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G. D’Orcet, De l' Androgyne dans l’art ancien et moderne

pierre droite, le menhir, n’est, paraît-il, rien autre chose que la perpendiculaire exprimant l’idée mâle de l’Esprit; la pierre plate placée horizontalement signifie l’idée féminine de la Matière, et, si le triangle ne se complète pas par une hypoténuse, c’est que

le produit de ces deux forces primordiales doit être considéré comme infini.

Après avoir longtemps borné ses efforts artistiques à l’édification de ces monuments primitifs, sépultures grandioses ou statues anonymes, l’homme éprouve le besoin de figurer, sur l’objet de son culte, quelques-uns des caractères qu’il lui suppose.

C’est alors que le travail plastique intervient, mais avec quelle rudesse et quelle grossièreté ! « Les arts sont âpres et rudes dans leur principe, écrit Plutarque, et leurs premiers ouvrages sont informes.»

Même chez les peuples qui dans la suite produiront les œuvres les plus merveilleuses, et s’élèveront aux plus sublimes hauteurs, ces premiers essais marquent une barbarie à peine croyable. Non seulement la représentation de l’homme est monstrueuse, mais celle de la Divinité, incarnation, expression visible du Beau et du Bien, est difforme et grossière au delà de tout ce qu’on peut se figurer.

En Grèce même, dans ce pays qui va devenir la terre classique de la Beauté, des morceaux de bois à peine équarris

FIG. 5G. — IDOLE GHECgUE PRIMITIVE.

Musée du Louvre.

représentent Hermès ; une pierre levée figure le dieu Pan. A Argos, Junon est adorée sous la forme d’une colonne, à Samos, sous celle d’une planche. Cupidon, à Thespies, est figuré par une pierre, et les Dioscures à Sparte par deux poutres qu’unissait une traverse, symbole de leur fraternité. Effrayé de la tournure que prenait la seconde guerre punique, le Sénat fait apporter, de Phrygie à Rome, l’image de Cybèle. C’est sous la forme d’une pierre noire que la bonne déesse était adorée.

Il faudra huit cents ans d’efforts et d'études à la Grèce, pour se débarrasser de ses langes et pour s’élever aux admirables sommets où le cinquième siècle avant notre ère la verra parvenir. Pendant quatre-vingts lustres son apprentissage ne présentera qu’incohérence. Ses idoles mêmes, pendant ce long laps de temps, conserveront leur apparence informe. En elles, la tête seule avec le polos qui la coiffe, sera faiblement modelée. Le corps continuera d’être formé d’une simple galette de terre, augmentée de deux appendices latéraux en forme de moignons.

Cette figure rudimentaire persévérera même au delà des temps primitifs, car comme l’enfant, le barbare chérit ses épouvantables fétiches, les vénère, les adore, et par ses préceptes, par ses exemples, transmet son horrible culte à ses enfants. Il leur inspire ses craintes, leur inculque ses superstitions grossières, leur impose son affreuse piété.

Aussi ces épouvantables figurines, devant lesquelles s’humilie la Grèce primitive, vont-elles demeurer, jusque dans des temps civilisés, les divinités domestiques chéries et vénérées du peuple. Le respect antérieur dont on les a entourées leur assignera, aux yeux mêmes des vainqueurs de Marathon, une origine en quelque sorte extra naturelle.

De nos jours encore, ne voyons-nous pas le paysan breton contemporain de Renan, de Darwin et de Littré, ressentir une vénération vague et mal formulée pour les dolmens et les men-

hirs qui se dressent, sombres et farouches, au milieu des landes silencieuses?

Bien mieux, non content d’admirer ces ouvrages informes, toujours comme l’enfant, le barbare les défendra au péril de sa vie. Il leur immolera les ouvrages supérieurs d’une civilisation plus avancée. Si la fortune de la guerre lui permet d’envahir un pays riche, heureux, fertile, embelli par les arts, les lettres et les sciences, loin de s’approprier les merveilles que renferme ce pays, de s’enrichir de ses richesses artistiques, il les gaspillera et les détruira sans pitié.

Pour plaire à ses horribles divinités, il sacrifiera sans remords toutes les magnificences d’une société raffinée, représentant des trésors d’ingéniosité, de soins, d’études et d’habileté acquise. 11 anéantira toutes ces œuvres précieuses, qui avaient nécessité tant d’existences pour les produire, tant de siècles pour les grouper. C’est surtout en matière artistique qu’on peut dire :

La loi de l'univers est : Malheur au vaincu !

Cepiendant l’humanité fait encore un pas en avant. Dès lors le barbare commence à avoir non seulement un art à lui, mais encore une esthétique nationale. Ses productions cessent d’être accidentelles, instinctives; elles deviennent raisonnées. Il se forge des préce]3tes, se donne des règles, s’impose un idéal. Cet idéal, toutefois, est encore bien loin d’une perfection même relative.

S’il a ap>pris à ne p)lus redouter les bêtes féroces, à ne plus craindre l’homme lui-même, le spectacle de la nature continue à le remplir d’une superstitieuse terreur. Comme le remarque fort bien Bagehot, « 11 se figure que derrière elle se cachent des puissances qu’il faut satisfaire, apaiser, flatter, et cela bien souvent p>ar une foule de moyens horribles h »

I. Lois scientifiques du dk>eloppeme7it des ?iations, p. 112.

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Enfant par le caractère, avec la force et les passions d’un homme, il a l’humeur cruelle, et le pouvoir de tuer est celui qu’il estime le plus. Mais tout en conservant, comme une précieuse faculté, le besoin de détruire, il a vaincu et tient à affirmer sa victoire en montrant qu’il est fort, qu’il est puissant, qu’il est riche.

Son imagination, qui le domine encore d’une façon absolue,

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