‹ L'art à travers les moeursChapitre 161 sur 179 · FIG. -225. - APPLIQUE ROCAILLE, DESSIN DE UEISSONNIER · texte numérisé non relu

FIG. -225. - APPLIQUE ROCAILLE, DESSIN DE UEISSONNIER

Collection de M. Carré.

La prose elle-même se ressent des atteintes de ce malaise singulier. Les phrases nobles s'en vont, les beaux et pompeux récits disparaissent. « Une foule d'écrivains s'égare dans un style recherché, violent, inintelligible, ou dans la négligence totale de la grammaire ' ». En un mot, dans la littérature comme dans les

r. Voltaire, Précis du siècle de Louis XV.

,6o L'ART A TRAVERS LES MŒURS.

autres arts, la forme se perd, se gâte, se contourne. Le roman d'aventures remplace le roman épique. Le Sage hérite de Scudéry et l'abbé Prévost donne pour pendant à Télémaque les galanteries de Manon Lescaut. La bande des petits conteurs, des romanciers d'alcôves, des abbés lettrés, propagateurs de scandales, fleurit à outrance. Même quand la philosophie fait entendre sa voix, elle emprunte au goût du jour ses allures piquantes et ses images décolletées. Pour peindre le caquetage de tous ces littérateurs en quête de quintessence gracieuse et de délicatesse outrée, il faut une expression nouvelle : le mot marivaudage date

de ce temps.

Dans le costume de la femme, c'est cette même tenue dégagée qui domine. On met plus de pretintailles et beaucoup moins de falbalas; on renonce aux ornements en franges, aux crépines, aux lambrequins. l.c panier a beau s'étendre de chaque côté, la longueur de la robe diminue, le talon se développe, le pied se découvre, la cheville se montre.

La manche en pagode, de son côté, dégage la main, découvre le poignet et laisse voir le bras. Le corsage, lui aussi, s'échancre et le haut du corset, étroit et serré à sa base, notïre d'autre obstacle aux regards indiscrets qu'un bouquet de fleurs artificielles coquettement posé.

Coiffures à la culbute, en dorlotte, en papillon, en équivoque, en vergette, en désespoir : toutes les coiffures hautes ou basses dégagent le visage et cherchent à lui donner du piquant, de l'attrait. En outre, elles s'allègent par la poudre, les fleurs et les barbes de blonde, pendant que les mouches et le rouge dont la face est « empoudrée » achèvent de donner au visage un aspect de figure de comédie.

Ajoutez encore le mantelet avec son coqueluchon, le tablier, le casaquin, le pet-en-l'air, le caraco, accessoires ou vêtements qui accusent le côté dégagé du costume. Seul, pendant une

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