‹ L'art à travers les mœursChapitre 105 sur 171 · SIÈCLE · texte numérisé non relu

SIÈCLE

(Auvergne.)

des tours, des couronnes, des moulins à vent, enchâssés dans une longue paire d’ailes ou dans une colossale paire de cornes, constituaient un édifice de deux pieds et quelquefois plus, que tout bon chevalier portait sur son chef.

Ces ornements fort gênants, écrasants par leur poids, furent, pendant plus de trois siècles, la marque distinctive des guerriers de quelque mérite ; et, si nous en croyons Froissart, « ne

FIG. 135. — EXEMPLE DE HAUTES COIFFURES. Fragment de tombeau à Notre-Dame du Puy.

faisoient les seigneurs nul compte d’aultres gens d’armes, s’ils n’estoient à heaulmes et à tymbres couronnés ».

Vers le milieu du xiv® siècle, au moment où la Féodalité reçut ses premières atteintes, il y eut, il est vrai, une réaction sensible. Les vêtements se raccourcirent à ce point, que le continuateur de Guillaume de Nangis accusa les beaux damoiseaux de son temps de s’être faits « si légers pour mieux fuir devant l’ennemi ». Mais tant que dura le régime féodal, on ne renonça ni aux chaussures pointues ni aux casques empanachés; et ce qui rend cette particularité essentiellement caractéristique, c’est

que les diverses évolutions du costume qui la précédèrent, l’accompagnèrent ou la suivirent, s’accomplirent, sans que le nombre ou la nature des pièces composant l’habit fût changé. Avant comme après, le vêtement comprit la chemise, le bliaud, le manteau, les braies et les chausses. Seules les proportions de ces diverses pièces s’allongèrent ou se raccourcirent.

Les femmes, toujours soumises aux modes de leur temps, n’eurent garde de désobéir à la tendance qui dominait autour d’elles. Comme leurs maîtres et seigneurs, elles s'empressèrent d’allonger leurs personnes par des coiffures monumentales et aussi par le développement extravagant qu’elles accordèrent à leurs robes. Pendant tout le moyen âge, ces hautes et formidables coiffures, qui portèrent le nom d’escoffions, de hennins.

Les haults bonnets, couvre-chefs à bannière,

Les haultes cornes pour dames triompher,

furent considérés comme un signe incontestable de noblesse. La grandeur morale, dans cette époque imaginative, cherchait à s’affirmer par la grandeur physique, plus saisissante dans sa forme et plus accessible aux esprits incultes de la foule.

« Les barbares, dit Quinte-Curce, mesurent leur respect à la majesté du corps. — Hominibus barbaris in corporwn majestate veneratio est » . L’aventure de Saül et les coiffures du moyen âge sont là pour lui donner raison.

Ces coiffures prirent rapidement de telles proportions, que les contemporains eux-mêmes crurent devoir protester contre leurs dimensions insolites. •

Les écrivains du temps, Juvénal des Ursins, Monstrelet, les tournent en ridicule, et les prédicateurs qui s’étaient attaqués à la chevelure et à la barbe des hommes, ne laissèrent point en repos, on le devine assez, les élégantes parées de ces monstrueux ornements. Mais là encore leurs attaques furent impuissantes. En vain

essayèrent-ils de l’intimidation, appelant la populace à leur aide, l'ameutant, et distribuant des indulgences à ceux qui poursui-

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