‹ L'art à ParisChapitre 16 sur 39 · Arioste · texte numérisé non relu

Arioste

INTRODUCTION

arrive de mettre le pied dans une petite rue où vous lisez au tournant ce grand nom : Rue (T Alésia; et où le seul édifice public que vous rencontrez est une petite école d’enfants, toute fraîche éclose, et appelée à soutenir à elle seule la responsabilité et le périlleux honneur de ce baptême1. C’est là, à la vérité, une petite école bien simple et bien modeste. Et cependant vous êtes heureux de vous dire qu’elle a été bâtie avec infiniment de soin et de prévoyance dans tous ses détails par un architecte en renom; qu’elle n’est qu’une petite fraction d’un de ces nouveaux groupes scolaires , au profit desquels la Ville vient d’allouer cette somme de dix-huit millions dont nous parlions tout à l’heure; et qu’enfin ces groupes-là vont bientôt offrir le bienfait de l’instruction à 68,000 enfants, pour lesquels, il y a sept ans, la place manquait.

Vous vous dites aussi que l’instruction y sera gratuite pour tout le monde ; que, sous les auspices d’un gouvernementlibéral, elle sera laïque; qu’elle embrassera, comme le ministre vient sagement de l’arrêter, les rudiments du dessin ; que peut-être aussi — et il en serait temps — un peu de gymnastique ne tardera pas à y paraître ; que ce mouvement civilisateur, enfin, est en train de se propager dans toutes les communes de France, au profit desquelles les grandes Assemblées politiques, avant de promulguer en principe que l'instruction serait obligatoire, ont eu le bon sens de voter

1. On sait qu’ Alésia ou Alise fut le dernier rempart de l’indépendance des Gaules contre la conquête romaine.

l’art a paris.

soixante millions de subsides et soixante millions d’emprunt, à être appliqués jusqu’au dernier écu à la construction d’écoles nouvelles. Alors, quelque rigide que vous vouliez vous faire, quelque envie que xous ayez de prendre des airs de Caton, vous ne pouvez vous empêcher de vous réconcilier avec les douceurs de cette terre « facile, agréable et pleine de charmes » — molle , fresca e dilettosa — qui sait retrouver de temps à autre de pareilles énergies. Vous appréciez alors sans réserve la munificence dont le ministre vient de faire preuve envers les hautes études et les arts libéraux 1 ; vous êtes heureux de voir les manufactures nationales de Sèvres et des Gobelins protégées, réorganisées, enrichies de collections et d’enseignements, le Conservatoire maintenu dans les traditions magnifiques de ces concerts qui vous remplissent l’âme de la volupté la plus suave, l’Académie des Beaux-Arts représentée par un esprit délicat, familier avec tout ce qu’ont de plus exquis les finesses du pinceau, du burin et de la plume 2, la Bibliothèque nationale de mieux en mieux ordonnée grâce au concours du savant illustre qui la dirige 3, et son

1. La munificence aussi bien que la courtoisie française n’auraient pu avoir pendant l’Exposition de plus nobles représentants que MM. Teisserenc de Bort, ministre de l’agriculture et du commerce, et Bardoux, ministre de l’instruction publique. C’est à ce dernier qu’il est fait allusion ici, comme, un peu plus loin, à son confrère et à M. Jules Simon, pour qui l’auteur de ce livre professait déjà une affection respectueuse de disciple à maître, avant d’avoir eu l’honneur de lui serrer la main.

Page 1