimistes, qui ont porté l’art de l’observation à son apogée. Ils torturent, pour ainsi dire, l’air et la lumière, et grâce à des engins d’une ingéniosité incomparable, ils parviennent à leur faire avouer et écrire tous leurs secrets. Température de chaque couche et de chaque zone de l’air, selon qu’elle est plutôt hu- I. 4
mide que sèche, plutôt élevée qu’à fleur de terre ; poids et tension des vapeurs, transformation des eaux météoriques, variations électriques, nature et quantité des gaz et des corpuscules organiques flottants dans le tourbillon de poussière impalpable que dore un rayon de soleil : tout est là; tout y est constaté, décrit, enregistré. Et vous sortez de ce laboratoire étrange l’âme remplie d’un sentiment qui tient de la vénération ; d’une vénération qui n’est guère puérile, car là-dedans, ne serait-ce que par la recherche des microzoaires, on est en train de mûrir les germes des découvertes les plus précieuses pour la santé du genre humain. Mais, lorsque vous descendez pensif, à travers un quartier écarté et pauvre, ne partageant pas même à un degré minime les plaisirs, les aises et les conforts du centre, vous vous surprenez à rêver à cette idée de poète, que la terre produit des habitants qui lui ressemblent,
Simili a sè gli abitator produce 1 ;
si bien que, si vous voulez faire en sorte que les opinions et les sentiments de tout le monde s’harmonisent entre eux autant que possible, il vous faut autant que possible mitiger les disparités du sort, et assimiler avant tout le milieu moral où tous, côte à côte, nous sommes appelés à respirer et à vivre. Ce n’est pas alors sans un mouvement de satisfaction et une sensation d’apaisement qu’il vous