‹ L'art à travers les mœursChapitre 126 sur 171 · I. Essais, 1. T, chap. .kux · texte numérisé non relu

I. Essais, 1. T, chap. .kux

teur du genou. De leur coté, la saie, la chamarre, la casaque, dont les riches seigneurs s'habillent, se complètent de manches bouflfantes à crevés, développant la largeur des épaules, et se compliquent d'un large collet carré et rabattu, trait caractéristique du costume de ce temps.

Sous Henri II, la cape ou petit manteau jeté sur les épaules, sous Henri III, les larges fraises viennent encore souligner ce développement horizontal ; et ces dernières affectent une ampleur si surprenante, même pour les contemporains, que Pierre de l'Estoile s’écrie : « A voir la teste d’un homme sur ces fraises, il sembloit que ce fust le chef de saint Jean dans un plat. » C’est du trône, au reste, que part l’exemple. L’empois d’amidon ne suffisant point à raidir ces gigantesques collerettes, le roi ne croit point déroger en daignant en composer un nouveau, fait de farine de riz.

Enfin, détail typique, en même temps que les vêtements, la barbe et les cheveux se raccourcissent au point que porter la barbe et les cheveux longs suffit à rendre suspect ; et ils ne sont pas seuls à inspirer l’inquiétude ; si nous en croyons Regnier de la Planche , les longs manteaux devinrent, eux aussi, aux yeux prévenus de l’autorité, un indice de rébellion et d'hérésie.

Chez les femmes, une modification analogue s’exerça dans le même sens, et la mode ramena les formes courtes et le développement horizontal. La vasquine ou basqiiine serra la taille pour faire paraître les épaules plus larges, et celles-ci, développées par des manches bouffantes, gigotées, à crevés, communiquèrent au buste une ampleur inconnue jusque-là; pendant que la pertiigale ou pertugadCj, amplifiant les hanches, donnait à la jupe la forme arrondie d’une cloche, et qu’un amas de bourrelets, posés autour de la taille, « rejetait à une lieue (suivant l’expression de M. Quicherat) et la croupe et les hanches. »

Ainsi qu’on en peut juger par ces étroites coïncidences, singulières en apparence mais découlant en réalité d’un même point de départ et d’un idéal commun, l’art nouveau, conséquent avec lui-même, avait, sous toutes ses formes, rompu avec les précédentes traditions. Il se montrait déjà l’image fidèle de la société moderne, qui se levait alors, brillante de force, d’espérance, d’avenir, de jeunesse, sur les ruines du vieux monde féodal, désormais anéanti pour toujours.

Page 1