FIG. 118, — CHARLEMAGNE EMANCIPANT LES FRISONS
Sceau de la ville de Franeker. (Gravure du xic siècle.)
glyphes. N'en soyons pas surpris. On est, il ne faut pas l'oublier, en pleine période imaginative, et l'esprit du spectateur supplée aux omissions de l'artiste. La bonne volonté est telle, en ces complaisants cerveaux fertiles en illusions, que pour eux l'arbre devient forêt, deux colonnes figurent un palais, trois soldats une armée, et un trait serpentant indique une rivière profonde.
« Les nuages, les arbres, les rochers, les bâtiments, ne dénotent pas la moindre idée d'imitation, écrivait Mérimée ', à
I. Voir : Notice sur les peintures de V église de Saint- Stwin.
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propos des peintures de Saint-Savin; ce sont en quelque sorte des explications graphiques ajoutées aux groupes de figures pour rintelligence des compositions. » Les peintures de Saint-Savin, près Poitiers, datent environ de l'année 1060.
Au commencement du xu' siècle, une évolution nouvelle se produit, et cette fois c'est une évolution décisive. Les artistes de la Bourgogne, du Poitou, de l'Ile-de-France, de l'Auvergne, de la Picardie, qui jusque-là, prodiguant leurs rinceaux, leurs chapiteaux, leurs frises d'un style magistral et d'une exécution supérieure, s'étaient bornés à orner une construction, vont commence'r à construire des œuvres si parfaites, que ces œuvres trouveront, dans les conditions mêmes de leur existence, les bases de leur ornementation.
L'architecture, à ce moment, sort brusquement des sentiers connus. Elle ouvre cette fois des voies absolument nouvelles, découvre des formules qu'on n'avait pas même soupçonnées, et, par l'emploi de l'ogive ou arc en tiers-point, elle substitue pa'rtout, à une solidité robuste et massive qui semble se cramponner'au sol, une sveltesse élégante et fragile qui, n'offrant plus à l'édifice que de rares supports, nous le montre comme suspendu dans les airs.
En même temps, la sculpture française, qui cent ans plus , tard devait s'élever à une si grande hauteur, parait sortir, elle aussi, de sa chrysalide.
Les statues de grandes proportions font leur apparition, et les bas-rehefs commencent à présenter une correction relative. Les poses varient, les attitudes s'assouplissent, les figures se rapprochent de la nature. C'est de l'abbaye de Cluny qu'était partie cette réforme magnifique qui allait transformer l'architecture romane; c'est également sous l'impulsion de ces mêmes Clunisiens que l'a statuaire va prendre son essor. Les spécimens admirables que nous montrent l'église abbatiale de Vezelay et la