‹ L'art à ParisChapitre 7 sur 39 · Muratori, Antiquit. ital.med. aev., IV, diss · texte numérisé non relu

Muratori, Antiquit. ital.med. aev., IV, diss

5. Sorte de marqueterie d’or et d’argent sur acier. Voir les détails techniques de ce travail, emprunté aux Orientaux, dans la Pirotechnia de Biringuccio, édit, de Venise, MDXL.

INTRODUCTION

pisseries ; depuis la mer Jaune jusqu’à la Méditerranée il remplissait tous les échos de cette puissante symphonie de la couleur, qui retentit, sonore comme un hymne et gaie comme le soleil, sur l’Orient tout entier. Quant à l’Occident, il s’était fait de l’art un tout autre idéal, il lui avait cherché une issue différente.

L’architecte n’avait que faire parmi les baraques de la foire. Le pinceau et le ciseau ne consentaient à leur livrer de l’art que les rognures et les enfantillages : les pancartes de l’imagerie d’Epinal, et les bonshommes en bois enluminés et dorés, à la façon de Nuremberg. L’artiste ressemblait bien encore à l’artisan par la simplicité de sa vie ; il appelait boutique son atelier, et compagnons ses élèves; mais il sentait profondément, sans savoir la définir d’une manière exacte, la haute portée, j’oserai presque dire la religion de sa tâche; il avait conscience de faire œuvre de citoyen; il avait même cru, pendant assez longtemps, faire œuvre de sainteté. Ce n’est pas à dire que l’art, depuis sa première renaissance au treizième siècle, vécût le moins du monde à l’écart, séparé du peuple, enfermé tout entier, comme on est trop enclin à le croire, dans la cellule du moine, au milieu des parchemins ou des retables que celui-ci enluminait d’une main dévote et tremblante, ne se nourrissant, comme le bon cénobite de Fiésole, que du pain des anges ou à peu près. Bien loin de là. Il y a dans les républiques italiennes, aux jours de la première renaissance, une

l’art a paris.

sorte de fête dans l’air, une gaieté sincère et expansive, qui éclate, tout comme en Grèce, à chaque pas, à chaque conquête nouvelle que l’art parvient à faire sur la nature. Lorsqu’une œuvre du maître en vogue paraît, le peuple y court en masse; il y court avec un empressement si joyeux que les rues, rebaptisées par l’événement, en gardent le souvenir dans leurs noms mêmes 1 ; mais c’est là une gaieté qui n’exclut pas le moins du monde le respect, voire même la vénération.

On avait Lien pensé jadis en Grèce que, pour cet hôte divin qu’on appelait l’art, il n’y aurait pas de trop noble demeure, et on l’avait logé au portique d’honneur et au sanctuaire, au Pœcile et à l’Opistodome. Dans les républiques italiennes il arrive à peu près la même chose. Ce n’est pas au marché qu’on va voir l’œuvre nouvelle, c’est à l’église ; et c’est en procession qu’on y va, les prieurs en tête, l’évêque et son clergé, parés de leurs habits pontificaux, attendant sur les marches du temple 2. Si nous poussons une pointe jusque dans l’Islam, chez ceux qu’on appelait les Infidèles, nous verrons l’art de l’Occident y exercer aussi son prestige. Ce n’est pas au Bazar que l’artiste va descendre; c’est droit au Divan qu’il marche, en ambassadeur, presque en prince : tel Gentil Bellini chez Mahomet 11. C’est bien face

1. On sait que lors de l’exposition d’une Madone de Cimabue, il y eut si grande fête dans les rues de Florence, que le faubourg par où défda le cortège s’appela depuis lors, et s’appelle encore de nos jours, le faubourg de la Gaieté : Borgo Allegri. (Vasari.)

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