‹ L'art à travers les mœursChapitre 103 sur 171 · ETUDE · texte numérisé non relu

ETUDE

Après avoir suivi, dans les mystères de sa

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LA SAINTE CHAPELLE A CHANTEUOE (aUVERGNE)

gracieuse et sentimentale évolution, cet art du moyen âge si longtemps méconnu et si digne cependant de notre admiration et de notre reconnaissance, nous allons essayer de démêler si la seconde proposition énoncée par nous, cette concordance complète, parfaite, absolue, qui doit régner entre les manifestations diverses d’un même temps, ne se retrouve pas dans les productions si diverses de cette longue période.

Si nous jetons les yeux sur la branche de l’art dont les spécimens sont demeurés à la fois et les plus nombreux et les plus imposants, sur l’architecture, nous sommes immédiatement frappés par deux caractères particuliers qui, en nul autre temps et en aucun autre lieu, ne s’affirment avec autant de vigueur, de puissance ou d’audace. Le développement en hauteur et l’inaccessibilité.

Dès ses premiers essais, l’architecture du moyen âge, expression d’une époque incertaine et troublée, semble obéir à cette double préoccupation. Elle se laisse envahir, absorber par elle, et tous ses efforts tendent vers la réalisation de cet objectif mystérieux. Est-ce là un effet du hasard ? — Assurément non.

Les lignes comme les couleurs ont un langage. Ce n’est pas en vain que les principales nuances de la palette sont passées dans la métaphysique, pour exprimer la nature de nos sentiments. Ce n’est pas sans raison qu’on parle de voir la vie en rose, ou en noir, d’avoir des idées sombres et de mener une brillante existence. La blancheur qu’on attribue à certains cœurs est l’emblème certain de leur pureté, et il est de tradition que les tyrans ont toujours eu « l’âme noire »,

C’est qu’il existe, entre les sentiments qui émeuvent notre esprit et les impressions qui frappent nos sens, des analogies singulières. Aussi n’est-il pas de moyen plus facile de faire comprendre nos secrètes émotions, que de les rendre visibles en quelque sorte par une comparaison dont personne ne saurait

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méconnaître l’éloquence et la vivacité. Grégoire de Naziance recommande aux artistes de peindre les anges en couleurs claires et fraîches : « C’est là, dit-il, le symbole naturel de leur incomparable pureté. »

Ce langage des couleurs, nous en retrouvons l’équivalent dans les lignes principales de l’architecture. Alors que les lignes verticales troublent nos sens, émeuvent nos cœurs et nous plongent par leur développement exagéré dans une inquiétude inconsciente, vague, mal définie, les lignes horizontales, au contraire, nous rassurent, nous calment, nous invitent au repos, et font naître dans nos esprits un sentiment de régularité, de durée, de stabilité, c’est-à-dire de sécurité profonde.

Ce sont ces dernières lignes que nous trouvons implantées dans les Gaules par le système gallo-romain. Elles y représentent, en même temps que la centralisation à outrance, la vie pacifique, calme, paisible, policée. Le système féodal, qui par le triomphe momentané de l’individualisme remet brusquement en question ces conquêtes pacifiques et fécondes, trouve au contraire son expression dans le verticalisme (qu’on me permette ce mot), et cette brusque révolution dans les lignes générales de l’art est une simple conséquence de la logique.

Ne soyons donc point surpris de voir, aussitôt la tentative de renaissance des Carolingiens étouffée, l’architecture viser partout au développement en hauteur. En même temps que le château dresse son donjon, l’église pousse son clocher dans les airs, et la commune élève son beffroi, sorte de course vers le ciel, dont le but semble être de dominer ses rivaux.

Même dans cette architecture romane, qui par sa massiveté relative et la pesanteur de son ornementation semble se cramponner au sol, ce besoin d’élévation se manifeste avec une intensité singulière. Toute une transformation s’opère dans l’art de bâtir pour résoudre le problème posé. Les voûtes en berceau.

grâce aux contreforts extérieurs, peuvent asseoir, à une hauteur inconnue jusque-là, leurs cintres audacieux, et l’arc en tierspoint naît lui-même de cette nécessité, en quelque sorte inéluctable, qui oblige l’architecte à chercher le moyen de s’élever toujours.

Tout du reste est merveilleusement combiné pour rendre cette élévation plus sensible et par conséquent plus impressionnante. Le constructeur rompt brusquement avec la savante harmonie et la rassurante pondération si chères à l’antiquité classique. La symétrie, ce besoin de l’esprit humain aux époques de calme, est sacrifiée d’une façon complète. Les plans horizontaux sont exclus et remplacés par des plans fortement inclinés. Enfin tous les monuments du moyen âge sont construits à l’échelle de l'homme. — C’est-à-dire que, quelle que soit la hauteur de l’édifice, les parties qui sont à destination humaine restent fixes. — La voûte, en effet, a beau s’élever indéfiniment, la porte ne grandit pas en proportion, la colonne ne grossit pas à mesure, on peut toujours gravir les marches sans effort, s’appuyer sur la balustrade et de la main atteindre au bénitier. A côté des courbes les plus vastes, des arcades les plus hardies, des pinacles les plus audacieux, une fenêtre, un escalier, un balcon, détail insignifiant en apparence, viennent donner la mesure exacte de l’homme, du module humain, pour me servir d’une expression de M. Viollet-le-Duc, et par comparaison nous faire sentir l'immense élévation de l’édifice.

Voici donc dans l’architecture un premier caractère énergiquement constaté. Eh bien, ce premier caractère si évident, si accentué, si voulu, va nous apparaître tout aussi développé dans toutes les autres manifestations de ce temps. « Au xiii® siècle, écrit M. Aimé Champollion-Figeac % l’art sarrasin ou gothique

I. Documents palèographiqties relatifs à l'histoire des beaux-arts durant le moyeji âge.

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