Ibid.. I, VI, XLV
3. Le caractère cruel et barbare de cette race est si bien établi aux j-eu.x de l'histoire, que Montesquieu, dans son Esprit des Lois, consacre un chapitre à l'Esprit sangiiiluiirc des rois francs; voir 1. XVIII, c. .X.XIX.
accuse Tévêque Prétextât de Tavoir trahi. Cette accusation devient un signal. Les officiers poussent des cris de mort, veulent enfoncer les portes pour massacrer le traître, et les membres du concile frappés d'épouvante abandonnent leurs places et fuient de tous côtés'.
Le pouvoir royal absolu, sans limites, sans contrôle, implacable est la seule autorité qui puisse tenir tous les appétits en
respect. Le roi mort, le lien semble rompu, tout est remis en question. A peine a-t-on appris en Neustrie que le roi Chilpéric vient d'être assassiné, que partout on se barricade et Ton s'arme. Les mécontents du dernier règne, ceux qui ont à se plaindre de malversations ou de vexations, se font justice euxmêmes. On court sus aux officiers royaux qui ont abusé de leur pouvoir, leurs maisons sont envahies, leurs biens pillés, leurs personnes mises à mal. Chacun profite de l'occasion pour se livrer à des représailles. Les haines héréditaires de famille à famille, de ville à ville, de canton à canton, se réveillent et produisent des brigandages, des meurtres, des guerres civiles. Les condamnés sortent de prison, et les proscrits rentrent, comme si leur ban était rompu par la mort du prince au nom duquel il a été prononcé'.
Fio. 'j:s.
FIBULE DE L'ÉPOyUE MÉROVINGIENNE
Proven.int de la sépulture de Caraiida. (CoUeclion F. Moreau }
1. Hase eo dicente inficmuit multitudo Fiancorum voluitque ostia Basilicas rumpere, etc.. Gregor. Turon., Histor. Fra/ic, lib. V.
2. Augustin Thierry, Rècils des temps mérovingiens, IV récit. Grég. Turon., lib. VH.
On voit, par ce lugubre tableau, à quel élat précaire la civilisation, la sécurité et les arts étaient réduits sous les premiers Mérovingiens. Que va-t-il advenir de cette race barbare placée ainsi au milieu d'un pays riche, fertile, cultivé, industrieux, entourée de chefs-d'œuvre de toutes sortes ? Il semble que l'envahisseur s'empressera de s'assimiler toutes ces précieuses conquêtes et de s'élever jusqu'à la hauteur intellectuelle, où, malgré sa défaite, plane encore le vaincu. Eh bien, il n'en est rien.
Lois sages et prudentes, mœurs douces et respectables, arts superbes, peinture, sculpture, architecture incomparables, tout cela demeure sans effet. Le barbare victorieux aura beau se frotter à la civilisation supérieure de ceux qu'il vient de soumettre, non seulement il ne se laissera ni vaincre ni convaincre par les chefs-d'œuvre sans nombre placés sous ses yeux, mais encore il finira par imposer au vaincu son art rudimentaire, primitif, informe. Le Gallo- Romain a beau résister, se débattre, se cramponner aux traditions vivantes, il a beau invoquer le bon sens, le bon droit, la raison, le bon goût, chaque année qui s'écoule ébranle l'édifice péniblement élevé par ses pères; et quand, las de lutter, doutant de lui-même, corrompu à son tour par l'exemple, il abdique et se courbe sous le joug de cette esthétique nouvelle qui lui répugne et le révolte, la nuit est faite pour toute une suite de siècles et peut-être pour toujours.
Notez que cet abâtardissement déplorable n'est spécial ni à cette époque, ni à notre pays, ni à notre race. A Byzance, presque vers le même temps, sans conquête, sans désolation,