‹ L'art à travers les mœursChapitre 54 sur 171 · FIG. 70. — BUSTE DE GUERRIER · texte numérisé non relu

FIG. 70. — BUSTE DE GUERRIER

Dessin de Léonard de Vinci. (Collection de M. Malcolm )

et plus grande qu’il les avait davantage méprisés. Il voudrait pouvoir ressusciter le passé et le faire revivre.

Mais l’imagination est là qui veille et prétend qu’on l’écoute. Elle ne permet pas qu’on s’abandonne tout entier à ce charme

nouveau. Elle est encore trop jeune, trop ardente, trop séduisante surtout, pour qu’on dédaigne absolument ses conseils et pour qu’on méprise ses ordres. Aussi, sous son effort, les tendances nouvelles se plient aux volontés de la race et répondent aux besoins du moment. Bientôt de ces deux éléments précieux, le génie ancien et la pensée moderne, émerge un art nouveau, complet, vigoureux, productif, — art qui résume dans une douce harmonie les aspirations de l’époque et les caractères de la race, et qui, vivant de sa propre existence, n’est ni un reflet du passé ni la résurrection d’un monde qui n’a plus sa raison d’être.

Cette évolution, cette renaissance, dont nous venons d’indiquer rapidement les superbes caractères et les préoccupations magistrales, ne s’opère pas toutefois d’un seul trait. Une semblable transformation ne saurait être l’affaire d’un instant. Elle traverse une série de phases successives, dont chacune prépare celle qui va lui succéder. Pour ne citer qu’un exemple, il fallut à la renaissance italienne presqu’un siècle, c’est-à-dire trois générations complètes, pour arriver à son apogée.

Pendant la première période, les peintres que Vasari nous désigne comme s’étant le plus particulièrement inspirés des anciens modèles, Ghirlandajo, Botticelli, Filippino Lippi, n’empruntèrent à l’antiquité que les parties accessoires de leurs œuvres. L’imitation des ornements antiques, trophées, médaillons, arabesques, méandres est évidente, indiscutable; mais, pour la figure humaine, ils puisent dans leur propre fonds et demeurent eux-mémes.

Dans la génération qui suit, à Florence aussi bien qu’à Pérouse, cette distinction persiste. Alors même que peintres et sculpteurs retracent quelque scène mythologique, quelque aventure antique inspirée par l’histoire de Rome, de Sparte ou d’Athènes, leur sève personnelle domine et les réminiscences ne

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