PI G. 13 3. — ARMOIRE DE SACRISTIE, TRAVAIL FRANÇAIS DU XV« SIÈCLE
Collection de M. Perut.
La statuaire n’a pas même attendu jusque-là, et dès le milieu du xiP siècle, les sculptures de Corbeil et du portail royal de Chartres ont atteint une longueur si démesurée que, dans la Renaissance et dans l’antiquité, on chercherait vainement des statues aussi longues et aussi maigres.
Pour le mobilier, il est inutile d’en parler; il suit en quelque
domine presque partout en Europe; en France surtout, il déploie ses provenances les plus aigues dans l’écriture comme en architecture. Tous les personnages représentés par le dessin et par la peinture prennent des formes grêles et allongées. »
sorte pas à pas l’architecture ; mais pour le costume, qui semble avoir si peu de rapport avec le reste, quel ne sera pas notre étonnement de le trouver accomplissant, en même temps et presque à la même heure, la même évolution ! « Aux approches de l’an iioo, un changement radical eut lieu dans l’habillement des hommes, écrit M. Quicherat’. De court qu’il avait été pendant six cents ans et plus, il devint long. »
Là encore tout se met à croître subitement. La barbe et les cheveux eux-mêmes s’allongent, et cela malgré les prédications virulentes d’une foule de saints prélats, malgré les sermons indignés d’Yves de Chartres, d’Anselme de Cantorbery, de Serlon de Séez, malgré Tinterdiction solennelle prononcée en 1096 par le concile de Rouen. Les foudres de l’Église sont incapables d’arrêter cette croissance singulière.
Quant aux vêtements, ils atteignent promptement à des proportions extravagantes, inconnues auparavant et qu’on ne devait plus revoir. Les pieds et la tête prennent surtout des proportions fantastiques. La chaussure, de ronde qu’elle était à son extrémité, devint subitement pointue, et la pointe alla s’allongeant, s’effilant, se tordant jusqu’à produire ces excentricités qui portèrent le nom de pigache, de scorpion, de poulaine, brodequins insensés, de deux pieds de long, dont la pointe devait être rattachée au genou par une chaîne, et qu’une ordonnance royale de i368 n’hésitait pas à qualifier « de difformité imaginée en dérision de Dieu et de sa sainte Église ».
La coiffure fut au moins aussi singulièrement traitée. Il suffit de considérer les tournois du roi René, livre si instructif sur les mœurs et les costumes de ce temps, pour voir de quels ornements gigantesques on chargeait les cimiers des casques. Des quadrupèdes dressés, des animaux héraldiques.