‹ L'art à ParisChapitre 6 sur 39 · Suét., VI · texte numérisé non relu

Suét., VI

INTRODUCTION

de maîtres-maçons, de sculpteurs, d’imagiers d’une part, de drapiers, de verriers, de potiers, de marchands, de changeurs de l’autre, comme une sorte de communauté tacite, une espèce de parenté spirituelle. Les produits se rencontrent, s'cntr’aident, s’il le faut; ils se coudoient presque toujours ; mais on ne les voit presque jamais s’entremêler dans une même montre. L’art a sa place à l’Hôtel de Ville, au cloître, à la cathédrale ; le travail va camper au champ de foire.

C’était là une époque bien pittoresque sans doute, mais bien rudimentaire aussi, aux yeux de l’économiste, que celle où, depuis Hurdwar jusqu’à Nijni-Novgorod, depuis Leipsick jusqu’à Beaucaire, depuis Kiashta jusqu’à Sinigallia1, quelques centres nerveux, parsemés, pour ainsi dire, dans l’immense carcasse de l’Europe féodale, se transformaient à jour fixe, comme des électrolytes qu’un grand courant tellurique aurait traversés, en foyers de chaleur, d’irradiation, de mouvement et de vie. Pour un temps donné, et d’une façon analogue à ce qui se faisait pour les trêves de Dieu , empereurs et rois tâchaient, par force diplômes et force lettres-patentes, d’assurer au bourgeois laborieux quelques garanties contre les avanies du seigneur féodal; les exemptions, les immunités, les franchises apportaient temporairement quelque remède aux abus traditionnels d’une

1. Hurdwar dans Tlndostan et Kiashta en Mongolie ont été jadis célébrées pour leurs foires, autant que Nijni-Novgorod, Leipsick, Beaucaire et Sinigallia en Europe.

fiscalité insatiable1, rognaient un peu les griffes du léopard couronné et les serres de l’aigle héraldique. D’un autre côté, la marque de fabrique et le poinçon imposaient quelque frein à l’avidité, trop souvent frauduleuse, du marchand2; la possession valait titre, les juridictions sommaires et instantanées donnaient le branle à la vieille machine rouillée du Droit3; la lettre de change, ce levier merveilleux qu’on venait d’inventer, soulevait et faisait rouler la masse des valeurs 4. Mais, au milieu de tout ce vaste fourmillement multicolore d’Arméniens, de Tartares, de Boukarites, de Circassiens, de Persans, et même d’indostanis et de Chinois, entremêlés avec des changeurs lombards et juifs, avec des maquignons hongrois et slaves, avec des maîtres de ferronnerie allemands, des orfèvres florentins, des mosaïstes de Venise, des tisserands de la Bourgogne et des Flandres, avec des travailleurs et des marchands, enfin, de toute sorte et de tout pays, on n’apercevait l’art que par échappée, à travers l’industrie même. Il brillait dans les lames damasquinées des épées et des cimeterres, dans les cuirasses travaillées à Yagémina 5, dans les vernis, dans les nielles, dans les sculptures sur bois, dans les brocarts, dans les ta-

1. Voir les Statuts d’Édouard III d’Angleterre sur les foires.

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