‹ L'art à travers les mœursChapitre 38 sur 171 · FIG. 36. — AD.\M ET EVE · texte numérisé non relu

FIG. 36. — AD.\M ET EVE

Bas-relief en albâtre de la Renaissance, (Collection Le Carpentier.)

car il se sent fort. Le courage lui revient bientôt et la confiance rentre en lui. Le chemin a beau être difficile et la pente rapide, il cherche toujours à s’élever, car les sommets de l’existence lui en cachent le déclin.

Cette période de la vie, que nous avons nommée période de production, est non seulement la meilleure, elle est encore la

plus longue. Elle se prolonge tant que les deux grandes qualités productrices de l’homme, l’imagination et l’amour de la forme, sont à peu près égales en valeur, car c’est de cette égalité de force, de cette parité que résulte l’harmonie admirable par laquelle les œuvres de l’homme approchent de la perfection.

Mais cette harmonie ne se produit pas tout d’nn coup. Elle se gradue, s’accentue, se nuance. Elle prend mille formes diverses, et si parfois elle persiste et se continue jusque dans la vieillesse, le plus souvent l’équilibre est assez vite rompu. Alors l’amour exclusif de la forme, remplaçant petit à petit la vivacité de l’imagination, pousse l’homme vers le délicat, le fini, l’agréable et l’utile, qui constituent pour lui les nouveaux caractères de la beauté. De là à l’afféterie la pente est facile et le chemin glissant.

Sitôt que l’homme a franchi ce moment exact, ce point culminant où ses facultés se trouvent en parfait équilibre, il a produit ce qui, dans la mesure de ses forces, doit être regardé comme la manifestation suprême de son intelligence. Son talent peut progresser encore, son habileté augmenter et sa science s’accroître; aucune œuvre supérieure, comme souffle, n'est plus à attendre de lui. Il perd peu à peu sa foi, sa confiance, sa décision, et remplace par l’acquis ce qui lui manque en énergie et en force.

A mesure que l’imagination s’amoindrit, l’enthousiasme s’altère et la fantaisie disparaît. La forme veut désormais passer avant l’idée. On souhaite plus d’exactitude et moins de poésie. Celle-ci même est assujettie à des règles plus étroites et s’adapte à des sujets plus familiers. Elle devient un plaisir, une distraction, un jeu, alors qu’elle était un besoin. Au lieu de se laisser emporter par de brillants coups d’aile dans des espaces imaginaires, elle promène ses regards sur la terre, et s’occupe des objets les plus voisins. L’artiste cherche à faire illusion.

joue au trompe-l’œil, et s’efforce de rendre l’effigie des choses. La richesse, l'opulence des formes, l’exactitude du rendu le préoccupent exclusivement et, suivant la parole de Pline, il

Page 1