Vasari, Vie de Cimabue
INTRODUCTION
à face avec le terrible sultan que le peintre vénitien fait son début; il y va meme d’un air si délibéré, que le Padischah s’empresse de lui fournir de quoi peindre son saint Jean-Baptiste d'après nature , en coupant sous ses yeux une tcte d’esclave, qu’il envoie rouler à ses pieds l.
Libre à tous, au demeurant, de jouer du poignard à toute heure, d’avoir des femmes comme au sérail, de les prendre aux autres, de se souiller des vices les plus bas, comme ce chevalier de Sodoma qui en porte la marque au front pour tous les temps à venir : rien n’y fait. L’art n’en garde pas moins, au milieu de tout ce sang et de toute cette boue, quelque chose de noble, de hautain, on oserait dire de plus qu’humain. Le seizième siècle a beau se vautrer dans l’orgie : personne, parmi tous ces gouailleurs et ces bravaches, n’aurait l’idée de ravaler un tableau ou une statue au rang d’une marchandise. Benvenuto, l’orfèvre spadassin, ne consent guère, sans se faire longuement prier, à montrer ses esquisses; lorsqu’il daigne, ce n’est certes pas jusqu’à des gens de rien qu’il veut bien descendre ; ce qu’il lui faut, c’est pour le moins des littérateurs en renom, des ducs, des rois, des papes, pour causer art ensemble; et encore est-ce toujours lui qui prétend avoir le dernier mot 2. Le Titien, plus bonhomme, veut bien s’en aller tamiser luimême, au pont de Bialto, les onze onces d’outre-