Reynolds
Les aspérités, les rudesses, les innovations blessent chaque jour davantage; et l’énergie, chez les autres, devient par le contraste une source de dégoût et d’ennui. C’est surtout en vue de cette période de la vie que les psychologues établissent que toute idée nouvelle devient une souffrance ' .
L’égoïsme succède progressivement aux élans de générosité. Plus le chemin à faire est court, et plus on craint de manquer. A mesure que les besoins s’amoindrissent, on calcule davantage. Anticipant sur le terrible silence de la mort, on s’éloigne du tumulte ; on repousse loin de soi tout ce qui ressemble au mouvement, c’est-à-dire à la vie. Sachant qu’on ne pourra refaire ce qu’on a fait, on prétend que le passé vaut mieux que le présent et l’on médit de l’avenir. A quoi bon rien entreprendre, puisque le temps manque, et que du reste on ne pourrait jouir? N’est-on pas arrivé au soir de la vie ? au soir, précurseur de la nuit éternelle !
I. Bagehot, Lois scientifiques, déjà cité, p. 179. Dumont, Théorie scientifique de la sensibilité, p. 130.