‹ L'art à travers les moeursChapitre 119 sur 179 · A BOURGES · texte numérisé non relu

A BOURGES

époques de transition, tout s'enchevêtre, et — ne craignons pas de le redire — dans la vie des peuples rien ne commence, rien ne finit d'une façon définitive.

Si donc nous voulions faire remonter le commencement de la Renaissance au moment où les grandes inventions qui vont renouveler la surface du monde se manifestent tout d'un coup, c'est aux environs de 1450 qu'il nous faudrait le placer. N'est-ce pas aux approches de cette date que nous voyons surgir, dans un superbe élan et avec un admirable ensemble, la création de l'imprimerie, l'invention de la gravure, l'établissement de la taille, c'est-à-dire la transformation de l'impôt, et l'institution des compagnies d'ordonnance, c'est-à-dire la création des armées permanentes ?

Certes, en présence de toutes ces nouveautés qui vont bouleverser la société de fond en comble et la replacer sur de nouvelles bases, il faut bien convenir que le vieux monde est sinon mort, du moins bien malade. Depuis un siècle déjà, la poudre a fait son apparition sur les champs de bataille. Par elle le vilain est devenu aussi redoutable que son Seigneur, et le morceau de fer ou de plomb, que lancent la bombarde et le canon à main, pénètre aussi bien le justaucorps de velloux que le surcot de tiretaine. Si la poudre a créé l'égalité des hommes devant la mort, l'admirable invention de Laurent Coster, perfectionnée et rendue pratique par Gutembérg, va créer à son tour l'égalité des esprits devant la vie morale; tandis que, par la gravure que vient de découvrir Finiguerra, la connaissance des chefs-d'œuvre va généraliser l'amour du beau et le besoin de l'art.

Éclosion merveilleuse, concours prestigieux d'éléments de progrès, réunion magnifique de découvertes incomparables, dont nous ne retrouverons plus, je n'ose dire l'équivalent, mais le pendant et l'analogue qu'à la fin du xviii' siècle, quand la

Royauté de droit divin et la Noblesse héréditaire, qui vont succéder à la Féodalité dans la possession de la France, se verront forcées à leur tour de faire place à un ordre de choses nouveau.

Ci'. aCUTZW/Z.LSK FIO. l-lt>. — FAC-SIMII.É DU COUKONNK M ENT DE LA VIERGE.

Première gravure exécutée par Finiguerra.

Ainsi donc la Féodalité n'est plus qu'un arbre mort, qui va s'abattre pesamment sous la cognée de Louis XI et ne poussera pas de scion. L'art ogival, qui s'était fait à son image, va nous dire pareillement adieu. Mais, privilège supérieur des créations

de rintelligence, l'agonie du condamné se pare d'une magnilicence singulière, et au moment de disparaître jette encore un éblouissant éclat.

Ses principes, il ne les renie point, mais doucement il les abandonne. Fidèle disciple de Platon, il les congédie en les cou-

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