‹ L'art à travers les moeursChapitre 111 sur 179 · I. \ïo\\e\.-\<i-'D\ic, Dictionnaire d'architecture, I · texte numérisé non relu

I. \ïo\\e\.-\<i-'D\ic, Dictionnaire d'architecture, I

audacieuses, téméraires, n'ayant, pour les porter, que des points d'appui qui paraissent insuffisants.

A quelques années d'intervalle, fidèles compagnes de leur

FIG. 127. — STATUETTE EN BRONZE REPRÉSENTANT JEANNE d'aRC

Appartenant à M. Od.ot.

sœur aînée, la sculpture et la peinture commencent aussi à s'étioler et à décroître. La sculpture ornementale, s'inspirant de la flore, pousse l'imitation à l'excès ; elle exagère le modelé du feuillage et la fragilité de la fleur. La statuaire, de son côté,

admet un type absolu qu'elle considère comme la perfection. L'artiste dès lors cesse de copier la nature. Il s'attache plus au détail qu'à l'effet général, au morceau plus qu'à l'ensemble. Son dessin devient moins pur. Ses figures cessent d'être calmes et sereines ; elles se contorsionnent, se tourmentent. Leurs mouvements exagérés tournent à la caricature, les extrémités apparaissent sèches et osseuses, les visages deviennent grimaçants.

Fait éminemment remarquable, cette décadence coïncide exactement avec l'amoindrissement de la Féodalité. A partir du XIV' siècle, la vie civile prend en France un développement inattendu. La nation et le pouvoir royal s'unissent pour la première fois contre l'ennemi commun, et Philippe le Bel, s'appuyant sur les premiers états généraux, porte des coups terribles à l'Église et au principe féodal.

L'excommunication bravée, le Pape saisi par ordre du Roi de France, les Templiers dispersés, la noblesse humiliée, tenue en bride, assujettie à des lois pour la première fois depuis le commencement de la troisième race, sont autant de brèches irréparables faites à cette double puissance, qui jusque-là avait été maîtresse du pays; pendant que les guerres privées, prohibées par ordonnance royale, enlèvent aux seigneurs celui de leur privilège qui leur est le plus cher, et les forcent à ne plus vivre en conquérants sur leurs domaines, mais en possesseurs de biens qu'il leur faut gouverner.

Ajoutez à cela quatre batailles, quatre désastres, Courtray (i3o2), Crécy (1346), Poitiers (i356), Azincourt (1415) qui ruinent le prestige militaire de la Chevalerie. Désormais il est établi qu'une arme, entre les mains d'un vilain, est aussi dangereuse qu'entre celles de son seigneur. Ces beaux cavaliers, devant qui jadis tout tremblait, commencent à être chansonnés par le peuple, sévèrement jugés par les écrivains, ridiculisés par les moines. Le chroniqueur de Saint -Denis ne se gène pas

pour attribuer à leur « déshonnêteté » la perte de la bataille de Crécy. « Les voilà , s'écrie-t-il, ces beaux fils qui aiment mieux porter perles et pierreries sur leurs habits, riches orfèvreries à leurs ceintures et plumes d'autruche à leur chapeau, que glaives et lances au poing. « — Du reste, eux-mêmes tendent le cou au joug qu'on leur veut mettre. Ne pouvant plus « aller à la proie » ils se mettent à la solde. Le temps n'est pas loin où Jean Dupin, dans sa Maiidei'ie, leur reprochera de ne rien faire « sans loyer », sinon le « cueur leur faudroit ».

Les troubles et les malheurs, qui marquent la fin du xiv' siècle et le commencement du xv% ne sont même pas capables d'arrêter cette double décadence ni d'adoucir ce déclin. C'est à peine s'ils semblent en ralentir la marche. Aussi a-t-on pu dire avec raison qu'au xv*" siècle, lorsqu'ils disparurent du monde, l'art gothique et la féodalité avaient dit leur dernier mot'. Celle-ci était écrasée, et n'avait plus qu'à s'incliner devant les deux éléments vainqueurs qui désormais devaient se disputer la suprême puissance. Celui-là ne pouvait aller au delà de ce qu'il avait dii sans changer d'idéal et de voie. La matière était soumise et l'habileté manuelle de l'exécutant n'avait d'égale que l'audace de l'artiste. Un pas encore et l'on franchissait les limites du sens commun et de la saine raison. Du reste, le langage des arts, comme les mœurs sociales, allait prendre une autre allure et revêtir d'autres formes. A des besoins nouveaux il fallait des satisfactions différentes. Désormais le moyen âge avec ses deux expressions symboliques appartenait au passé.

Avant de lui dire adieu, toutefois, admirons dans la majesté de son déclin cet art si attachant, auquel nous avons vu accomplir une évolution si complète et si curieuse. Toutes ses manifestations ne constituent-elles pas, en effet, un ensemble admirable,

Page 1